Paléontologie au LuxembourgOn vous dévoile les trésors cachés du Musée d'histoire naturelle

Christophe Wantz
La collection de fossiles du Musée national d'histoire naturelle compte 75.000 spécimens mais à peine quelques dizaines sont présentés au public. Ben Thuy, le paléontologue du Musée, nous a ouvert les portes de l'extraordinaire collection conservée au Luxembourg.

La passion de Ben Thuy pour les fossiles est née du film : "Jurassic Park" qu'il a vu lorsqu'il était enfant. C'est à ce moment qu'il décide de devenir paléontologue. Son père l'a soutenu et encouragé en l’emmenant dans des carrières afin qu'il puisse trouver ses premiers fossiles.

Des découvertes qui n'ont fait que confirmer sa vocation. À Rumelange, il a découvert un fossile d'oursin qui l'a intrigué à tel point qu'il s'est spécialisé dans les ophiures, des animaux proches des étoiles de mer.

Ben Thuy a ensuite fait ses études et son doctorat en paléontologie à l’Université de Göttingen, en Allemagne. Depuis 11 ans il est paléontologue au Musée d'histoire naturelle de Luxembourg et conservateur de la fantastique collection du musée.

© Musée national d'histoire naturelle Luxembourg

C'est donc l'homme qui fait parler les fossiles au Luxembourg.

Et il a de quoi occuper ses journées, puisque la collection du Musée compte 75.000 spécimens représentant plus de 4.000 espèces différentes. C'est la principale archive des fossiles du Luxembourg et des régions voisines. Et Ben connaît les réserves ou sont stockés tous ces trésors comme sa poche. Il a ouvert à RTL Infos les coulisses du musée : une collection secrète mais précieuse.

Des fossiles luxembourgeois uniques au monde

Dans une des réserves située juste en face du musée d’histoire naturelle du Luxembourg, Ben Thuy nous montre quelques unes des découvertes majeures faites au Luxembourg. "On est ici effectivement dans la caverne d'Ali Baba du Musée, on a ici ce que j'appelle l'archive de la vie, qui contient une bonne trentaine de milliers de fossiles, dont la majorité ne sera jamais montrée au public ", explique-t-il, entouré de boîtes soigneusement étiquetées.

Certains de ces fossiles représentent une ressource scientifique inestimable. Beaucoup d’entre eux ne sont pas assez spectaculaires pour figurer dans la collection permanente, mais leur contribution à la compréhension de la vie passée est essentielle. Le paléontologue nous cite l’exemple d’une minuscule aile d’insecte découverte à Bascharage. Pour un œil non averti, c'est à peine une petite trace grise sur une pierre. Mais c'est pourtant une découverte importante pour le scientifique : "C’est l’holotype, le spécimen référence pour une espèce complètement nouvelle ".

Ce type de découverte n'est jamais présentée au public, mais elle est pourtant cruciale pour la science. Parmi les pièces qu'il affectionne, il nous dévoile le fossile d’un calmar vampire, vieux de 183 millions d’années, "Simoniteuthis michaelyi", lui aussi exhumé à Bascharage au Luxembourg .

© Musée national d'histoire naturelle Luxembourg

Ben a participé à la découverte et à la description de ce fossile unique au monde, conservé dans son intégralité. "On voit l'encre fossile, on voit les bras, ici on a même les deux yeux, et deux petits poissons qu'on a interprété comme le dernier repas de cet animal fossilisé, figé dans le temps ".

Ce fossile est exceptionnel à plus d’un titre : il conserve la majorité des parties molles qu’on peut reconnaître effectivement sous forme pétrifiée, et il représente un taxon, donc un genre et une espèce inconnue auparavant.

Certains fossiles luxembourgeois sont connus uniquement à travers un seul exemplaire, notamment cet holotype de calmar vampire, mais aussi celui du Plésiosaure "Microcleidus mellosinae", dont la référence mondiale repose sur l'unique spécimen luxembourgeois.

© MNHN

Un fossile qui fait partie de l'exposition permanente du Musée d'histoire naturelle.

Luxembourg : un paradis pour les paléontologues

"Il y a une richesse de fossiles extraordinaire au Luxembourg, à la fois une abondance et une diversité de fossiles ", observe Ben. L’histoire géologique du pays explique cette diversité. "À l’époque des dinosaures, le Luxembourg était toujours un peu entre terre et mer… Pendant la partie supérieure du Trias, donc pendant l’ère des premiers dinosaures, le Luxembourg était en fait une région terrestre, loin de la mer, puis il y avait une transgression, la mer a envahit la terre ferme au début du Jurassique, et là pour la partie jurassique le pays était recouvert d’une mer peu profonde, assez chaude et peuplée d’une vie très diversifiée, et puis après le Jurassique, le Luxembourg était émergé en permanence ".

Certaines découvertes fantastiques attestent de cette richesse, comme celle d'un scorpion de mer géant, à laquelle Ben a participé, ou encore celle du plus grand fossile de nautile au monde exhumé à Rumelange. 

Malgré cette richesse, les traces de véritables dinosaures restent rares  dans le pays. "Jusqu’à présent on a retrouvé deux fragments d’un théropode, un prédateur trouvé dans les couches de grès de Brouch, près de Mersch. Et un deuxième fossile de dinosaure, correspond à un ostéoderme, une plaque osseuse de Scélidosaure, le cousin du Stégosaure, qui a été trouvé dans une carrière calcaire de Rumelange."

Pour Ben Thuy, faire parler un fossile, c’est avant tout le libérer de sa gangue rocheuse : "Un fossile est en fait une preuve du passé. C'est un trésor d'informations et le faire parler signifie surtout le dégager de sa tombe rocheuse, donc le préparer ", explique-t-il.

Et sa préférence va aux microfossiles. Des vestiges à peine plus gros que des grains de sable qu'il adore étudier grâce à des microscopes très perfectionnés. Ben Thuy n’a de cesse de rappeler que, derrière les vitrines du musée ou dans ses collections, sommeillent des milliers de témoins silencieux du passé, dont chaque détail peut faire avancer la science.

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