Près de sept ans après son suicide dans une prison new-yorkaise, le pédocriminel Jeffrey Epstein continue de ternir la réputation et la carrière de ceux qu’il a fréquentés.
Des membres de familles royales européennes, des diplomates et des chefs d’Etat ont été éclaboussés par le système tentaculaire Epstein, mêlant pouvoir, sexe et argent. Certains font l’objet d’enquêtes criminelles.
D’autres magnats, des membres de l’élite économique américaine et des figures politiques importantes sont confrontés à des questions difficiles.
Jeffrey Epstein est arrêté par le FBI en 2019. Dans l’attente d’un procès pour trafic de mineurs, où il risquait la perpétuité, il est retrouvé mort pendu dans sa cellule le 10 août 2019.
La décision du FBI et du Département de la Justice, en juillet 2025, de clore cette enquête malgré les promesses de campagne de Trump de déclassifier les dossiers Epstein relance l’intérêt du public pour cette affaire. Le flou autour de la relation entre Donald Trump et Jeffrey Epstein en est la principale cause.
En novembre 2025, Donald Trump sous pression signe finalement l’acte exigeant auprès de la justice la publication des documents, qui débute le mois suivant.

Etre mentionné dans la publication par le département de la Justice américain, le 30 janvier, de 3,5 millions de documents, courriels, photos et vidéos concernant Jeffrey Epstein n’implique pas nécessairement un acte répréhensible. Mais cela peut néanmoins s’avérer compromettant.
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, reste confronté à une crise de confiance et d’autorité inédite pour avoir nommé en 2024 Peter Mandelson ambassadeur aux Etats-Unis, alors qu’il savait qu’il avait été proche du pédocriminel Jeffrey Epstein. Le nom de Mandelson apparaît des milliers de fois dans les documents.
Limogé de son poste d’ambassadeur en septembre et contraint de quitter la Chambre des Lords, Peter Mandelson est resté en contact avec Jeffrey Epstein après avoir affirmé avoir rompu tout lien avec lui et aurait pu recevoir des transferts d’argent de sa part. Il est désormais sous le coup d’une enquête de police.
Andrew Mountbatten-Windsor, déjà déchu de ses titres de prince et de duc d’York en raison de ses liens avec Epstein, se retrouve de nouveau mêlé aux dernières révélations. Parmi celles-ci figure une photo du frère cadet du roi Charles III, âgé de 65 ans, qui le montrent à quatre pattes au-dessus d’une femme allongée.

La police britannique enquête sur d’éventuels manquements liés à la divulgation de documents confidentiels à M. Epstein, alors qu’Andrew était envoyé spécial du gouvernement britannique pour le commerce. Son ex-femme, Sarah Ferguson, a également entretenu des liens étroits avec M. Epstein, décédé en prison en 2019 alors qu’il attendait son procès.
Egalement dans le gotha des monarchies européennes, la princesse Mette-Marit, future reine de Norvège, voit à son tour sa réputation entachée par la révélation d’une proximité insoupçonnée avec le criminel sexuel. L’épouse de l’héritier du trône norvégien a échangé des centaines de courriels intimes avec M. Epstein entre 2011 et 2014, après la première condamnation du financier en 2008 pour incitation à la prostitution de mineures.
“Je regrette profondément mon amitié avec Jeffrey Epstein”, a déclaré Mette-Marit dans un communiqué. Un sondage récent indique que les Norvégiens pourraient ne pas la souhaiter comme future reine.
D’autres personnalités norvégiennes font l’objet d’enquêtes pénales ou administratives.
La police norvégienne a annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’ex-Premier ministre Thorbjørn Jagland, pour des soupçons de “corruption aggravée” du fait de ses liens passés avec Jeffrey Epstein ainsi que sur la diplomate de haut rang Mona Juul et son mari Terje Rod-Larsen, pour complicité.
Les enquêteurs examinent les liens de M. Jagland avec Jeffrey Epstein lorsqu’il présidait le Comité Nobel – qui décerne le prestigieux prix Nobel de la paix – et était secrétaire général du Conseil de l’Europe.
Le Forum économique mondial enquête sur son directeur général, Børge Brende, ancien diplomate norvégien, sur plus de 100 SMS et courriels, ainsi que sur trois rencontres avec M. Epstein. Le patron du Forum économique mondial de Davos, a finalement annoncé jeudi sa démission.
L’ancien ministre français de la Culture, Jack Lang a dû démissionner de la direction de l’Institut du monde arabe basé à Paris, tandis que sa fille, la productrice Caroline Lang, a démissionné de la présidence d’un syndicat de producteurs de cinéma, après la révélation de leurs liens personnels et professionnels avec Epstein.

Mais le contraste est frappant entre l’Europe, où des personnalités influentes doivent répondre de leurs relations avec Jeffrey Epstein, et les États-Unis, où les répercussions ont été limitées.
Seule Ghislaine Maxwell, l’ancienne compagne et complice de Jeffrey Epstein, a été arrêtée et condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel. Elle purge actuellement une peine de 20 ans de prison après avoir été reconnue coupable en 2021 d’avoir fourni des mineures au riche financier.
Si le ministre de la Justice américain a considéré ne pas voir matière à de nouvelles poursuites, chaque publication de documents a entraîné une salve additionnelle de répercussions publiques.
Aux Etats-Unis, Bill et Hillary Clinton ont finalement accepté d’être auditionnés courant février par une commission du Congrès sur les liens d’amitié de l’ancien président avec Epstein.
L’ancien président a fermement nié toute malversation, hormis le fait d’avoir voyagé à bord du jet privé d’Epstein, tandis que sa femme a déclaré n’avoir eu aucun contact significatif avec le financier.
Le président américain Donald Trump est mentionné des centaines de fois, mais il a insisté sur le fait qu’il était victime d’un “complot” concernant ces documents et qu’aucune des victimes d’Epstein ne l’avait accusé. Mais des médias ont accusé le gouvernement d’en avoir caché plusieurs mentionnant Donald Trump, notamment des accusations d’agression sexuelle sur mineure.

Le magnat de Microsoft, Bill Gates, également souvent cité, a déclaré regretter “chaque minute passée” avec Epstein. Son ex-femme, Melinda French Gates, a toutefois affirmé qu’il devait s’expliquer, Jeffrey Epstein ayant affirmé dans les documents avoir organisé des rencontres avec des femmes pour Bill Gates.
Par ailleurs, l’ancien secrétaire au Trésor américain, Larry Summers, a démissionné de son poste de président de l’université Harvard avant la publication des derniers documents.
Le milliardaire Elon Musk est également mentionné dans les documents, mais il a déclaré avoir décliné les invitations à se rendre sur l’île de Jeffrey Epstein.
Plusieurs personnalités américaines de premier plan ont vu leur réputation ternie par leur amitié avec le New-Yorkais, sans pour autant subir de conséquences juridiques.
Et cela ne devrait pas changer. En juillet, le ministère de la Justice a déclaré avoir “examiné le dossier Epstein et qu’il n’y avait rien qui nous permette de poursuivre qui que ce soit”, a assuré le numéro deux du ministère, Todd Blanche à CNN.
“Nous en resterons là concernant ce que nous avons vu et publié”, a ajouté l’ancien avocat personnel du président américain Donald Trump. Et le président américain a jugé que le moment était venu pour les Etats-Unis de tourner la page Et cela alors que la publication de millions de documents n’en finit pas d’éclabousser des personnalités à travers le monde.
“Le Royaume-Uni a officiellement fait plus pour poursuivre les prédateurs d’Epstein que notre propre gouvernement. C’est honteux”, a écrit la représentante républicaine de Caroline du Sud Nancy Mace, sur X.
“Un pays qui permet aux puissants d’échapper à la justice n’est pas un Etat de droit”, a-t-elle ajouté. “C’est un pays d’exceptions. Et les exceptions semblent toujours s’appliquer aux mêmes personnes.”
Selon un sondage Reuters/Ipsos publié cette semaine, 53% des Américains interrogés affirment que l’affaire Epstein a “réduit leur confiance dans les dirigeants politiques et économiques du pays” et 69% ont déclaré que le dossier Epstein montre que “les personnes influentes aux États-Unis sont rarement tenues responsables de leurs actes”.