
La Conférence de Munich sur la Sécurité (MSC) “se tient cette année dans un contexte d’incertitudes profondes” pour la sécurité de l’Europe, dans un monde “marqué par la multiplication des conflits ainsi que les tensions géopolitiques et géoéconomiques mondiales”, a posé Xavier Bettel, ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur. Il s’y est rendu ces 13 et 14 février, en compagnie de la ministre de la Défense Yuriko Backes.
Face à ces défis, “notre priorité est claire : renforcer la résilience européenne, défendre nos valeurs et préserver l’unité de nos alliances”, estime le ministre des Affaires étrangères. Poursuivant: ‘Dans un monde plus instable, défendre l’ordre international fondé sur des règles suppose également de renforcer notre propre capacité d’action et notre sécurité. Le dialogue et la diplomatie, comme ceux que cette conférence rend possible, sont plus importantes que jamais.”
La sécurité de l’Europe repose en grande partie sur son appartenance à l’OTAN. Or, le président américain Donald Trump remet régulièrement en doute que les États-Unis soutiendraient leurs alliés en cas de crise. Une condition préalable serait que l’Europe investisse davantage dans sa propre Défense. Ce message semble avoir été entendu, à en juger par le discours prononcé à Munich par le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Xavier Bettel.
“Nous sommes également engagés au niveau de l’OTAN et je crois que si l’on veut faire partie de l’OTAN, il faut aussi assumer ses responsabilités. Mais nous ne devons pas être plus naïfs que les autres et nous contenter de tout acheter à l’étranger, alors que nous sommes capables de produire nous-mêmes. Et puis, il y a l’histoire du succès européen : Airbus est aujourd’hui le principal concurrent de Boeing, précisément parce que nous avons réussi à construire dans un esprit européen. Il faut se demander si cela n’a pas aussi son importance. L’Europe va assumer davantage de responsabilités, en tant que pilier solide, et ce, au sein de l’OTAN”, a expliqué Xavier Bettel.
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a appelé les Européens à se ranger derrière la vision de Donald Trump sur l’ordre mondial, tout en prônant la revitalisation du lien avec une Europe “forte”. Les États-Unis, sous Donald Trump, sont prêts à mener la “restauration” de l’ordre mondial, a-t-il dit au deuxième jour de cette conférence.
L’allocution très attendue du responsable américain a toutefois offert un contraste saisissant avec le discours incendiaire du vice-président JD Vance l’année dernière devant la même assemblée. Xavier Bettel affirme que ce discours était plus “collégial” que celui de JD Vance l’année dernière et qu’il y a eu une ovation debout.
Marco Rubio a assuré que les États-Unis souhaitaient “des alliés (...) qui comprennent que nous sommes les héritiers d’une même grande et noble civilisation et qui, avec nous, sont prêts et capables de la défendre”. “Nous ne cherchons pas à diviser, mais à revitaliser une vieille amitié”, a-t-il affirmé.

Si les États-Unis sont “prêts, si nécessaire, à agir seuls, nous préférons et espérons agir avec vous, nos amis ici en Europe”, a-t-il précisé. Le patron de la conférence, l’Allemand Wolfgang Ischinger, a dit après le discours avoir entendu “un soupir de soulagement” dans la salle.
Mais le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a notamment dit: “est-ce que ça va changer notre stratégie? Bien sûr que non”. “Nous produiront une Europe forte et indépendante, quelles que soient les interventions que nous entendons à la Conférence de Munich”, a-t-il déclaré.
Concernant le conflit russo-ukrainien, M. Rubio a dit ne pas savoir “si les Russes sont sérieux dans leur volonté de mettre fin à la guerre”.
Ensemble avec l’organisation Women Political Leaders, Yuriko Backes a organisé une table ronde de haut niveau avec des femmes leaders du monde politique au sujet «Turning Women, Peace, and Security into Strategy ».
Placée sous le thème “Under Destruction”, la 62e édition de la MSC a été axée sur le bouleversement de l’ordre international. “Le thème de cette conférence, Under Destruction, reflète la réalité à laquelle l’Europe et le monde fait face. Nous vivons des bouleversements géopolitiques et l’ordre international fondé sur les règles est mis en question. Nous avons besoin d’une Europe forte, au sein d’une Alliance stable, fondée sur des valeurs communes, avec des partenaires égaux des deux côtés de l’Atlantique”, a conclu la ministre de la Défense, Yuriko Backes.