La pomme est depuis des décennies un symbole d’alimentation saine. Mais une nouvelle étude européenne du Pesticide Action Network Europe (PAN Europe) remet fortement cette image en question. Selon les analyses commandées par l’ONG, 90 % des pommes produites de manière conventionnelle en Europe contiennent des résidus de pesticides. Au total, 59 échantillons provenant de 13 pays ont été analysés. Les trois échantillons luxembourgeois — soit environ une demi-douzaine de pommes — étaient tous positifs.
Pour Claire Wolff, du Mouvement Écologique, les résultats sont préoccupants : “Ce qui m’a le plus choquée, c’est que PAN Europe conclut que les pommes fraîches conventionnelles ne sont en fait pas adaptées aux jeunes enfants.”
Elle dénonce un double standard : les aliments transformés destinés aux enfants doivent respecter une tolérance zéro pour les pesticides, alors que les mêmes substances peuvent être présentes dans les fruits frais. Elle recommande aux parents de privilégier des pommes non traitées ou bio pour les jeunes enfants.
L’inquiétude principale du rapport concerne le cocktail de pesticides : la plupart des échantillons — y compris ceux du Luxembourg — en contenaient plusieurs. Même si chaque pesticide pris individuellement reste sous les limites légales européennes, les interactions entre ces substances sont insuffisamment étudiées, affirme Claire Wolff.
C’est d’autant plus inquiétant pour les jeunes enfants, dont le système immunitaire, hormonal et nerveux est encore en développement. Plusieurs pesticides sont suspectées d’être cancérogènes ou des perturbateurs endocriniens.
Blanche Weber, présidente du Mouvement Écologique, est encore plus formelle : “Nous avons longtemps discuté pour savoir si nous devions dire que les jeunes enfants ne devraient plus manger de pommes conventionnelles. Mais à un moment donné, ça suffit. "
Elle rappelle que ce problème ne se limite pas à cette étude. Des pesticides ont été détectés dans l’eau potable et même dans les cheveux des enfants testés au Luxembourg ces dernières années. Elle reproche à la sphère politique un manque d’action concrète malgré les analyses et discussions.
Le Mouvement Écologique demande, dans ce contexte, plus d’aliments bio dans les crèches, hôpitaux et maisons de retraite.
Jean-Claude Müller, président de l’Association des arboriculteurs luxembourgeois, nuance ces conclusions. Il souligne que les pommes luxembourgeoises respectent toutes les limites légales : “Tous les produits utilisés sont autorisés et évalués par les autorités européennes.”
L’ALVA (Administration luxembourgeoise vétérinaire et alimentaire) réalise régulièrement des contrôles. Entre 2009 et 2025, 182 échantillons de pommes ont été analysés, dont 97 provenant du Luxembourg et aucun n’a dépassé les limites autorisées. Le ministère de l’Agriculture confirme : “Les pommes luxembourgeoises sont sûres à consommer.”
Jean-Claude Müller ajoute que les agriculteurs investissent dans des conseils spécialisés, des alternatives, de nouvelles méthodes comme la lutte biologique.
Depuis 2016, l’usage des produits phytosanitaires a été réduit de plus de 50 %, assure le ministère. En 2024, 89 hectares sur 198 auraient été cultivés sans fongicides ni insecticides.