“Il y a eu 152 cas de traite des êtres humains au Luxembourg entre 2023 et 2024, et il existe certainement un chiffre noir important.” C’est ce qu’a souligné la Commission consultative des droits de l’homme, la CCDH, qui a présenté mercredi son cinquième rapport sur la traite des êtres humains au Grand-Duché pour les années 2023-2024.
Le nombre élevé de cas est surtout lié à une vaste affaire de prostitution forcée au Luxembourg remontant à 2021, qui est actuellement devant les tribunaux. Mais le nombre de victimes dans le monde du travail a également tendance à augmenter, explique Fabienne Rossler de la CCDH :
“Les secteurs les plus touchés sont l’horeca et la construction. Quelques cas isolés concernent le travail domestique, les transports et les soins à la personne.”
La majorité des victimes sont des femmes, et la plupart viennent d’un pays tiers :
“La Chine arrive à la première place. Les victimes chinoises ont toutes été exploitées dans la restauration, et dans les restaurants indo-népalais, ce sont plutôt des personnes originaires de cette région qui sont exploitées.”
Le rapport montre également que de plus en plus de victimes sont recrutées en ligne, ce qui complique évidemment le travail des enquêteurs. Il faudrait tenter de détecter plus tôt les nouvelles formes virtuelles de traite des êtres humains, explique Max Mousel, juriste à la CCDH :
“Là, il y a des outils comme les webcrawlers, des outils qui parcourent Internet et filtrent ensuite des indices. Ils devraient être développés et utilisés davantage au Luxembourg, comme cela se fait déjà à l’étranger.”
La Commission consultative des droits de l’homme salue le fait que, depuis le dernier rapport, la police ait obtenu davantage de ressources, que les acteurs concernés soient plus sensibilisés et que des formations régulières soient proposées. Il est également positif, selon la CCDH, que l’ITM, l’Inspection du travail et des mines, détecte de plus en plus de cas de traite des êtres humains, ce qu’elle attribue à une prise de conscience croissante et à une approche plus proactive. L’idéal serait toutefois que l’ITM dispose explicitement de compétences légales dans le domaine de la traite des êtres humains.
De manière générale, il est regrettable qu’il n’existe toujours pas de programme de protection des témoins au Luxembourg et que l’indemnisation des victimes soit largement inférieure au préjudice qu’elles ont subi.