
Adel Al-Saleh, CEO de SES depuis un an, voit un renouveau, dont il faut désormais poser les bases, dans l’avenir de l’opérateur de satellites.
SES emploie actuellement 2.000 salariés, dont 600 au Luxembourg. Malgré un plan social pour 68 employés signés en décembre 2024, SES maintient son siège principal à Betzdorf. Le CEO de SES n’a pas voulu s’engager sur la manière dont la restructuration de l’entreprise affectera le personnel au Luxembourg.
“Nous avons besoin de talents partout pour être compétitifs. Et nous ne devons pas oublier que Betzdorf est notre siège et qu’il restera toujours important.”
Adel Al-Saleh a affirmé qu’il y aura toujours un bel avenir pour les employés de SES au Luxembourg et qu’il restera “toujours” environ 600 emplois sur le site de Betzdorf, même si la répartition pourra être différente à l’avenir.
Indépendamment des discussions sur la délocalisation des emplois, SES doit réduire ses coûts pour avoir de l’argent à investir.
“Nos coûts sont trop élevés dans plusieurs domaines. Nous avons besoin d’argent pour nos investissements. Une manière d’y parvenir est de réduire les coûts, pour que nous puissions investir cet argent. Cela n’a rien à voir avec l’achat d’Intelsat ou l’Inde. En tant qu’entreprise, nous devons maigrir.”
Si le rachat de l’opérateur américain Intelsat se concrétise, il y aura des postes qui seront trop pourvus. Ce problème se posera davantage au niveau du management que du côté des ingénieurs et du personnel technique, selon le directeur.

De nombreux contrats importants ont été signés l’an dernier. Le rachat de l’opérateur américain Intelsat est l’un des projets majeurs que SES planifie dans un avenir proche. Après l’échec d’une première tentative de rachat en 2023 en raison de divergences de vue sur l’orientation du modèle économique, un accord a été annoncé en avril. SES va racheter Intelsat pour 2,8 milliards d’euros..
En août, SES a soumis les documents nécessaires pour obtenir l’approbation de l’agence américaine de régulation du secteur des communications, la FCC (Federal Communications Commission). Adel Al-Saleh estime qu’il serait réaliste de finaliser le rachat en juin. Si le rachat n’obtenait pas l’approbation des autorités, cela constituerait un défi, mais ne représenterait pas une menace existentielle pour SES.
SES a d’autres options et la société a aussi gagné plusieurs appels d’offres importants.
L’un d’eux, qui sera particulièrement important au cours des douze prochaines années, lui a permis d’être à la tête de “SpaceRISE”, c’est-à-dire le consortium qui prépare et exploite la constellation de satellites “IRIS²" pour l’Union européenne. Cette constellation, qui sera entièrement sous contrôle européen, fournira un réseau de communication à grande échelle, fiable et protégé, aux clients publics et commerciaux.
SES apportera au réseau 18 satellites dits “à orbite terrestre moyenne”. 90% de la capacité de ces satellites seront vendus à des clients commerciaux. Les 10% restants seront réservés aux gouvernements. Il est prévu qu’"IRIS²" soit opérationnel début 2030.
Un autre projet est le “MEO Global Services Agreement”. Cet accord permet aux membres de l’OTAN d’acheter des capacités des satellites “mPower” de SES, afin de les utiliser pour des missions d’observation. Le projet remonte à un partenariat entre le Luxembourg et les États-Unis. La Chambre avait accordé l’an dernier une enveloppe de 190 millions d’euros pour le financement du projet.
“C’est terriblement excitant de signer un gros contrat comme MGS ou IRIS². Mais les travaux commencent vraiment une fois le contrat signé. Il y a donc beaucoup de travail accompli en ce moment par les équipes.”
Ces projets sont importants pour changer le récit sur le marché, qui se concentre surtout actuellement sur le succès de Starlink. Starlink est le réseau satellitaire de SpaceX, qui appartient au milliardaire Elon Musk, qui est aussi conseiller de Donald Trump.
Un discours plus positif sur SES aurait également pour effet de redresser le cours de l’action de la société. Les chiffres qui seront présentés dans environ deux semaines montreront la croissance, mais le cours de l’action ne se fixe pas seulement aux chiffres.

Outre le Luxembourg, l’un des sites importants de SES est Washington DC. A la question de savoir dans quelle mesure le nouveau gouvernement américain - avec Elon Musk comme conseiller du président américain Donald Trump - pourrait avoir un impact sur les opérations de SES, le directeur Adel Al-Saleh a répondu:
“Bien sûr, il n’est pas particulièrement confortable de voir notre plus grand concurrent si proche du président américain, mais le marché est ouvert, il y a de la transparence.”
Adel Al-Saleh estime que le système, tant aux États-Unis qu’en Europe, est suffisamment robuste pour reconnaître et gérer correctement des conflits d’intérêts. Et il ne faut pas oublier que Donald Trump est l’un des plus grands soutiens du secteur spatial.
La sécurité est un secteur qui devient de plus en plus important pour SES. “Nous sommes une infrastructure essentielle. Cela fait de nous une cible”, selon le directeur de l’opérateur satellitaire. L’été dernier, il a été annoncé qu’un satellite SES avait été la cible d’interférences russes. “C’est nouveau parce que la presse l’a compris, mais ce n’est pas une nouveauté”, d’après Adel Al-Saleh. C’est quelque chose auquel il faut se préparer dans ses opérations quotidiennes.
Sans satellite dans l’espace, la vie moderne telle que nous la connaissons ne serait pas possible : connexions Internet, GPS, trafic aérien, télévision et télécommunications - tout cela dépend de services comme ceux du SES.
Le plus important pour la sécurité est la coopération entre les différents acteurs, c’est-à-dire aussi les autres opérateurs de satellites. Il y a un échange constant sur ce qui est observé et ce qui pourrait être entrepris contre les interférences malveillantes venues de l’extérieur. Rendre les satellites de la nouvelle génération plus résilients face à ces attaques, ne serait pas négligeable non plus.