
Tous ceux qui s'intéressent à la Deuxième Guerre Mondiale connaissent le nom Raths, car Aloyse Raths était un résistant très connu au Luxembourg. Son frère, Marcel, né en 1923, travaillait en tant que coiffeur à Bissen. Un de ses clients était domicilié à Colmar-Berg et dans les fiches, il était marqué "de Luxembourg" après son prénom: Jean.
Jean nous a quittés et Marcel Raths a les larmes aux yeux en parlant de son client très spécial.
Son frère Aloyse était percepteur auprès des enfants princiers au Château de Berg, il n'était pas rare qu'il partage le déjeuner avec eux. Un beau jour, il leur a dit qu'il partait pendant une trentaine de minutes pour se rendre chez le coiffeur. La gouvernante lui a alors demandé chez qui il se faisait couper les cheveux, ce à quoi il a répondu: "A Bissen, chez mon frère". Une réponse qui allait changer la vie de Marcel.
Le Prince Henri chez le coiffeur à Bissen, ce n'est pas banal. Mais Marcel Raths est resté calme. Il a coupé les cheveux du Prince alors âgé de 10 ou 11 ans. Une coupe qui lui a plu, ainsi qu'à ses parents.
Marcel Raths se souvient encore très bien de cette première rencontre: "lors de son retour au Château, ses parents m'ont appelé afin de me féliciter car ils le trouvaient vraiment beau. C'est alors qu'ils m'ont demandé si le Grand-Duc Jean pouvait également profiter de mes services".
Les jambes du coiffeur tremblaient à son arrivée au Château, il ne savait comment se comporter dans une telle situation. Mais Jean a descendu les escaliers de l'imposant bâtiment en souriant: "Oh Monsieur Raths, quel bonheur que vous soyez venu" en lui tapotant l'épaule. Après lui avoir coupé les cheveux, Marcel s'est à nouveau vu complimenté par le chef de l’État: "tiptop !".
Sa voix tremble légèrement lorsqu'il relate ces moments passés aux côtés du Grand-Duc Jean. Il avait alors à peine 40 ans, c'était dans les années soixante, le début de trente années de coupes grand-ducales, une fois par mois.
Avant des rendez-vous importants, le Grand-Duc était concentré et ne parlait pas. Selon Marcel Raths, il voulait accomplir ses tâches du mieux qu'il pouvait. Il se souvient d'une image en particulier: celle de l'année 1944 à Luxembourg-Ville.
"J'étais sur place, j'ai vu quand il est descendu de la Jeep. Des jeunes gars musclés l'ont alors soulevé et porté sur les épaules pour l'escorter jusque dans la mairie".
Lorsque l'on regarde les yeux de Marcel Raths, on comprend qu'il n'aura jamais de paroles négatives à l'égard de "son" Grand-Duc. Les moments passés avec ce grand homme resteront à jamais gravés dans son cœur.
