
Moins populaires en apparence, et moins personnifiées par des visages placardés à tous les coins de rues, les élections sociales de ce 12 mars sont pourtant cruciales à plus d'un titre pour le Luxembourg.
Les résultats qui devront être affichés dans les entreprises (de plus de 15 salariés) dans les trois jours à venir, et la nouvelle composition de l'assemblée plénière de la Chambre des salariés qui se réunira dans plusieurs semaines seront scrutés de très près par de nombreux acteurs. À commencer par les syndicats évidemment, qui en tireront une grande partie de leur légitimité pour les cinq ans à venir, mais aussi le patronat et surtout... le nouveau gouvernement CSV-DP de Luc Frieden.
Il aura tout de même fallu plus de 110 jours au nouveau Premier ministre pour avoir récemment un premier échange de vue avec les syndicats OGBL, LCGB et CGFP (Fonction publique), piqués de ne pas avoir été invités à la table ronde logement. Luc Frieden avait assuré lors de sa déclaration devant le parlement que son gouvernement "attache une grande importance au dialogue social".
Le premier enjeu de taille de ces élections sociales sera la mobilisation des salariés. Au sein de leurs entreprises, comme pour le vote des 60 représentants à la Chambre des salariés.
Ce sont les élections "les plus démocratiques du pays" ont avancé les représentants des principaux syndicats lors de leurs meetings de campagne, tout comme Nora Back, présidente depuis cinq ans de la Chambre des salariés.
Et pour cause, ces élections s'adressent à plus de 600.000 électeurs potentiels que sont les 479.000 actifs, les retraités et, pour la première fois les apprentis et les demandeurs d'emploi. Sans oublier les 224.000 frontaliers français, belges et allemands. C'est deux fois plus que les 286.700 électeurs qui votent aux élections législatives au Luxembourg.
La question sous-jacente est de savoir si le changement gouvernemental opéré en décembre, ses principales mesures annoncées ou le climat ambiant qui s'est tendu avec de longs mois d'inflation, aura ou non un impact sur l'électorat des travailleurs?
Un autre enjeu de cette mobilisation est de donner ou de retirer directement du poids politique aux syndicats. Ces élections sociales permettront de "mesurer" la capacité des syndicats à mobiliser ceux qu'ils défendent.
Ces élections permettront aussi d'estimer le degré de vitalité retrouvé des syndicats luxembourgeois. Il y a deux ans, en mars 2022, le Statec, en se basant sur les chiffres de l'OCDE, faisait état du déclin des organisations syndicales qui avait perdu 5,4% de leurs troupes entre 2017 et 2019.
En ce début 2024, l'OGBL, de loin le syndicat avec le plus grand nombre d'adhérents, affichait "plus de 76.000 membres" et son principal concurrent, le LCGB comptait désormais "46.800 membres", selon les affirmations de leurs présidents respectifs à RTL Infos. Que diront les urnes après ce 12 mars?
Ces élections sociales vont livrer une nouvelle balance des forces syndicales et être un révélateur du travail accompli depuis cinq ans, sur le terrain, par les syndicalistes.
Rappelons qu'en 2019 lors des dernières élections sociales, l'OGBL avait raflé 23,04% des délégués effectifs dans les entreprises du pays (soit 2.042 délégués effectifs), le LCGB 13,66% (soit 1.211 délégués effectifs) et l'Aleba 3,86% (342 délégués effectifs). Les chiffres de l'ITM rappellent que les syndiqués sans étiquette sont la plus grande force syndicale avec 58,65%, soit 5.197 délégués effectifs.
Le fait de voter pour ses représentants à la Chambre des salariés donne plus de poids au salarié "dans toutes les discussions politiques, mais aussi face au patronat. Un salarié qui travaille pour un salaire est toujours dans une relation de subordonné par rapport à son supérieur hiérarchique et il a besoin d'un acteur fort pour défendre ses intérêts et c'est la Chambre des salariés", a répété à l'envi Nora Back, la présidente de la Chambre des salariés, durant une campagne de plus de quatre mois.
Un autre gros enjeu de ces élections est le renforcement, ou non, de la crédibilité de la Chambre des salariés. Plus la mobilisation des électeurs est forte, plus elle gagnera en poids dans toutes les discussions politiques.
Le taux de mobilisation reste la grande inconnue. Et le défi est de taille. Puisqu'en 2019, les 60 représentants des salariés qui siègent à l'assemblée plénière de la Chambre des salariés avaient été élus avec seulement 32,2% des voix des salariés et retraités. C'est peu.
Pour se faire entendre au plus haut niveau, les syndicats visent lors de ces élections sociales, la sacro-sainte "représentativité nationale". Il faut avoir 20% des voix à la Chambre des salariés pour être représentatif au niveau national. Rappelons que la représentativité nationale c'est la "clé" qui permet aux syndicats de siéger au sein de la tripartite, mais aussi au sein des instances décisionnelles de la Caisse nationale de Santé, de la Caisse des pensions, de la Caisse pour l'Avenir des enfants, les juridictions du travail, etc.
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