Problématique des loyers"Le gouvernement ne reconnaît pas l'urgence", des pistes évoquées

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
Il ne cesse d'augmenter, et pour certaines personnes, le loyer représente 40% du revenu total, et cela ne concerne que le logement, sans les charges ou les frais annexes.
© Domingos Oliveira/ RTL Luxembourg

C’est ce qu’a déclaré Jean-Michel Campanella, de l’association de défense des locataires, vendredi matin lors d’une interview accordée à RTL. Ce sont avant tout les personnes qui doivent vivre avec le salaire minimum ou les parents isolés qui sont particulièrement touchés.

La question est, selon lui, assez perturbante: “pour vivre dignement, faut-il augmenter les salaires ou baisser les loyers ?

La plupart des personnes qui font appel au service de défense des locataires craignent d’être expulsées. Une peur généralement liée à une augmentation de loyer. “On nous contacte souvent parce que le propriétaire annonce qu’il souhaite désormais 500€ de plus. Il existe pourtant des règles à ce sujet. Il n’est pas autorisé à demander une augmentation supérieure à 10% pendant deux ans, mais il y a encore des gens qui essaient.

Certains propriétaires ne le savent tout simplement pas, alors que d’autres disent au locataire: “si tu veux rester, tu devras payer plus, sinon je dirai que j’ai un besoin personnel”.

© Didier Weber

Tenter sa chance à l’étranger

Si des personnes ont un loyer abordable, que les enfants sont bien intégrés à l’école ou à la crèche, et que du jour au lendemain on vous annonce que vous devez trouver un nouveau logement, ce serait un choc. Les gens essaient alors de s’en sortir tant bien que mal ou déménagent carrément de l’autre côté de la frontière.

Cela arrive de plus en plus souvent, même chez les “vrais Luxembourgeois”, explique Jean-Michel Campanella. D’un côté, on recherche des talents en IA pour mener la transformation numérique, mais si ces talents n’ont pas les moyens de payer le loyer, ils préfèrent partir à Paris ou à Londres, où ils ont plus d’opportunités.

Jeudi, la commission du logement de la Chambre s’est enfin réunie, après avoir été annulée à plusieurs reprises. Le président de l’Association pour la défense des locataires s’en est contenté de conclure que “ce n’est pas encore la priorité absolue de la politique dans ce pays, contrairement à ce que pense la population”, malgré que ce sujet occupe toujours la première place parmi les principales préoccupations dans les sondages.

Beaucoup de gens sont conscients que leurs propres enfants ne pourront probablement pas devenir propriétaires et ne resteront donc pas dans le pays si la tendance se poursuit. “Mais ce n’est pas dans deux ou trois ans que nous avons besoin d’une solution ; c’est dès maintenant, alors que les gens partent et ne trouvent rien”, explique l’invité.

Appliquer et faire respecter les lois

Jean-Michel Campanella regrette que les lois en vigueur ne soient pas appliquées. Selon la législation actuelle, le loyer ne peut dépasser 5% du capital investi.

Je propose que nous appliquions cette loi dès maintenant, car cela permettrait de dynamiser le marché. Ce ne serait bien sûr pas une recette miracle, et il faudrait également s’attaquer au problème des logements vacants. Beaucoup de gens ont déjà fait des propositions à ce sujet, mais on répond alors qu’on ne peut rien faire, que les communes ne peuvent pas faire respecter la loi. Pourtant, cela fonctionne à l’étranger, alors pourquoi pas ici maintenant”, se demande le président de l’association.

À Bruxelles, une mesure intéressante a été mise en place. On vérifie qui possède des appartements vides qui ne sont pas loués, et pour ceux qui le sont, des inspections sont menées et des suggestions sont faites aux propriétaires sur les travaux de rénovation à réaliser. Une aide est disponible, et si rien n’a été fait au bout de X mois, de nouvelles inspections sont effectuées. “Une telle politique pourrait permettre de mobiliser quelques centaines de logements supplémentaires”, propose Mr Campanella qui a un autre souhait pour le Luxembourg: une Commission des loyers.

Il faudrait également mettre en place une telle structure, qui pourrait se pencher pas seulement sur les loyers, mais aussi sur les problèmes liés aux cautions, notamment celles qui ne sont pas toujours restituées, et ferait office d’instance de médiation entre les deux parties. De cette manière, on pourrait trouver des solutions créatives, au lieu de toujours se retrouver devant le tribunal”, conclut Jean-Michel Campanella.

Back to Top
CIM LOGO