
La politique étrangère a été largement débattue mardi au Parlement, et il y avait de quoi discuter. A la demande des Pirates et de déi Lénk, une heure d’actualité a été consacrée aux revendications actuelles du président américain Donald Trump sur le Groenland, ainsi qu’à la position luxembourgeoise sur le Venezuela.
La relation avec le grand frère américain doit être sérieusement repensée : c’est en tout cas l’avis de Sven Clement (Pirates) et de David Wagner (déi Lénk), qui avaient demandé cette heure d’actualité. Pour Sven Clement, les discussions autour du Groenland sont un test.
“Le danger ne réside pas dans un conflit ouvert, mais dans le fait que nous montrions à l’extérieur que la solidarité devient soudain négociable. Et le Groenland est un cas test. L’intégrité territoriale au sein de l’Alliance est-elle intangible ou négociable ?”
David Wagner (déi Lénk) a souligné que l’enlèvement du président vénézuélien Maduro par les États-Unis était illégal. L’Europe dispose de moyens suffisants pour faire pression sur les États-Unis. Il faut en finir avec l’atlantisme, a-t-il ajouté.
Les partis de la majorité ont adopté un ton plus nuancé. Le président du groupe parlementaire CSV, Laurent Zeimet, a affirmé vouloir conserver l’amitié des Etats-Unis, malgré toutes les critiques légitimes:
“En 80 ans, nous avons traversé beaucoup de choses ensemble. Nous avons toujours été étroitement liés, même si nous étions souvent en désaccord. Et il n’y a pas si longtemps, nous critiquions aussi d’anciens présidents américains pour leur politique, qu’il s’agisse d’Obama ou de Bush. Mais ce n’est jamais allé aussi loin qu’aujourd’hui, où nous devons nous demander si cette amitié va être rompue ou ce qui se passe. En tout cas, nous ne voulons pas mettre fin à cette amitié.”
Le député DP Gusty Gras s’est clairement opposé à toute revendication territoriale des États-Unis vis-à-vis du Groenland et du Danemark. Il en va, après tout, de l’avenir de l’OTAN. Des critiques plus vives envers le gouvernement sont venues des bancs de l’opposition. Le député LSAP Yves Cruchten attendait une position plus claire de la part du gouvernement concernant le Venezuela :
“C’est une violation du droit international par les États-Unis. Point. Et je le dis délibérément aussi clairement, car c’est exactement ce qui manque actuellement : la clarté. Trop de gouvernements se cachent derrière des formules diplomatiques toutes faites pour éviter de dire qui enfreint les règles. Malheureusement, le communiqué de notre gouvernement est de cet ordre.”
Le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, a lancé un appel à la cohésion européenne et a également souligné qu’il fallait, dans les deux cas, s’en tenir au droit international.
“Nous sommes les plus petits sur la carte du monde. Et si le droit international peut être bafoué et que nous disons tous ‘oui, les pauvres’ et que nous l’acceptons, alors c’est aussi un danger pour un petit pays comme le Luxembourg. Le droit international est en réalité notre meilleure garantie.”
Il est important que ces partenaires internationaux continuent à travailler ensemble, a ajouté le ministre des Affaires étrangères. Car toute cette situation “ne fait plaisir qu’à un seul et il se trouve au Kremlin”.