EKABE renonce au lait luxembourgeoisMiser désormais plus sur la qualité que la quantité de lait, selon Marco Koeune

Marc Hoscheid
adapté pour RTL Infos
La semaine dernière, la laiterie EKABE, propriété du groupe français Lactalis, a fait savoir qu'elle ne transformera plus de lait luxembourgeois à partir de l’année prochaine. Près de 70 exploitations sont concernées. Il faudrait rendre les exploitations luxembourgeoises plus résilientes et moins dépendantes des grands groupes, selon le président de la Baueren Allianz, qui se montre en revanche sceptique quant à un boycott des produits EKABE.
© Marc Hoscheid

Lundi à 13h, une réunion s'est tenue au ministère de l’Agriculture concernant l’avenir d’au moins une partie des producteurs laitiers luxembourgeois. La nouvelle est en effet tombée jeudi dernier : la laiterie EKABE, qui appartient au groupe français Lactalis, ne transformera plus de lait luxembourgeois à partir du 1er avril de l’année prochaine. Près de 70 exploitations sont concernées. La question est désormais de savoir comment la situation va évoluer et quelles mesures seront prises. Marc Hoscheid en parle avec Marco Koeune, président du syndicat Baueren Allianz.

C'est un réflexe normal que les agriculteurs concernés cherchent le dialogue avec la ministre compétente afin de lui expliquer la situation. La ministre dispose également de plusieurs contacts, tant avec son homologue français qu’avec différentes laiteries, mais Marco Koeune ne peut pas imaginer que Lactalis revienne encore sur sa décision de renoncer à l’avenir au lait luxembourgeois. Il serait en revanche plus réaliste de négocier une période de transition plus longue, que les agriculteurs pourraient alors utiliser pour se tourner vers une autre laiterie.

Il s’agirait soit de Luxlait, soit d’une laiterie dans un pays voisin, surtout Arla ou Hochwald. Se pose toutefois la question de savoir si les laiteries allemandes ne fonctionnent pas selon une logique similaire à celle de Lactalis. Arla, par exemple, a récemment fusionné avec le groupe DMK (Deutsches Milchkontor). La nouvelle entité regroupe environ 11.200 agriculteurs, un "pool laitier" de 19,4 milliards de kilos, et réalise un chiffre d’affaires annuel de plus de 20 milliards d’euros. Lactalis, de son côté, emploie environ 85.000 personnes dans le monde et réalise un chiffre d’affaires annuel de plus de 31 milliards d’euros.

© Domingos Oliveira / RTL

La Baueren Allianz critique également le fait que les exploitations luxembourgeoises soient à ce point exposées à de grandes structures. Luxlait serait sans doute une meilleure alternative en tant que coopérative à taille plus humaine, mais il serait irréaliste qu’elle puisse simplement absorber d’un seul coup les 50 millions de litres de lait qui étaient jusqu’à présent livrés à EKABE.

De manière générale, Marco Koeune plaide pour qu’à l’avenir, au Luxembourg, on mise moins sur la quantité et davantage sur la qualité. Au Grand-Duché, beaucoup d’efforts ont déjà été réalisés ces dernières années en matière de programmes de qualité, que ce soit dans le secteur de la viande ou du lait. Chaque exploitation aura en tout cas besoin de temps pour adapter sa production. Au final, les produits doivent aussi être achetés en supermarché, et le consommateur doit donc jouer le jeu.

Interrogé sur un éventuel boycott des produits EKABE, Marco Koeune reste plutôt réservé. Il estime qu’il convient de garder la tête froide, d’autant plus qu’il s’agit de l’avenir de 68 familles d’agriculteurs. Il se souvient certes qu’en 2012, à Diekirch, plus de 1.000 personnes étaient descendues dans la rue contre la fermeture alors envisagée de la brasserie, mais il s’interroge sur la pertinence d’une telle mobilisation dans ce cas-ci, ainsi que sur la capacité à mobiliser un nombre similaire de personnes.

Le président d’Arla, Alain Schaack, n’est pas d’accord avec les propos de Marco Koeune

Selon Alain Schaack, on ne peut pas comparer Arla à Lactalis. La grande différence est qu’Arla est une coopérative laitière, tandis que Lactalis/Ekabe est une laiterie privée.

En tant que producteurs de lait chez Arla, nous sommes "membres directs de notre coopérative Arla Foods AMBA et, de ce fait, nous ne sommes pas exposés au risque que des décisions économiques rationnelles puissent mettre en péril les producteurs luxembourgeois. En tant qu’Arla Foods AMBA, notre mission est de collecter et de transformer tout le lait de nos producteurs dans nos sept pays membres. C'est d’ailleurs inscrit dans nos statuts !"

Chaque année 54 millions de kilos de lait

Dans sa réponse à une question urgente du député CSV Jeff Boonen sur le dossier, la ministre de l’Agriculture Martine Hansen a fourni des chiffres supplémentaires. Selon ceux-ci, 54 millions de kilos de lait provenant de producteurs luxembourgeois sont livrés chaque année à EKABE, ce qui représente 10 à 15 % de la production laitière luxembourgeoise.

40 millions de kilos de lait étranger sont transformés en plus du lait luxembourgeois sur le site d'Eschweiler.

Même si, à partir d’avril 2027, plus un litre de lait luxembourgeois ne sera transformé sur ce site, celui-ci devrait néanmoins continuer à fonctionner. Lactalis n’a pas indiqué à la ministre de l’Agriculture, d’où proviendra le lait utilisé pour les produits EKABE à partir de l’année prochaine.

Le ministère a également précisé qu’actuellement, des efforts sont faits pour soutenir les agriculteurs concernés. À cet effet, d’autres possibilités de commercialisation sont évaluées et les capacités de transformation des laiteries sur le marché luxembourgeois sont analysées.

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