L’article en question soulignait des irrégularités dans la répartition des bourses de recherche Audacity l’année passée. L’institut de l’Université de Luxembourg aurait octroyé une bourse pour soutenir le projet d’une candidate qui fait elle-même partie du jury.
Emma Schymanski, du Luxembourg Centre for Systems Biomedecine (LSCB), est membre du conseil scientifique de l’IAS. Elle fait partie des “Fellows”, membre éminent d’un corps académique, ayant précédemment reçu un financement de recherche de l’Institut des hautes études dans la catégorie Audacity pour des projets de recherche interdisciplinaires. En tant que “Fellow”, elle a également été élue au Conseil scientifique et nommée par le recteur.
Mais l’année dernière, elle a soumis une nouvelle demande de financement de recherche Audacity. Son projet, “AI4TECS : système alimenté par l’IA pour l’identification et le traitement en temps réel des contaminants émergents”, mené en collaboration avec un chercheur de la Faculté des sciences, de la technologie et de la médecine (FSTM), est l’un des cinq projets qui ont reçu un financement Audacity en décembre dernier.
En outre, RTL a également soulevé des questions quant à la gouvernance de l’IAS, notamment en raison de la présence actuelle d’Emma Schymanski au sein du Conseil scientifique. Le règlement interne de l’IAS stipule que les membres, tels qu’Emma Schymanski, qui sont élus “Fellows” et nommés par le recteur, ont un mandat de deux ans non renouvelable. Or, selon son propre curriculum vitae, publié sur le site web Orcid, elle était déjà membre du Conseil scientifique de l’IAS de septembre 2020 à septembre 2022.
Jusqu’à présent, ni la chercheuse concernée ni le bureau de presse de l’université n’avaient souhaité répondre aux questions de RTL. C’est désormais chose fait avec une communication écrite qui comprend certaines réponses que notre collègue Michèle Sinner se permet également de nuancer.
Dans sa réponse, l’université explique avoir lu l’article sur les fonds IAS attribués au professeur Schymanski vendredi dernier et souhaite apporter quelques informations supplémentaires après une première réponse: “les conclusions que vous tirez dans votre article sont erronées, car elles reposent sur plusieurs inexactitudes factuelles dans votre reportage. Nous vous demandons de corriger ces points de toute urgence. Dans votre introduction, vous dites : « Kandidatin Fuerschungsgelder fir hire Projet ginn, déi selwer am Jury fir d’Verdeelung souz ». C’est inexact. Le professeur Schymanski faisait partie du jury, mais s’est récusée chaque fois que son propre projet était présenté, et elle n’avait aucune connaissance des discussions qui ont conduit à la sélection de son projet. Cela doit être corrigé”.
Suite à cette réaction, la journaliste a déduit que la déclaration de RTL était correcte, elle n’a donc pas besoin d’être corrigée: Emma Schymanski faisait bien partie du jury qui a évalué et classé les projets en vue de la répartition des fonds. Elle a elle-même fait une demande de fonds de recherche Audacity et les a obtenus.
La journaliste n’avait pas non plus écrit qu’Emma Schymanski avait évalué son propre projet. C’était précisément l’une des nombreuses questions que RTL avait envoyées à Emma Schymanski et au service de presse avant la publication. Cependant, tous deux ont refusé de répondre à ces questions. C’est exactement ce qui était indiqué dans l’article. Toutefois, conformément aux clarifications apportées par la suite par le service de presse, l’université elle-même confirme qu’Emma Schymanski était effectivement présente lors des discussions et de l’évaluation des projets concurrents.
La communication de l’université continue avec une précision: “au paragraphe six, vous citez notre code de conduite en ces termes: ‘Les membres des organes et comités de l’université s’abstiennent de participer à toute discussion ou décision concernant des questions pour lesquelles ils se trouvent en situation de conflit d’intérêts’. Il s’agit d’une citation incomplète de la section 2.1.5. La phrase qui suit celle que vous citez est la suivante: ‘ls doivent quitter la réunion pendant que la question est examinée et ne doivent en aucun cas chercher à influencer les discussions ou les décisions sur ces questions’. Le professeur Schymanski a suivi ces instructions à la lettre, comme toutes les autres personnes concernées”.
Dans sa réponse, le service de presse de l’université cite en fait une ancienne version du code de conduite, qui n’est plus en vigueur. Dans la version actuelle de juillet 2025, il n’y a plus de section 2.1.5. Dans le nouveau code, la section 2.1 stipule: “membres des organes et comités de l’université. Les membres des organes et comités de l’université s’abstiennent de participer à toute discussion ou décision concernant des questions pour lesquelles ils se trouvent en situation de conflit d’intérêts”.
La clause subordonnée que l’université omet dans sa lettre à RTL se lit comme suit dans la version actuelle: “cette obligation s’applique en particulier lorsque les personnes concernées exercent plusieurs fonctions dont l’exercice combiné conduit nécessairement à une situation de conflit d’intérêts, par exemple lorsqu’une personne impliquée dans un projet de recherche est également membre de l’organe chargé d’évaluer les résultats de cette recherche”.
Cette phrase ne change donc rien à la conclusion: Emma Schymanski était donc bien présente lors des discussions sur les projets en lice pour obtenir ses fonds de recherche et elle a participé à l’évaluation du jury. Avant la publication, RTL avait demandé à Emma Schymanski et au service de presse de l’université s’ils considéraient cette situation comme une violation du code de conduite. Cette question, comme beaucoup d’autres, est restée sans réponse.
Le service de presse de l’université écrit également: “dans les deux paragraphes consacrés à la gouvernance de l’IAS, que vous pouvez consulter en ligne, votre description des procédures est incorrecte. Contrairement à ce que vous suggérez, le professeur Schymanski a toujours agi en parfaite conformité avec ces procédures. Les deux éléments susmentionnés devraient être reflétés dans l’article”.
Pour appuyer cette affirmation selon laquelle RTL aurait eu tort et qu’Emma Schymanski aurait toujours strictement respecté les procédures, le service de presse ne fournit aucun autre argument ni aucune autre preuve. Il ne fait pas non plus référence à d’autres procédures, telles que celles sur lesquelles s’est appuyée notre collègue.
Les procédures de l’IAS stipulent clairement et sans ambiguïté dans la partie 3.4 que le mandat des membres internes à l’université du Conseil scientifique est limité à deux ans et n’est pas renouvelable: “les membres du Collège des boursiers de l’IAS qui font partie du personnel de l’UL peuvent être nommés comme représentants élus du Collège des boursiers de l’IAS au Conseil scientifique. Le mandat d’un membre du Conseil scientifique peut dépasser la durée de son projet Audacity, mais il est limité à deux (2) ans et n’est pas renouvelable”.
Emma Schymanski indique dans son propre CV qu’elle a été membre du Conseil scientifique de l’IAS de septembre 2020 à septembre 2022.

En conséquence, Emma Schymanski n’aurait plus été autorisée à siéger au Conseil scientifique après 2022.
Le service de presse de l’université n’apporte aucune explication à cette contradiction dans son e-mail. Mais il poursuit en disant :
“Le titre de votre article est le suivant : « Opacité et conflit d’intérêts dans la répartition des fonds de recherche ». Tout d’abord, oui, il y a eu un conflit d’intérêts, comme c’est souvent le cas dans les procédures universitaires. La plupart sont des oublis administratifs sans gravité, mais nous avons néanmoins des procédures strictes pour y remédier. Dans le cas présent, le conflit d’intérêts a été reconnu dès le début de la procédure, et le personnel de l’université l’a traité de manière adéquate. Plutôt que de présenter cela comme un élément négatif, cela montre que nos procédures fonctionnent.
Enfin, je me demande ce qui vous amène à dire que le processus était opaque ? Il a été minutieusement consigné dans nos dossiers, ce qui nous permet d’affirmer avec certitude que la manière dont les fonds ont été accordés au professeur Schymanski était tout à fait régulière”.
Une position que RTL ne partage pas. Si les procédures avaient été respectées et avaient fonctionné, Emma Schymanski ne serait plus membre du Conseil scientifique, puisqu’elle écrit elle-même qu’elle l’était déjà de 2020 à 2022. RTL ne partage pas non plus l’avis selon lequel son conflit d’intérêts a été résolu, même si elle a quitté la salle lorsque sa propre candidature a été examinée. Elle a co-évalué ses concurrents directs pour le financement de la recherche, participant ainsi à des discussions et à des décisions dans lesquelles elle avait un intérêt financier. Ses concurrents ne faisaient pas partie du jury, ils n’ont donc pas évalué le projet d’Emma Schymanski et le financement de la recherche est limité. Au vu de toutes ces circonstances, RTL conclut que la situation concernant la répartition des fonds de recherche n’est pas transparente.
Enfin, le bureau de presse de l’université a soulevé une faute dans l’article original: “vous avez mal orthographié le nom du professeur Schymanski au paragraphe 8 : « Emma Schminansky ». En tant qu’institution publique, l’université s’efforce d’offrir un haut degré de transparence au grand public et reconnaît le rôle crucial des médias dans ce dialogue. En contrepartie, nous attendons des journalistes avec lesquels nous collaborons qu’ils respectent les normes professionnelles les plus élevées. Je suis convaincu que vous tiendrez sérieusement compte des points susmentionnés”.
RTL a bien sûr corrigé le plus rapidement possible la faute de frappe dans le nom d’Emma Schymanski.
D’autres questions posées par RTL à Emma Schymanski et à l’université restent sans réponse à ce jour, à savoir : Si Emma Schymanski était en situation de conflit d’intérêts dans la répartition des fonds de recherche Audacity pour 2025. Comment ce conflit d’intérêts a été résolu, d’une part en tant que chercheuse sollicitant un financement pour ses recherches et, d’autre part, en tant que membre de l’organe décisionnel. À quelles étapes de l’évaluation a-t-elle participé à son propre projet et aux autres projets ? Quel montant de financement a été alloué à son projet ? Combien de projets étaient en concurrence avec le sien, et si elle estime que sa demande de financement de recherche auprès d’une institution dont elle fait partie de l’organe décisionnel enfreint le code de conduite de l’université.