SantéLe Luxembourg est dépendant des soignants français

Thomas Toussaint
Les régions frontalières du Luxembourg manquent de soignants, tandis que le Grand-Duché dépend très fortement de ces travailleurs venus des pays voisins. Nos explications sur cette relation déséquilibrée.
© PHILIPPE HUGUEN / AFP

C’est un exode massif côté français... et une dépendance inquiétante côté luxembourgeois. Dans le secteur de la santé, les professionnels français et le Luxembourg partagent des liens très étroits.

Selon une étude de l’Insee, le Luxembourg attire la moitié des professionnels de santé installés dans les régions frontalières du Grand Est. Une attraction majeure pour la région : sur 10.400 soignants installés près des frontières françaises, le Luxembourg en emploie plus de 4.400. Ce qui place ces secteurs frontaliers en tension : plus d’un soignant sur trois installés près du Luxembourg franchit la frontière tous les jours. Mettant en difficulté les établissements de soins côté français, à la peine pour recruter.

Les infirmiers constituent aujourd’hui “la première profession de santé” des zones frontalières : un soignant sur trois environ. Pour les patients, cet appel du Luxembourg se traduit par un manque d’accès aux soins : “à Thionville et Val-de-Briey, plus de trois infirmiers en soins généraux sur cinq travaillent hors de France” constate l’Insee.

Ainsi, 1.620 infirmiers en soins généraux et installés autour de Thionville sont frontaliers au Luxembourg. C’est encore 640 à Val-de-Briey, 370 à Metz et même 80... à Sarreguemines, pourtant située à plus de 120 km de Luxembourg-ville. Désormais, “la France est le pays où la densité d’infirmiers par habitant est la plus basse”.

À l’inverse, côté luxembourgeois, cette attraction nourrie par des salaires “trois fois plus élevés” qu’en France rend le pays réellement dépendant de la main-d’œuvre étrangère : 93% des frontaliers employés dans le secteur des soins par le Luxembourg viennent de l’Hexagone.

Lors de l’épidémie de coronavirus, c’est pour cette raison que le gouvernement avait appelé très rapidement à garder les frontières ouvertes pour permettre aux soignants de travailler. “Les infirmiers résidant en France représentent ainsi une part importante des effectifs exerçant au Luxembourg : un infirmier sur trois habite en France, aussi bien pour ceux qui travaillent dans le secteur hospitalier que pour l’ensemble des infirmiers actifs au Luxembourg.”

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