Le dialogue social s’est nettement durci au Luxembourg ces derniers temps. Les partenaires sociaux sont en désaccord sur de nombreux dossiers et semblent actuellement bien loin d’être capables de se réunir autour d’une même table avec des représentants du gouvernement.
Mais une sorte de tripartite a néanmoins eu lieu mercredi matin sur RTL Radio Lëtzebuerg. Le ministre du Travail, Marc Spautz, le président de l’Union des entreprises luxembourgeoises, Michel Reckinger, et la présidente de l’OGBL, Nora Back, en tant que représentante de l’Union syndicale, étaient tous les trois présents dans le studio.
Le ministre du Travail en est convaincu : “Ce n’est qu’en discutant et débattant à trois que des solutions peuvent émerger”. “Je crois au modèle de la tripartite”, a déclaré mardi sur RTL Marc Spautz, qui a regretté de ne pas être parvenu, durant ses 126 premiers jours en tant que nouveau ministre du Travail, à convoquer une réunion tripartite.
“Là où c’est vraiment important, le dialogue social fonctionne”, a affirmé le président de l’UEL, Michel Reckinger : au sein des entreprises, mais aussi dans d’autres instances comme la Caisse nationale de santé ou le Conseil économique et social. “Mais nous avons l’impression que les syndicats ne veulent plus parler avec nous”.
“Oui, en tant que syndicats, nous sommes aujourd’hui plus éloignés du gouvernement et du patronat que jamais auparavant. Mais c’est surtout la politique du gouvernement qui a été déterminante”, a déclaré Nora Back. Il y a eu des attaques permanentes de la coalition CSV‑DP, selon elle. L’Union syndicale s’est sentie “humiliée” et, à un moment donné, elle n’a plus pu continuer ainsi.
Qualifiant la décision du gouvernement de “trahison du salaire minimum”, la représentante de l’Union syndicale a évoqué un coup de poignard dans le dos, le gouvernement ayant pris seul la décision concernant le salaire minimum, qu’il a présenté comme un fait accompli, sans véritables discussions. Nora Back a d’ailleurs demandé au ministre s’il était vraiment satisfait de cette décision sur le salaire minimum. L’objectif était de prendre une décision avant Pâques. C’est ce qui a été fait au conseil de gouvernement, selon Marc Spautz. Le gouvernement ne souhaitait pas “faire traîner indéfiniment les choses” avec une “pochette-surprise”.
“Si l’on veut discuter, il faut réellement le vouloir et savoir aussi écouter les autres”, a souligné Michel Reckinger en désignant verbalement les syndicats.

Nora Back a indiqué qu’il n’était pas normal que les syndicats apprennent par la presse ce que le gouvernement envisage concernant le salaire minimum : “Nous voulons avoir le sentiment que nous sommes pris au sérieux”.
Ce dossier n’est certainement pas clos pour l’Union syndicale, qui ne veut pas en rester à ce qui a été décidé maintenant, a annoncé la présidente de l’OGBL. Pour elle, un retour au Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE), n’est toujours pas envisageable : c’est “impensable pour le moment”. “Nous avons besoin d’avancées pour les salariés”. Pour rappel, le CPTE est une instance de dialogue social réunissant gouvernement et partenaires sociaux pour examiner l’évolution du marché du travail, des conditions de travail, de sécurité et de santé. Les syndicats avaient claqué la porte du CPTE en octobre 2024 pour marquer leur désaccord sur une réforme des conventions collectives.
“Aussi étrange que cela puisse paraître, en ce qui concerne le salaire minimum, je pense que syndicats et patronat veulent la même chose”, a déclaré Michel Reckinger, ajoutant “car nous sommes également d’avis qu’avec un faible salaire, avec un salaire minimum ici au Luxembourg, il est difficile de vivre décemment”. Les employeurs savent aussi qu’il est difficile de payer un loyer au Luxembourg avec un salaire minimum. Pour cela, il faut aussi “aider les plus faibles, sans pénaliser les entreprises”. Mais comme aucun critère n’a jamais été défini, comme le prévoit pourtant la directive européenne sur le salaire minimum, on ne peut pas dire avec quelle hausse ou baisse on pourrait être d’accord. Il est toutefois clair qu’une augmentation du salaire minimum pèserait très lourdement sur les entreprises les plus concernées. Et il se trouve que les secteurs où beaucoup de salaires minimums sont versés, comme l’horeca ou la construction, sont déjà en difficulté. C’est pourquoi l’index constitue également un problème, selon le représentant des patrons.
Des propos avec lesquels Nora Back n’était pas d’accord. “Une politique de l’aumône” n’est pas acceptable. Pour rappel : le Luxembourg est malheureusement le pire élève de l’UE en matière de “working poor”. “Le salaire minimum luxembourgeois ne permet pas à ses bénéficiaires de joindre les deux bouts”. La seule alternative est donc une hausse structurelle du salaire minimum. Ce dernier n’est “pas non plus le fossoyeur de la compétitivité”, il serait même pertinent pour stimuler l’économie, selon la syndicaliste.
Le ministre Spautz est sur la même ligne que les deux représentants des partenaires sociaux sur le fait qu’il est très difficile de joindre les deux bouts avec le seul salaire minimum. C’est pourquoi le gouvernement a décidé toute une panoplie de mesures sociales.
En ce qui concerne la méthode de calcul pour définir le salaire médian, sur lequel on se base, il est normal de prendre le salaire de base, selon Michel Reckinger, qui partage le point de vue du ministre du Travail. Les syndicats, en revanche, ne sont pas de cet avis : selon eux, le 13ᵉ mois, les heures supplémentaires, le travail du dimanche et les gratifications doivent également être inclus dans les calculs.
Lorsqu’il n’y a pas la volonté de se retrouver à trois, il est difficile de préparer quoi que ce soit qui irait dans le sens d’une tripartite nationale, a déclaré Marc Spautz. Nous irons à une tripartite, a répliqué Nora Back. “Ils vont chez le Premier ministre, chez moi, ils ne viennent pas”, a commenté Marc Spautz.
Il s’agit de l’instrument national de gestion de crise, grâce auquel il a jusqu’à présent toujours été démontré que des compromis sont possibles, indiquent les syndicats. Mais pour eux, il est également clair qu’ils n’iront pas dans une tripartite qui se réunirait seulement lorsque qu’une deuxième tranche indiciaire serait déclenchée. “Cela figure dans le programme de coalition, et nous ne le partageons pas”, a précisé Nora Back.
Michel Reckinger plaide toutefois en faveur d’une tripartite. En raison des conséquences de la guerre en Iran, le pays se retrouve dans une situation comparable à celle d’il y a trois ans, avec de fortes hausses de prix dans quasiment tous les domaines. C’est de cela qu’il faudrait parler, estime-t-il.