
"Lorsqu’un rapport est prêt, il doit être rendu public, car s'il est placé sous embargo, les gens ont l’impression que l’on cherche à cacher quelque chose, ce qui entraîne une perte de confiance", a déclaré mercredi matin sur RTL Patrick Remakel, président du SNE, le principal syndicat des enseignants de l’enseignement fondamental.
Cette déclaration intervient dans le contexte de la généralisation prévue de l’alphabétisation en français lors de la rentrée 2027-2028.
Le 3 juin, le SNE avait demandé à obtenir l’évaluation des "épreuves standardisées" du LUCET (Luxembourg Centre for Educational Testing) pour le cycle 3.1 dans les quatre écoles pilotes où l’alphabétisation en français a déjà été mise en place. Cette étude quantitative, qui mesure tous les deux ans les compétences de l’ensemble des élèves du pays en mathématiques ainsi qu’en compréhension orale et écrite de la langue allemande - ou du français dans le cas de figure des écoles participant au projet pilote - était achevée depuis le mois de février et figurait déjà sur le site internet du LUCET.
À sa grande surprise, le syndicat a toutefois été informé que les résultats n’étaient pas encore publiés, à la demande du ministère de l’Éducation, au motif "qu’ils ne correspondaient pas aux attentes" liées à la réforme.
Des représentants du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de l'Enfance (MENJE) et Claude Meisch lui-même, ont démenti mardi en commission que l’étude ait été mise sous embargo. Le ministère n’aurait certainement pas dicté à l’Université ce qu’elle pouvait publier ni à quel moment, a déclaré Claude Meisch sur un ton quelque peu agacé.
Patrick Remakel a toutefois formellement contredit cette version des faits mercredi matin sur RTL. Selon lui, il aurait été clairement écrit dans un échange avec le LUCET que le ministère avait demandé un "embargo". (RTL dispose de ce message écrit.)
"Dans un dossier aussi sensible que le projet ALPHA, qui est encore loin de faire l’unanimité, la transparence est pourtant essentielle". Les acteurs de terrain déplorent clairement un manque d’"ouverture et de transparence" de la part du ministère de l’Éducation, a souligné Patrick Remakel.
Le président du syndicat estime également que le rôle d'une évaluation scientifique est d’évaluer une réforme "sans parti pris" et "pas de légitimer une réforme politique".
Patrick Remakel juge également étonnant que la méthodologie utilisée pour l’évaluation des épreuves standardisées (EpStan) dans les écoles pilotes soit soudainement remise en cause. Jusqu’à présent, cela n’avait jamais été le cas. L’échantillon des quatre écoles pilotes a toujours été très restreint. Les syndicats avaient d’ailleurs attiré l’attention sur ce point dès le départ. Mais tant que les résultats allaient dans le sens attendu, personne ne s’est senti dérangé, critique le président du SNE. "Maintenant que le LUCET est plutôt clair dans ses propos et dit qu’il n’y a certes pas de détérioration avec la réforme ALPHA, mais qu’il n’y a pas non plus d’amélioration. Soudain, l'échantillon est remis en question."
Le Syndicat des enseignants maintient par ailleurs sa position : l’alphabétisation aurait dû être étendue progressivement, étape par étape, au lieu de passer directement de quatre écoles à l’ensemble du pays. Les infrastructures auraient alors pu suivre plus facilement cette évolution, car avec la généralisation de l'alphabétisation en français, des salles de classe supplémentaires seront nécessaires.
Des critiques ont aussi été formulées dès le départ concernant la généralisation de la réforme. Les syndicats, tout comme les représentants de l’opposition, n’ont pas compris pourquoi on n’avait pas attendu que les enfants des écoles pilotes aient terminé l’ensemble de leur parcours dans l’enseignement fondamental avant d’introduire cette réforme majeure à l’échelle nationale. Ce ne sera le cas que dans deux ans. Il aurait alors été possible d’évaluer l’ensemble du parcours scolaire et de voir vers quelles filières les élèves sont orientés. Avec cet échantillon restreint, il n’est aujourd’hui pas possible de déterminer si le projet ALPHA apporte réellement des résultats positifs ou non.
"Les parents ne pourront donc que se fier à leur intuition", pour choisir entre l'alphabétisation en français ou l'alphabétisation en allemand. Le SNE ne soutient toutefois pas la proposition de reporter le projet de deux années, comme l’a demandé le LSAP mercredi à la Chambre des députés. Patrick Remakel estime en revanche qu’il est regrettable que l’actuel parti d’opposition n’ait pas davantage écouté les syndicats "avant le vote de la loi".
Pour le SNE, une chose est claire : le statu quo dans l’enseignement fondamental n’est pas une option. Il faut s'attaquer aux inégalités scolaires.
Le Syndicat des enseignants n’a d’ailleurs jamais été opposé, par principe, à la réforme. Ce que le syndicat critique, c’est que les autorités se seraient, dès le départ, focalisées exclusivement sur ALPHA. D’autres pistes n’auraient jamais été sérieusement envisagées ni discutées, comme, par exemple, une alphabétisation en luxembourgeois ou l’enseignement de "l’allemand comme langue étrangère". Selon le SNE, Claude Meisch n’aurait même laissé aucune marge de manœuvre pour des modifications au sein même de la réforme.
Le personnel enseignant sera prêt pour la rentrée de septembre 2027-2028 et fera le nécessaire pour que tout se passe bien, a encore expliqué Patrick Remakel. La principale question aujourd’hui est de savoir si un nombre suffisant de salles de classe sera disponible et si les communes ainsi que les parents seront prêts.
Notre invité a toutefois soulevé une interrogation : que se passera-t-il si des salles de classe viennent à manquer ?