Projet pilote "ALPHA" au fondamentalDe nombreux débats et questions sur la forme mais pas sur le fond

Claudia Kollwelter
adapté pour RTL Infos
Les rapports sur le projet pilote ALPHA concernant l'alphabétisation en français et en allemand dans l'enseignement fondamental ont été présentés mardi matin aux députés membres de la Commission de l'Éducation. Les critiques, mais surtout les questions ont été nombreuses.
Photo d'illustration d'élèves en classe
Photo d'illustration d'élèves en classe
© TyliJura

Les rapports relatifs au projet d’alphabétisation ALPHA ont été présentés mardi à la Commission de l’Éducation. Les questions ont toutefois moins porté sur le fond que sur la forme. En cause : les députés n’étaient pas d’accord avec la manière de procéder. L’opposition a critiqué le fait que le rapport scientifique du Luxembourg Centre for Educational Testing (LUCET) ait été placé sous embargo, estimant que cette décision était difficile à comprendre. Du côté du ministère, il a une nouvelle fois été souligné que personne ne s'était vu imposer l’interdiction de publier quoi que ce soit et qu'il s'agissait simplement d’attendre que l’ensemble des rapports soit disponible. Pour Djuna Bernard, députée verte, un point est particulièrement important :

"Il faut éviter que les doutes exprimés à l’égard de la réforme ne soient encore renforcés par un manque de transparence ou par des démarches comme celles que nous avons observées ces derniers mois."

Djuna Bernard a toutefois critiqué le fait qu’il n’était pas compréhensible que la "peer review" ne figure pas parmi les documents demandés par la Chambre et que les députés aient dû eux-mêmes aller la chercher sur le site de l’Université. Selon elle, cela ne contribue certainement pas à la transparence. Luc Weis, du ministère de l’Éducation, a répondu que le ministère n'avait reçu ce document que le vendredi précédent et qu’il n’avait donc pas eu le temps de l’intégrer aux 340 pages rendues publiques lundi et dans lesquelles figurent les autres rapports.

Pour Sven Clement, élu du Parti pirate, de nombreuses questions restent en suspens. D’un côté, il est affirmé que trop peu d’enfants ont participé à l’étude du LUCET pour permettre d’en tirer des conclusions ; de l’autre, des conclusions en sont pourtant tirées :

"C’est un peu comme Fifi Brindacier : je me construis un monde à ma convenance, en décidant tantôt que cela me plaît, tantôt que cela ne me plaît pas. Quand cela ne me convient pas, j’ignore les données et je dis qu’elles ne sont pas suffisantes. C'est un peu comme si nous parlions de données scientifiques et de la seule étude quantitative dont nous disposons ici et pas seulement des études qualitatives, qui constituent tout le reste, alors je me demande comment on peut formuler des affirmations aussi catégoriques alors qu’elles ne découlent pas des chiffres."

Pour Francine Closener, députée LSAP, les rapports montrent clairement qu’il n’y a eu ni détérioration ni amélioration :

"Il faut alors se poser la question de savoir pourquoi nous faisons cela. Car nous bouleversons tout de même l’ensemble du système scolaire, nous envoyons des centaines de personnes en formation, nous demandons aux parents de faire un choix dès l’école préscolaire, alors qu’au final, dans les tests, tout reste quasiment identique. Les taux d'allongement étaient déjà les mêmes en 2019 dans les écoles pilotes, tout aussi faibles qu’avant le projet Alpha."

Claude Meisch a toutefois immédiatement souligné avec fermeté qu’il ne s’agissait pas d’une option :

"Nous avons toujours trouvé une bonne raison pour ne rien changer. Et ceux qui pensent qu’une analyse détaillée du rapport du LUCET nous fournirait une nouvelle bonne raison de ne toujours rien changer trouveront avec moi quelqu’un qui ne peut pas leur donner raison. Car je pense que nous recevons, année après année, des preuves scientifiquement documentées montrant à quel point notre système scolaire est inégalitaire aujourd’hui, et nous devons y apporter une réponse."

Djuna Bernard a également souligné qu’il ne serait pas opportun de reporter la réforme prévue de deux années supplémentaires.

De nombreux députés se sont également étonnés qu’aucun représentant du LUCET ne soit présent lors de la présentation du rapport ce mardi. Le ministre de l’Éducation, Claude Meisch, a répondu qu’un échange avec l’ensemble des auteurs des différents rapports serait toutefois possible à l’avenir.

Back to Top
CIM LOGO