Une soixantaine de personnes se sont réunies ce samedi à Luxembourg, place Clairefontaine, pour demander une meilleure protection des acquéreurs en VEFA. Plusieurs personnes lésées par les faillites et interruptions de chantier étaient présentes dont certaines qui ont témoigné auprès de RTL Infos ces dernières semaines. Leur situation, comme celle de nombreux autres acquéreurs, reste aujourd'hui toujours aussi précaire et le gouvernement semble décidé à ne pas intervenir.
Des représentants du parti déi Lénk et le directeur de la Fondation pour l'accès au logement, Gilles Hempel, étaient sur place pour soutenir les manifestants. À l'inverse, les ministres Gilles Roth et Elisabeth Margue sont passés par la place Clairefontaine en prenant bien soin d'éviter la foule. Nous sommes allés à la rencontre des personnes présentes qui partageaient tous le même sentiment d'injustice.
"Pourquoi le gouvernement ne fait-il pas le choix d'aider les acquéreurs lésés? En les ignorant, ils ne font que renforcer le sentiment d'insécurité des acheteurs et ils contribuent donc à à la crise de confiance dans la VEFA", analysait très justement Emily, qui attend toujours des nouvelles de son appartement à Moutfort. Rappelons qu'aux dernières nouvelles, aucun fonds de compensation n'est prévu et on sait que la nouvelle loi VEFA ne sera pas rétroactive.
Mais il en faudra plus pour décourager les manifestants. Alejandro Marx, un des organisateurs du rassemblement, nous a confirmé ce samedi qu'il y aura de nouvelles manifestations et de nouvelles pétitions. "Ce n'est que le début du combat, nous ne baisserons pas les bras", a-t-il déclaré au micro RTL. Il s'est dit très satisfait de la mobilisation ce samedi à Luxembourg.
Il a tenu à rappeler que s'il y a une crise de confiance dans la VEFA, c'est pour de bonnes raisons. En dehors du risque de faillite, ce sont l'encadrement légal et les mécanismes de protection des acquéreurs qui découragent les potentiels acheteurs. "Le cadre légal est tellement inefficace que c'est absurdement risqué d'acheter en VEFA aujourd'hui", a-t-il commenté.
Nous avons évoqué, avec lui et d'autres manifestants, le nombre de témoignages qui nous sont parvenus depuis la publication de la série "Quand la VEFA tourne au cauchemar". Et le sentiment était le même chez tout le monde. "Il doit y avoir beaucoup plus de gens concernés mais ils n'osent peut-être pas venir", a réagi une manifestante. En faisant des recherches, Emily a estimé le nombre de ménages concernés à "au moins 800 personnes".
La jeune femme, qui fait également partie des organisateurs de cette manifestation, a répertorié les promoteurs qui ont fait faillite ainsi que leurs projets déchus. "Cela m'a amené à ce chiffre mais il pourrait être plus important", a-t-elle expliqué. Alors pourquoi toutes ces personnes ne se manifestent pas? "Certains ont honte alors qu'ils ne devraient pas, ils n'ont rien fait de mal", opine Emily. Il y a la peur du jugement, au travail comme en société.
Pour notre part, à la rédaction RTL, nous avons reçu plusieurs messages de personnes lésées qui ne voulaient pas être recontactées pour un reportage. Cela en dit long sur leur malaise. "Si vous voulez simplement en parler, n'hésitez pas à nous contacter Alejandro et moi", réagit Emily. Un groupe WhatsApp a notamment été dédié à la problématique des VEFA à l'arrêt.
Nous avons profité de l'occasion pour échanger avec les personnes qui avaient témoigné auprès de RTL Infos ces deux derniers mois. En ce qui concerne le projet Capelli à Moutfort, "rien n'a bougé", nous a-t-on confirmé. Et ce malgré les promesses récentes du promoteur. Nous avons été informés qu'un de ses projets à Mamer était également au point mort. Le couple concerné attendrait depuis plusieurs années.
Une situation pour le moins désespérante mais cela n'a pas empêché certains manifestants et les représentants "déi Lénk" de plancher sur des solutions. Ces derniers ont notamment suggéré d'utiliser une partie de l'enveloppe dédiée à créer du logement abordable pour racheter les projets déchus de ces acquéreurs, les achever puis les ajouter au parc immobilier public.
Mais nous en sommes encore très loin pour l'instant. Comme l'a communiqué Alejandro Marx, de nouvelles manifestations vont être organisées. Certains manifestants présents ce samedi nous ont assuré qu'ils participeront également à la grande mobilisation du 13 novembre contre la crise du logement. À voir s'ils pourront en profiter pour faire entendre leur message.
Nous discuterons des faillites dans la VEFA et de leurs conséquences dans le prochain épisode de La Bulle Immo. Celui-ci paraîtra en fin de semaine prochaine.