Quand la VEFA tourne au cauchemar"Avoir un deuxième enfant dans ces conditions, c'est impossible"

Gaël Arellano
Damien (prénom emprunté) et sa femme ont acheté un appartement dans une des résidences prévues dans le cadre du projet "West Valley" à Moutfort. Une décision qu'ils regrettent amèrement, trois ans après avoir signé l'acte de vente. En effet, cet achat a chamboulé tous leurs projets, y compris celui de faire grandir leur petite famille.
Le lot 16 du projet West Valley à Moutfort, photographié au mois de septembre 2026
© Gaël Arellano/ RTL Luxembourg

Un chantier qui s'éternise a évidemment d'importantes répercussions financières, comme on a pu le voir à travers les témoignages d'Alejandro et d'Emily ces dernières semaines. Les conséquences sur la vie privée des acquéreurs ne sont pas à sous-estimer pour autant. Damien (prénom emprunté) et sa femme ont notamment dû renoncer à avoir un deuxième enfant en raison de leur situation financière. Et cela malgré deux bons salaires.

"Nous sommes constamment sur le fil", nous raconte le père de famille avant d'ajouter "on est stable mais il suffit d'un imprévu pour nous faire basculer dans le rouge". Cette situation, ils la doivent au cumul de leur crédit et du loyer qu'ils paient en attendant la livraison de leur appartement. "Ça représente plus de 5.000 euros par mois", déclare-t-il, après nous avoir donné accès aux preuves de paiements.

Comme Emily, Damien et sa compagne ont acheté un appartement au sein du projet West Valley à Moutfort. Seulement, dans leur cas, la construction est arrivée à un stade bien plus avancé avant de s'arrêter net mi-2024. Cela faisait un peu plus d'un an que le couple avait signé l'acte de vente (mars 2023). Les travaux ont ensuite repris brièvement pour s'arrêter une nouvelle fois au mois de juillet 2024, nous explique le père de famille.

"On est stable mais il suffit d'un imprévu pour nous faire basculer dans le rouge"


Damien (prénom emprunté) acquéreur en VEFA
Près d'un an plus tard, les choses n'avaient toujours pas avancé sur le chantier. Les copropriétaires ont cependant été conviés à deux réunions d'information, la première au mois de juin et la suivante au mois de septembre 2025. Entre temps, ils avaient appris les déboires du groupe Capelli en France. Malgré tout le promoteur et les acquéreurs ont fini par s'accorder sur une nouvelle échéance pour l'achèvement de la résidence: fin 2026.

Un an plus tard, force est de constater qu'il est très peu probable que ce délai soit respecté. Et pendant tout ce temps, Damien et les autres propriétaires ont dû se battre pour obtenir des réponses. Il a contacté des députés et a même adressé une lettre au Premier ministre. "Trois membres du parlement m'ont répondu et ils parlaient tous de ce qui va changer, de ce que l'on va améliorer... Cependant aucun d'entre eux n'a voulu parler de ce qui va/peut être fait pour aider les gens qui sont dans des situations comme la nôtre. C'est comme s'ils voulaient passer à autre chose."

"Tout repose sur nos épaules"

© Gaël Arellano/ RTL Luxembourg

Le jeune père n'a pas baissé les bras pour autant. Il s'est notamment coordonné avec les autres propriétaires de la résidence afin de trouver un représentant légal commun. C'est Maître Olinger qui a repris cette responsabilité. Il représente désormais une grande partie des acquéreurs du lot 16 ainsi qu'Emily, qui a acheté dans le lotissement voisin. Et lorsque nous nous sommes entretenus avec lui, il a souligné l'inefficacité des leviers juridiques qui sont à la disposition des acquéreurs en VEFA.

"Ils sont à la merci du promoteur", avait-il notamment déclaré. Damien dénonce, pour sa part, le déséquilibre des responsabilités dans un cas comme le sien. Il souligne le fait que les acquéreurs sont tenus de "payer le promoteur à temps, de payer la TVA, de s'assurer que les travaux sont réalisés, de relancer le promoteur quand ça coince, de trouver un avocat" puis de naviguer la législation luxembourgeoise en la matière. "Tout repose sur nos épaules et en attendant, personne ne s'assure que nos droits ne sont pas bafoués."

"Tout est tellement lent et les leviers pour les acquéreurs vraiment inefficaces"

Maître Olinger, avocat et partner chez Wurth Kinsch Olinger

En plus de s'adresser à plusieurs élus, le père de famille a également tenté sa chance auprès des instances compétentes. Il a contacté le ministère du Logement, le ministère de la Justice et, comme dit précédemment, le ministère d'Etat. "Ils se sont tous renvoyés la balle. On a fini par nous dire que c'était une affaire privée et que nous ferions bien de prendre un avocat. C'est tout de même invraisemblable, j'irai même jusqu'à dire impoli, comme réponse..."

Lorsque nous avons échangé avec Damien au début du mois d'octobre, il nous a confirmé que des échafaudages avaient été installés autour de la résidence au mois de septembre. Cependant, "plus rien n'a bougé depuis" assure-t-il. Et dans ces conditions, ce ne sont pas que ses finances qui souffrent. L'attente et l'incertitude font d'autres dégâts, tout aussi importants. Des décisions ont dû être prises, notamment dans le cadre des projets familiaux du couple.

"Si on ne peut pas avoir un deuxième enfant aujourd'hui, c'est uniquement à cause de tous ces coûts supplémentaires", nous confie Damien. Il estime son préjudice à plus de 50.000 euros, loyers et intérêts compris. La tournure que prendront les événements pour la société "Moutfort Todenweg" décidera du reste. En effet, si elle venait à faire faillite, la garantie d'achèvement pourrait être déclenchée mais à quel coût? Des surfacturations seraient-elles découvertes?

Damien en a l'intime conviction. Et si ses soupçons se confirmaient, ce serait une très mauvaise nouvelle pour les copropriétaires. En effet, les surfacturations ne sont pas couvertes par la garantie d'achèvement. "Qui paie mal, paie deux fois", imageait récemment un avocat que nous avons interrogé sur la question. Dans ce contexte, rappelons que Christophe Capelli nous a répondu récemment que la société "Moutfort Todenweg" n'allait pas faire faillite.

"Aller au bout de mes engagements"

Interrogé au sujet du projet à Moutfort, le chef d'entreprise a assuré fin septembre qu'il comptait aller au bout de ses engagements. Il a d'ailleurs affirmé que près de 200.000 euros avaient été réinjectés dans "West Valley" ces derniers mois. Des travaux seraient en cours au sein d'une maison et de la résidence numéro 16. Difficile cependant de réconcilier ses déclarations avec les réactions des acquéreurs et des voisins qui nous ont contacté depuis la publication du témoignage d'Emily.

"Il ne se passe rien depuis un bon moment. Certains chantiers sont mêmes devenus dangereux pour les enfants, (car ils sont laissés à l'abandon et donc mal bouclés). On a récemment évité un accident de justesse", nous a écrit une voisine préoccupée. D'après elle, "la vermine se réfugie" depuis des mois dans ces chantier. Puis il y a des acquéreurs qui ne s'étaient pas manifestés jusqu'ici mais qui ont décidé de le faire début octobre. Ils nous assurent que les travaux sont toujours à l'arrêt chez eux.

Nous avons notamment été contacté par un trentenaire qui a acheté une maison au sein du projet. "Nous ne sommes dans aucun groupe WhatsApp et il ne communique pratiquement pas avec nous, à part via les avocats", nous écrit-il. Il évoque de nombreuses malfaçons et craint d'avoir à payer des centaines de milliers d'euros supplémentaires si une faillite intervenait vraiment. Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg.

"Certains chantiers sont devenus dangereux pour les enfants, on a récemment évité un accident de justesse."


Une voisine du projet West Valley
En effet, le projet "West Valley" à Moutfort regroupe quelques dizaines d'acheteurs dont la vie a été bouleversée par leur acquisition. Depuis la publication de notre premier reportage (témoignage d'Alejandro), de nombreux autres acquéreurs nous ont fait savoir qu'ils étaient dans des situations similaires. Rappelons que de nombreuses faillites ont eu lieu ces trois dernières années, compromettant au passage des dizaines de projets immobiliers.

Nous avons contacté le ministère du Logement afin de nous faire une idée de l'ampleur du problème. Néanmoins, impossible de nous communiquer des chiffres à ce sujet, nous a-t-on répondu. Une réponse conjointe des ministères de la Justice, des Finances et du Logement nous a cependant été promise. À l'heure de la publication de cet article, nous n'avions pas encore eu de nouvelles.

"Quand nous avons acheté au Luxembourg, nous avons accepté tout ce qui venait avec: les prix élevés, le coût de la vie. Mais en retour, on s'attendait à avoir une certaine qualité et surtout un semblant de sécurité. Il s'avère que ce n'est pas le cas et les autorités ne semblent pas être disposées à nous aider. C'est comme si nous n'avions aucun droit", dénonce Damien. Pour lui et sa famille, le meilleur cas de figure semble être l'achèvement par Capelli de la résidence numéro 16. En effet, tout autre issue signifierait probablement des dizaines de milliers d'euros de préjudice supplémentaire.

Cet article est le troisième d'une série concernant les faillites dans la VEFA. Le prochain reportage sera publié en fin de semaine prochaine sur RTL Infos, RTL Today et RTL.lu. Si vous êtes vous-même dans une situation similaire et que vous souhaitez être contacté par notre journaliste, envoyez un email à l'adresse suivante: rtlinfos@rtl.lu

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