Rien ne prédestinait ce chiot à une vie de strass et de paillettes. Né au milieu des ruines de la Première Guerre mondiale dans un petit village de Meurthe-et-Moselle, Rintintin est devenu quelques années plus tard l’une des vedettes les plus célèbres d’Hollywood.
Le 15 septembre 1918, en plein cœur de la Première Guerre mondiale, le village de Flirey, situé près de Toul en Meurthe-et-Moselle, est délivré par les troupes américaines.
En inspectant les ruines d'un chenil de l'armée allemande, le caporal américain Lee Duncan découvre une femelle de race berger allemand et sa portée de cinq chiots affamés.
Ému, le soldat décide d'adopter deux d'entre eux. Il les baptise Nénette et Rintintin, en hommage aux petites poupées de laine fétiches que les enfants lorrains offraient alors aux soldats pour leur porter chance.

À la fin du conflit, le caporal embarque ses protégés vers la Californie. Si la petite femelle baptisée Nénette ne survit malheureusement pas à la traversée de l'Atlantique, le jeune mâle, lui, s'apprête à conquérir l'Amérique.
À Los Angeles, Lee Duncan remarque vite l'agilité et l'intelligence hors norme de son compagnon. Lors de concours canins, Rintintin impressionne le public en effectuant des sauts spectaculaires. Ses capacités athlétiques finissent par taper dans l'œil du producteur Darryl Zanuck.
Ses grands débuts vers le cinéma se font en 1923. Rintintin remplace au pied levé un loup récalcitrant sur un tournage. Sa docilité est telle qu'il exécute la plupart de ses scènes en une seule prise, guidé simplement à la voix par son maître.
Face à ce talent brut, Jack Warner lui offre un contrat d'exclusivité. Le succès est immédiat et foudroyant. Le chien-acteur enchaîne une trentaine de westerns et de films d'aventure, devenant une véritable bouée de sauvetage financière pour les studios Warner Bros alors en pleine reconstruction.
À l’écran, il incarne souvent un chien de la cavalerie américaine, héroïque et ingénieux, capable de dénouer les situations les plus périlleuses. Sa popularité contribue au succès du jeune studio.
Au sommet de sa gloire au milieu des années 1920, la star à fourrure jouit d'une popularité mondiale : Le studio reçoit des milliers de lettres de fans par semaine, auxquelles on répond par une photo dédicacée d'une empreinte de patte.
Sa notoriété est telle qu'en 1929, lors de la toute première cérémonie des Oscars, Rintintin aurait recueilli le plus grand nombre de votes pour le prix du meilleur acteur d'après les historiens du cinéma. L'Académie, soucieuse de sa crédibilité naissante, préférera finalement attribuer la statuette à l'acteur allemand Emil Jannings.
L'affront sera réparé plus tard par l'attribution de son étoile officielle sur Hollywood Boulevard.
Avec trois autres chiens, Lassie, Uggie et Strongheart, il est l'un des quatre seuls acteurs animaux à être honorés de la sorte. On pourrait toutefois ajouter Snoopy, le personnage de bandes dessinées qui a lui aussi son étoile à Hollywood.
L'avènement du cinéma parlant en 1927 commence à éloigner le célèbre berger allemand des premiers rôles. Rin Tin Tin s'éteint paisiblement en août 1932 à l'âge de 13 ans.
Son maître, Lee Duncan, insistera pour que sa dépouille soit rapatriée en France. L'acteur à quatre pattes repose désormais au Cimetière des Chiens d'Asnières-sur-Seine, non loin de Paris.
Malgré sa disparition, sa descendance et d'autres chiens ont assuré la relève sur les écrans en interprétant le rôle.
Son nom est entré à jamais dans la culture populaire, a tel point qu'il a même inspiré par dérision le personnage du maladroit Rantanplan dans la bande dessinée Lucky Luke.