On vous expliqueCe qui change avec les nouvelles heures d'ouverture des commerces

Thomas Toussaint
Une réforme des heures d'ouverture des commerces entre en vigueur à la mi-juin au Luxembourg. On vous explique tout ce qui change.
On vous explique ce qui change avec les heures d'ouverture des commerces
Une réforme des heures d'ouverture des commerces entre en vigueur le 19 juin au Luxembourg.

Vous saviez que les magasins luxembourgeois pourront bientôt ouvrir jusqu’à 21h le soir ? À partir du 19 juin, ce sont les horaires que les commerces du Grand-Duché pourront adopter s'ils le souhaitent.

Six mois après le vote de la loi, fin décembre 2025, cette réforme libérale décriée par les syndicats mais très attendue par les commerçants entre en vigueur au Luxembourg.

En plus de donner la possibilité aux commerces d'ouvrir plus tôt le matin et plus tard le soir en semaine, la loi leur permettra aussi d'ouvrir les dimanches après-midis jusque 19h. Notez que ce changement est un des plus importants car il est en lien avec une autre loi votée en parallèle et entrée en vigueur au 1er janvier. Elle permet à certains commerces de faire travailler ses employés 8h par dimanche, contre 4h auparavant.

Nouveaux horairesAnciens horaires
Du lundi au vendredi5h-21h6h-20h
Les samedis, dimanches et jours fériés5h-19h6h-19h (6h-13h les dimanches)
Les 22 juin, 24 décembre et 31 décembre5h-18h6h-18h
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembreFermeture de principe, sauf pour les boucheries, boulangeries, pâtisseries, traiteurs et salons de consommation (5h-19h). Et possibilité d'ouverture via une convention collective pour les autres commerces.Pas de disposition particulière par rapport aux autres jours fériés
➡️ Pourquoi cette réforme ?

Enfin de la clarté pour les commerces

Interrogée par RTL Infos, l'UCVL, l'Union Commerciale de la Ville de Luxembourg salue ce changement de loi. "Elle a le mérite d'apporter un cadre plus cohérent, plus clair et équitable" nous explique Anne Darin, la directrice. "Il faut comprendre qu'il y avait jusqu'ici beaucoup de dérogations, par secteurs de travail, par lieu. Il y avait des choses qui n'étaient pas justes. Avec cette loi, le cadre est plus facile à comprendre."

"Ce n'est pas une obligation d'ouverture, il faut faire la distinction avec le cadre, donc la possibilité de mettre des changements en place."

Surtout, on rappelle que la nouvelle loi n'oblige pas les commerces à élargir leurs horaires d'ouverture. "Ce n'est pas une obligation d'ouverture, il faut faire la distinction avec le cadre, donc la possibilité de mettre des changements en place." Si certains pourraient être tentés d'adapter leurs horaires d'ouverture (un magasin alimentaire ou une supérette de quartier ouvert plus tard par exemple) pour attirer leurs clients et rentabiliser l'utilisation de leurs locaux, la plupart des petits commerces ne verront pas l'intérêt d'étendre leurs horaires. "Il faut bien avoir en tête qu'ouvrir davantage a un coût. Il y a des effets sur la masse salariale" ajoute la directrice de l'UCVL. Loin d'être négligeable quand on sait qu'un nouvel index a justement provoqué une augmentation des salaires ce mois de juin. Et que l'attention de ces sociétés reste centrée sur leurs dépenses récurrentes : loyers des locaux, masse salariale...

En revanche, on accueille favorablement cette simplification du cadre, notamment pour les nouvelles installations, qui pourront se référer à des règles claires et généralisées à tous. "C’est plus stable surtout pour un commerce en phase d’implantation de construire son business plan avec des horaires possible fixes et non des dérogations temporaires. Imaginez qu'il y avait des dérogations par quartier à Luxembourg-ville..." À un mois de l'entrée en vigueur de la loi, la directrice de l'UCVL avait constaté assez peu de projets d'adaptations des horaires.

Bons pour les commerces, mauvais pour les employés ?

Ce changement libéral a également été bien accueilli par les organisations patronales et les institutions qui en sont proches. Elles obtiennent des assouplissements administratifs importants (plage horaire étendue, procédure simplifiée pour une ouverture en continu sur 24h...). Et elles se réjouissent d'avoir la possibilité de mieux résister aux commerces en ligne et, évidemment, d'améliorer leurs ventes.

"Les salaires dans ce secteur sont déjà très bas et de nombreux salariés souhaitent passer leur soirée et leur dimanche avec leur famille."

Du côté de la Chambre des salariés, c'est plutôt l'indignation qui prédomine. On s'inquiète de la pression qui va peser sur les épaules des employés. Notamment du poids qu'une extension de la plage horaire de travail peut représenter sur l'équilibre entre vie privée et et vie professionnelle. "Les salaires dans ce secteur sont déjà très bas et de nombreux salariés souhaitent passer leur soirée et leur dimanche avec leur famille." Avec un contrepoint : travailler plus longtemps le dimanche se traduira forcément par une hausse des salaires. "Il peut aussi y avoir des opportunités d'embauche pour des étudiants sur des contrats courts le week-end" abonde Anne Darin.

La CSL dénonce surtout une réforme libérale encore peu documentée. Quelles entreprises vont saisir l'occasion d'ouvrir plus tard ? Avec le risque que les petites entreprises ne puissent pas assumer un tel changement et soient désavantagées face aux grandes. Et surtout, les consommateurs seront-ils au rendez-vous ? Sur ces points, on dispose de bien peu de certitudes sur les effets de la loi.

"Ce n'est pas cette flexibilisation qui va améliorer les conditions de travail"

Du côté de l'OGBL, on maintient que l'extension des heures d'ouverture n'étaient demandées ni par les consommateurs, ni par les employeurs, ni par les employés. Et on craint une dégradation sociale pour ces derniers : "Ce n'est pas cette flexibilisation qui va améliorer les conditions de travail" assure Chrystelle Brassinne, secrétaire centrale du syndicat Commerce de l'OGBL. Avec une conviction concernant les magasins : tous ne vont pas forcément adopter ces horaires élargis. "Les petits employeurs ne pourront pas s'adapter et vont être désavantagés face aux plus gros. En revanche, même si l'on sait très bien que tous les magasins ne vont pas ouvrir plus tôt et plus tard, certains vont s'y mettre, et d'autres vont vouloir suivre." Esquissant ainsi le scénario d'une concurrence exacerbée entre les commerces, au profit des plus imposants.

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