“La chambre ne se refroidit même pas, on fait des sorties et tout de suite après, on fait les entrées": à l’hôpital privé d’Antony, en région parisienne, les 22 lits de réanimation dédiés aux malades du Covid ne désemplissent pas. Les soignants tentent de tenir face à la “crue” des entrées en réanimation malgré un “épuisement général”.
Dans l’unité de soins intensifs Covid-19 de l’hôpital privé Antony au sud de Paris, aucun lit ne reste libre longtemps et les médecins se demandent quand leur charge de travail atteindra enfin son maximum.
Alors qu’un patient âgé guéri est évacué hors du service, souriant faiblement, le patron Jean-Pierre Deyme est au téléphone pour organiser la prochaine arrivée.
Paris traverse une troisième vague de pandémie qui risque de mettre encore plus de pression sur les hôpitaux saturés que la première vague de mars et avril de l’année dernière.
“Avec ce qui arrive en avril, ça va être très compliqué”, dit une infirmière, mère de trois enfants qui n’a pas pris de vacances depuis l’été dernier et qui, comme d’autres membres du personnel, annulera un congé prévu ce mois-ci.
Même avec une nouvelle série de restrictions entrant en vigueur cette semaine, le ministre de la Santé Olivier Veran prédit que les infections en France ne culmineront qu’à la mi-avril, tandis que les admissions à l’hôpital continueront de grimper jusqu’à la fin du mois.
Une évolution sanitaire pire que ce qu’on attendait. Si les contaminations ne baissent pas, les hospitalisations et besoins en soins critiques vont rapidement devenir insupportables. Une réunion de crise à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris tenue samedi 27 mars, a fait part de projections à courte échéance, avec des chiffres jamais atteints en Île-de-France. Au cours du mois d’avril, 4 400 malades pourraient être admis en réanimation en région parisienne.
Lors de la première vague, leur nombre a culminé à 2700.
Le directeur de l’hôpital d’Antony, Denis Chandesris, affirme que la capacité des soins intensifs a déjà été augmentée en réduisant drastiquement toutes les interventions chirurgicales à l’exception des cancers critiques, des cas cardiologiques et d’urgence.
Partout dans la région, les hôpitaux ont pris des mesures similaires, redéployant des lits et créant de nouveaux services, mais ils atteignent leurs limites.
“La difficulté n’est pas tant les lits ou le matériel, il s’agit de trouver du personnel médical et paramédical pour pouvoir accueillir les patients”.
Dimanche dernier, un groupe de directeurs des soins d’urgence à Paris a averti dans une lettre ouverte que la situation était si mauvaise que les médecins devraient bientôt commencer le “tri des patients” - sélectionner ceux qu’il faut soigner en fonction de leurs chances de survie.