
Avec quelque 11,5 millions d’habitants, la Belgique vient de passer la barre des 5.000 décès liés au coronavirus, ce qui représente une moyenne d’environ 434 pour un million d’habitants. Des chiffres ascensionnels qui lui ont valu, ce vendredi 17 avril, de détrôner l’Espagne — 409 pour un million — , sur le triste podium de la mortalité.
Des voix s’élèvent maintenant que la Belgique a le taux de mortalité le plus élevé dans l’Union européenne, mais les responsables insistent sur le fait que c’est parce qu’ils ont été totalement transparents avec les données.
La Première ministre belge, Sophie Wilmes, s’est expliquée mercredi dernier, déclarant que le gouvernement “avait fait le choix d’une transparence totale lors de la communication des décès liés au COVID-19”, même si cela a abouti à “des chiffres parfois surestimés”.
La plupart des décomptes officiels ne reflètent probablement qu’une fraction du nombre réel d’infections, car de nombreux pays ne testent que les cas les plus graves.
Henri Lewalle, coordinateur du projet de coopération sanitaire transfrontalière Cosan, soutenu par la Commission européenne, se lamente de la course aux chiffres à laquelle se livrent les différents pays, qui ne veulent pas passer pour le mauvais élève: “Les données présentées par les différents pays de l’UE ne sont pas harmonisées, précise-t-il. La Belgique prend en compte tous les décès en maison de retraite, même les « suspects », soit 75% des résidents décédés. Les maisons de retraite totalisent 50% des décès. En Hollande, on n’enregistre que les décès à l’hôpital. Si la Belgique appliquait la même méthodologie, elle présenterait une situation comparable à celle de la Hollande.”
Contrairement à certains pays, la Belgique prend pleinement en compte la situation dramatique des maisons de retraite, ce que la France, par exemple, n’a fait que dans un deuxième temps, et ce que ne fait toujours pas la Royaume-Uni.
Dans plus de 1.500 établissements du pays, les chiffres incluent les décès qui sont considérés comme liés au coronavirus même si sa présence n’a pas été prouvée par des tests, un choix qui n’a pas été fait par beaucoup d’autres pays.
“En Europe, aucun pays ne compte comme les autres. Chez nous, on a la manière la plus détaillée”, a affirmé jeudi la ministre de la Santé, Maggie De Block, sur la chaîne d’information en continu LN24. Elle a souligné que son ministère envisageait désormais, en lien avec les entités fédérées, un mode de comptage permettant à la Belgique de se comparer avec les voisins, sans dire lesquels.

Certains médecins se sont plaints que les décès causés par l’hypertension, le diabète, les pathologies cardiovasculaires et d’autres maladies ont été regroupés dans la catégorie COVID-19, mais Emmanuel André, porte-parole des autorités sanitaires nationales, a insisté sur le fait que la large méthode belge de comptage “est nécessaire”.
Le spécialiste du virus a expliqué que “la pratique acceptée est de prendre en compte les cas suspects” lors du suivi de la propagation d’une épidémie.
Les décès par COVID-19 qui ont été confirmés par un test positif ne représentaient jusqu’à présent que 5% environ de ceux rapportés par les maisons de retraite, mais Emmanuel André a précisé que l’augmentation des tests dans ces établissements ferait grimper ce taux dans les prochains jours.
Cela permettrait également aux autorités de mieux mesurer l’étendue de la propagation du COVID-19, a-t-il ajouté.
On sait que le nombre de lits disponibles dans les services de réanimation est un point capital dans la gestion de cette épidémie. Bizarrement, la Belgique n’a pas de difficulté en la matière, comme la France par exemple qui a dû transférer des patients dans des pays voisins.
Selon Henri Lewalle, coordinateur du projet de coopération sanitaire transfrontalière Cosan, le taux de remplissage des services de réanimation belges est proche de 50%.
Ce serait dès lors plutôt un problème d’organisation et de dépistage, en particulier aux portes des endroits sensibles.
“On s’est concentré sur les services de réanimation des hôpitaux, poursuit Henri Lewalle. Or, on aurait dû, en même temps, porter attention aux structures pour personnes âgées car, si on regarde les statistiques, on se rend compte que la moitié des décès ont lieu dans des maisons de retraite. Il est regrettable qu’il n’y ait pas eu de stratégie concernant ces établissements et on est en train de le payer cher.”
Le sociologue Geoffrey Pleyers a déclaré qu ‘“une tragédie humaine sociale et éthique” s’était déroulée “invisible, derrière les murs” des maisons de retraite alors que les autorités belges se concentraient sur la capacité des hôpitaux à faire face à la pandémie.
“Quelle proportion de décès aurait pu être évitée si les gens avaient été hospitalisés” pour d’autres pathologies, a demandé Pleyers dans un commentaire publié par le journal Le Soir.
Le gouvernement prévoit de multiplier par 10 le nombre de tests de coronavirus fournis aux maisons de retraite.
Mais l’objectif de 210.000 kits “ne suffit pas pour tester tout le monde”, a expliqué Vincent Fredericq, secrétaire général de Femarbel, première fédération du secteur en Belgique francophone.
Enfin, Henri Lewalle regrette que cette situation d’épidémie soit devenue une petite “guéguerre” des chiffres entre pays: “Je regrette un manque de transparence. La vraie question est celle de savoir quelle est la capacité de nos systèmes de santé à gérer une épidémie. Chaque pays cherche à présenter le tableau le plus acceptable. alors que les modifications des rapports de production liées à la mondialisation les ont privés de nombreuses ressources ( équipements, matériels, médicaments…) indispensables dans une situation d"épidémie.""