"Nazi lorrain", "conne", "salope"Guy Bedos, bête noire des politiciens lorrains

Jérôme Didelot
Féroce, l'humoriste Guy Bedos, disparu hier, avait une longue histoire avec la Lorraine où il a été attaqué en justice mais où il a également défendu des causes.
Bedos et la Lorraine
Images: RTL / CNA / AFP

La Lorraine, avec son histoire torturée depuis l’annexion par les Allemands jusqu’au déclin de la sidérurgie, était une terre de prédilection pour un pamphlétaire à l’humour corrosif comme Guy Bedos. Le comédien, décédé jeudi 28 mai à l’âge de 85 ans, a fait de nombreux voyages dans la région, et pas seulement pour faire rire. Il lui a fallu parfois venir se défendre au tribunal, en 1995 contre le maire d’Amnéville, feu Jean Kiffer, ou en 2015 contre Nadine Morano. Tous deux l’avaient attaqué pour injures et diffamation. D’autres fois, il s’agissait de soutenir des luttes: celle du journaliste d’investigation Denis Robert en 2007 ou celle des des grévistes d’ArcelorMittal en 2012.

“LE NAZI LORRAIN”

Jean Kiffer, personnage controversé décédé en 2011, a été le maire d’Amnéville en Moselle pendant quarante-cinq ans. L’élu de droite en avait fait sa “principauté virtuelle de Stalheim”, en référence au nom qu’elle portait lors de l’annexion allemande en 1871. Du pain bénit pour Guy Bedos! Le 25 janvier 1991, lors d’un gala à Hagondange en Moselle, l’humoriste avait qualifié le docteur Kiffer de “nazi lorrain” et ironisé sur la salle de spectacles d’Amnéville (Le Galaxie) en ces termes: “Sa putain de salle, combien de places? Douze mille? C’est grand comme un stade. C’est bon pour faire des rafles.” Le maire avait immédiatement assigné l’humoriste pour injures devant le tribunal correctionnel de Metz. En décembre 1995, Guy Bedos avait bénéficié de l’amnistie présidentielle et avait été exonéré de sa condamnation pour “injures publiques”.

“QU’ELLE EST VULGAIRE!”

Autre décennie, autre cible. Cette fois c’est une ex-ministre du gouvernement Sarkozy, originaire de Nancy, qui va faire les frais de la verve dévastatrice de l’humoriste. Dans un spectacle donné le 11 octobre 2013 à Toul, où Nadine Morano avait été élue députée, Guy Bedos l’avait traitée de “conne” et de “salope”. L’affaire fut portée au tribunal correctionnel de Nancy qui, le 7 septembre 2015, va relaxer le comédien une nouvelle fois attaqué pour “injures publiques”. Nadine Morano avait été déboutée de ses poursuites par la Cour de cassation en 2017 après les deux relaxes prononcées en première instance et en appel.

Parmi les “faits d’armes” de Nadine Morano qui ont pu titiller Guy Bedos, rappelons que l’ex-ministre avait qualifié la France de “pays de race blanche” ou évoqué son amie tchadienne “encore plus noire qu’une Arabe”.

CONTRE CLEARSTREAM, POUR LES SIDÉRURGISTES

Archétype de l’artiste engagé (à gauche), Guy Bedos ne s’est pas contenté de taper sur les personnalités politiques qui l’agaçaient. Il n’a pas hésité à soutenir des causes et des combats. Le 10 novembre 2007, l’humoriste engagé était à l’affiche d’une soirée de soutien au journaliste Denis Robert organisée à la Passerelle, à Florange. Le journaliste d’investigation était alors au cœur d’un tourbillon judiciaire orchestré par la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream qu’il accusait d’être une des “lessiveuses” de la finance mondiale. Cette affaire a pris une ampleur considérable en devenant une affaire d’État en France. Le jour de la mort de Guy Bedos, Denis Robert a tenu a rendre hommage à son engagement sur son compte Facebook.

Plus récemment, on a retrouvé l’humoriste en colère aux côtés des grévistes d’ArcelorMittal. Le 12 mars 2012, Guy Bedos était venu à Florange soutenir ceux qui se battaient pour que le géant de l’acier ne ferme pas ses deux derniers hauts-fourneaux. “Je suis là pour dire non au racisme social, celui consiste à considérer comme rien ceux qui sont en dessous de vous dans l’échelle sociale”, avait-il alors déclaré à nos confrères du Républicain Lorrain.

© JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

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