Manga-TDe la neige sucrée pour résister au coronavirus à Metz

Romain Van Dyck
Une drôle de boutique plongée dans une drôle d'époque: rencontre avec les gérants de Manga-T à Metz, un temple gourmand dédié à la culture nippone. Et qui résiste, tant bien que mal, à ce foutu coronavirus.
Melli (premier plan) et Usu importent à Metz le
Melli (premier plan) et Usu importent à Metz le
© Photos: Romain Van Dyck

Avez-vous déjà mangé de la neige sucrée? Lorsqu’on déguste de la glace japonaise, appelée “Kakigori”, voilà la délicieuse impression que cela donne. “c’est notre nouveauté de l’année. C’est une texture particulière, avec de la glace non pas pilée, mais râpée, grâce à une machine spéciale que j’ai importé” nous explique “Usu”, qui a aussi construit un présentoir dans le plus pur style nippon.

Face à lui, des clients qui ce jour-là ont fait la route depuis Rombas, à 20 bornes de là. “On est fan de Japanimation. C’est à Metz’Torii (NDLR: la convention geek du Grand-Est) qu’on a découvert des spécialités japonaises vraiment typiques, et donc c’est génial d’avoir une boutique comme ça à Metz” explique ce client qui a choisi une glace nappée de sirop de fraise et de fruits frais.

Et d’ajouter, en souriant aux propriétaires: “Et on est venu pour les faire “tourner” un peu aussi, car on se dit que ça doit être chaud pour eux en ce moment, avec la crise!

DAIFUKU PATATE DOUCE/SPÉCULOS: UN DÉLICIEUX SACRILÈGE

Usu et Melli ont ouvert Manga-T en novembre 2018, rue Gambetta à Metz. À l’origine de ce projet (une licence qui existe aussi à Dijon et Annecy), il y a un choix cornélien: “On hésitait entre investir nos économies dans un voyage au Japon, ou dans ce projet. Finalement, on s’est dit que Manga-T permettrait un jour de financer le voyage. C’est dommage que le coronavirus soit arrivé entretemps” sourit Melli. Depuis la crise, “on est entre 20 et 30 % du chiffre d’affaire habituel. On aurait pu rester fermé jusqu’en juin, mais on vient pour nos habitués, et parce qu’on n’aime pas se tourner les pouces à la maison” expliquent ces trentenaires.

Usu est le grand spécialiste techno, geek, et surtout manga, qu’il dévore depuis ses 10 ans. Leur boutique dispose ainsi d’une bibliothèque de près de 5.000 mangas! Melli, pour sa part, est une fan du Japontraditionnelle: “grâce au Club Dorothée, j’ai commencé à m’intéresser au folklore japonais.” Aujourd’hui, non seulement elle a le chic pour dénicher divers “japonaiseries” (vaisselle, goodies, textiles, friandises...), mais elle a aussi appris auprès d’une experte à cuisiner des spécialités japonaises.

On a des clients japonais, qui sont vraiment contents de retrouver certaines saveurs du pays. Mais ils sont aussi agréablement surpris quand on détourne leurs recettes. Par exemple en faisant des Daifuku (NDLR: une friandise faite de riz gluant et fourrée généralement d’une pâte de haricots rouges) à la patate douce et au spéculos. Jamais ils ne feraient ce genre de recette” éclate-t-elle de rire (et pour avoir goûté: c’est une tuerie!).

COURAGE, GAMBETTA!

Petit nouveau dans le quartier, Manga-T a déjà réalisé un sympathique clin d’oeil aux autres commerçants en leur distribuant des badgesGambatteGambetta”, (“gambatte” signifie “courage”). “Il y a une certaine solidarité qui s’est créée dans le quartier. La crise a été l’occasion de discuter un peu avec les autres commerçants”.

Manga-T a survécu ces dernières semaines grâce à la vente à emporter. “On a fonctionné comme un clic and collect, les gens commandent à l’avance et viennent chercher la commande. Les réseaux sociaux aident beaucoup, surtout que notre clientèle a notre âge, donc on joue la-dessus, on “tease” sur les nouveautés, on montre les coulisses...”

Ce qui est sûr, c’est que “Dans le quartier, cela a été dur pour ceux qui n’étaient pas habitués à ce type de vente, ou évidemment pour ceux qui ne peuvent pas, comme les bars/cafés. Je n’ai pas vu de fermeture définitive dans le coin, mais ça viendra si ça continue. Les banques couperont les crédits, interdiront les découverts… Ce sera pas sur ces mois de confinement qu’on va vraiment voir les fermetures, ce sera plus tard, si les gens n’arrivent pas à rattraper le temps perdu.

UN RETOUR À L’"ANORMAL”?

En France, les cafés et restaurants rouvrent ce mardi 2 juin (sauf en Ile-de-France qui reste classé en orange et qui limite l’ouverture aux terrasses). Chez Manga-T, comme chez beaucoup d’autres, c’est l’occasion d’une remise en question: “Cette période de confinement nous a fait un peu réfléchir, on s’est dit après deux ans d’ouverture sept jours sur sept, on va se prendre une journée de repos, le mardi. Pour mieux accueillir les gens le reste de la semaine. Mais on aura des nouveautés en contreparties” ajoute Melli.

Une seule chose manquera à l’appel: la bibliothèque. Ou plutôt la mangathèque. Les règles sanitaires douchent tout espoir d’une réouverture de ce service: “Ça nous fend le cœur, mais on pense que la bibliothèque ne pourra rouvrir qu’en septembre. Car il ne faut pas toucher le papier, ou alors il faut le désinfecter à chaque fois, ou alors qu’il soit à usageunique… On a quand même 5000 mangas dans la bibliothèque. Vous imaginez si on doit tout désinfecter?” soupire Melli. Et “chez nous, on ne jette pas les mangas”, prévient Usu. Ça, on l’aurait deviné!

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