Guerre Metz-Nancy ravivée"Cette guerre Metz-Nancy est aussi ridicule que le Luxembourg lorsqu'il fait le fier"

Jérôme Didelot
Rivalité relancée entre Metz et Nancy, changements de majorité... Les récentes élections municipales françaises vont-elles porter préjudice au développement transfrontalier? Un sénateur lorrain se désole...
François Grosdidier, maire de Metz
François Grosdidier, maire de Metz
© Ville de Metz

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans...” Elle n’est pas si loin, l’époque où Metz et Nancy se battaient pour un aéroport ou une gare TGV. Des discordes qui ont parfois donné lieu à des décisions discutables, voire absurdes, et qu’on pensait d’un autre temps. Jusqu’à ce que le maire de Metz fraîchement élu sous l’étiquette des Républicains, François Grosdidier, ne relance cette rivalité.

Le jour de son élection à la tête de Metz Métropole, celui qui a succédé au socialiste Dominique Gros a donné le ton de sa vision du déséquilibre entre les deux grandes villes lorraines: “Nancy se donne une puissance de feu et une allonge toujours plus grandes. Nous ne pouvons pas jouer petit bras en face. Il ne s’agit pas de faire la guerre à Nancy mais simplement de nous faire respecter”.

“CETTE GUERRE METZ-NANCY EST AUSSI RIDICULE QUE LE LUXEMBOURG LORSQU’IL FAIT LE FIER”

Une flèche politique très mal perçue par le sénateur de Meurthe-et-Moselle Olivier Jacquin qui s’est senti obligé de publier un communiqué en réaction à ces propos belliqueux. Selon lui, il est ridicule de jouer les gros bras entre deux “puissances” comme le Luxembourg et Strasbourg.

Cette guerre Nancy-Metz, nous a-t-il confié, est aussi ridicule que le Luxembourg lorsqu’il fait le fier dans la Grande Région. Le Grand-Duché a aussi des problèmes potentiels liés à sa petite taille. Il est vulnérable par certains aspects. François Grosdidier est intelligent et sait cultiver son électorat à travers des déclarations qui flattent les fondamentaux mosellans post 1870. Je connais le drame des réminiscences du Traité de Francfort (cession de l’Alsace-Moselle à l’Empire allemand. NDLR).”

François Grosdidier, maire de Metz
François Grosdidier, maire de Metz
© Ville de Metz

Selon Olivier Jacquin, Metz et Nancy n’ont de “métropoles” que le nom, avec moins de 300.000 habitants chacune, et ont tout à perdre à se déchirer dans l’ombre de son prospère voisin luxembourgeois. Mais ce dernier, tout puissant qu’il est économiquement, ne peut faire cavalier seul s’il souhaite préserver ses atouts.

“TOUJOURS DEMANDER DES SOUS AU LUXEMBOURG, ÇA NE MARCHE PAS”

Seule la coopération, poursuit le sénateur socialiste, peut permettre de renforcer non seulement le sillon lorrain (Pôle métropolitain européen allant d’Épinal à Thionville. NDLR) mais également Luxembourg. Le Grand-Duché manque de foncier, de ressources humaines. Le Luxembourg a des contraintes qui nécessitent un bon partenariat.”

Mais il existe des divergences d’approches parmi les politiciens lorrains. Les uns, comme les maires de Thionville et Metz, Pierre Cuny et François Grosdidier, caressent le Luxembourg dans le sens du poil en le considérant en premier lieu comme un pourvoyeur d’emplois. Les autres, le précédent maire de Metz Dominique Gros en tête, demandent un équilibre plus juste entre le Grand-Duché et ses voisins, parfois avec véhémence. Olivier Jacquin tente d’avoir une approche mesurée: “Les libéraux français disent: on ne demande rien au Luxembourg, on est bien contents de l’avoir pour offrir des emplois. Mais ils oublient le déséquilibre fiscal. On ne peut pas accepter une situation aussi injuste. Par exemple, il n’est pas normal que sur les salaires des frontaliers soient prélevées des cotisations dépendance qui profitent au Luxembourg alors que ces frais sont à la charge du pays de résidence si une telle situation se présente. Mais toujours demander des sous au Luxembourg, ça ne marche pas. C’est donc à l’Europe de régler ça. Il faut des accords fiscaux plus juste.

GARE AU LEURRE DU TÉLÉTRAVAIL

Le sénateur socialiste tient également un discours relativiste sur l’extension du télétravail, idée qui s’est développée avec la crise sanitaire et le confinement. Car selon lui, augmenter le seuil de 29 jours autorisés pour un frontalier entraînerait une aggravation du déficit fiscal. “Le Luxembourg a besoin du télétravail, explique Olivier Jacquin. Au-delà des 29 jours autorisés, un travailleur frontalier doit faire une double déclaration. Je ne suis pas contre l’idée d’augmenter ce seuil, mais dans ce cas il faudrait que le Grand-Duché rétrocède la part d’imposition des jours travaillés au-delà des 29 tolérés par la législation. Encore une fois nous avons besoin d’accords fiscaux plus équilibrés.

Depuis le début de la crise sanitaire, un aménagement exceptionnel de la convention fiscale franco-luxembourgeoise autorise un dépassement de ce seuil, en vigueur jusqu’au 31 août 2020. Mesure qui profite pour l’instant au seul Grand-Duché.

LUXEMBOURG: “LA TROISIÈME MÉTROPOLE DE LORRAINE”

En matière de coopération transfrontalière, le nouveau maire de Nancy, Mathieu Klein (précédemment à la tête du département de la Meurthe-et-Moselle), s’inscrit dans la nouveauté: celui qui devrait être également élu président de la métropole du Grand Nancy ce vendredi envisage le Luxembourg comme “la troisième métropole de la Lorraine”.

Mathieu Klein, maire de Nancy
Mathieu Klein, maire de Nancy
© Métropole du Grand Nancy - Mathieu Cugnot

J’ai grande confiance en Mathieu Klein, confie le sénateur et camarade de parti. Sa vision est originale. Il croit beaucoup au fonds de codéveloppement, qui pourrait servir aux infrastructures ou à la formation. Ce n’est pas normal que les collectivités françaises endossent seules l’endettement des futurs travaux sur l’A31, ou qu’elles financent la formation des personnels de santé qui vont ensuite travailler au Luxembourg. Et il y a des contreparties possibles: du foncier disponible en France pour les entreprises luxembourgeoises qui en manquent cruellement. Le Luxembourg sera encore plus puissant demain s’ils s’accroche bien à Metz et Nancy. Quand on voit des jeunes Luxembourgeois obligés de s’installer en France car il n’ont pas les moyens de vivre dans leur pays, on se dit que le Grand-Duché a aussi un problème.

En résumé, Olivier Jacquin prône l’union des villes constituant le “sillon lorrain” et les invite à ne pas “jouer les gros bras”. Et pour clore son communiqué, le sénateur cite Victor Hugo, nous l’imiterons donc pour cet article: “Vous voulez la paix? Créez l’amour.

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