Derrière son comptoir, la pâte s’envole, tourne, puis retombe parfaitement dans ses mains. Chez Quentin Sauret, préparer une pizza devient presque une performance artistique. Installé depuis peu à Sœtrich, à deux pas de la frontière luxembourgeoise, ce pizzaïolo ne passe pas inaperçu.
Et pour cause : le restaurateur est triple champion de France de pizza acrobatique, sacré en 2022, 2023 et 2024. Il s’est également illustré à l’international en devenant vice-champion du monde lors du “Campionato Mondiale della Pizza”.
“Au début, je m’appliquais à faire de bonnes pizzas. Et puis je voulais trouver un moyen de me démarquer, par le goût, par l’originalité des recettes… et j’ai découvert la pizza acrobatique”, explique-t-il.
Avant la Moselle, Quentin Sauret tenait sa propre pizzeria en Auvergne, qu’il a revendue en 2025. Un choix de vie assumé, motivé notamment par sa compagne, infirmière, qui a trouvé un emploi au Luxembourg. Le pizzaïolo décide alors de se rapprocher de la frontière et de reprendre une structure plus petite, avec moins de pression. Un retour à l’essentiel pour celui qui a déjà dirigé un établissement plus important. “On m’a proposé un salaire de 3.000 euros au Luxembourg, mais honnêtement, je pense pouvoir apporter plus que ça à une pizzeria. Et puis, je ne suis pas sûr d’avoir encore envie de me faire diriger.”
Mais même dans une petite pizzeria, impossible pour lui de passer inaperçu. Sa spécialité : faire voler la pâte sous les yeux des clients.
La pizza acrobatique, Quentin Sauret la découvre presque par hasard, en regardant des vidéos en ligne. “On voit des pizzaïolos qui jettent la pâte en l’air… alors on essaie. Ça tombe par terre, on recommence… et le coup de main vient assez vite”, raconte-t-il.
Après une première compétition en 2019 où il termine dernier, il persévère. Deux ans plus tard, il devient vice-champion de France. “C’était ma première vraie victoire. J’en ai presque eu des larmes de gratitude”, se souvient-il.
Puis viennent les titres : champion de France en 2022, 2023 et 2024.
Si les gestes semblent naturels, ils sont le fruit de longues heures de travail. Pour éviter de gaspiller de la pâte, Quentin Sauret s’entraîne avec un disque en silicone.
Pendant la période du Covid, il consacre jusqu’à six heures par jour à perfectionner ses figures. Aujourd’hui encore, il continue à s’entraîner régulièrement, notamment avant les compétitions. Un investissement nécessaire pour maîtriser un art aussi spectaculaire qu’exigeant.
Car derrière les figures impressionnantes, il y a aussi du stress. En compétition comme en plein service, l’erreur n’est jamais totalement exclue. “Ça m’arrive parfois de la faire tomber. Je rigole, je la ramasse et je dis aux clients que celle-là, je ne leur servirai pas”, sourit-il.
Mais les vrais ratés sont ailleurs : dans la cuisson. “Quand je me loupe sur le four, je peux rater plusieurs pizzas d’un coup. Heureusement, ça arrive très rarement”, précise-t-il.
La bonne nouvelle, c’est que la pizza acrobatique n’est pas réservée aux professionnels. Selon Quentin Sauret, quelques minutes suffisent pour apprendre les bases. “On peut apprendre un premier mouvement en 10 à 15 minutes”, assure-t-il, en montrant comment lancer la pâte et l’attraper dans l’autre main.
Un premier pas pour ceux qui voudraient, eux aussi, transformer leur cuisine en terrain de jeu… et peut-être, un jour, faire voler leurs pizzas comme un champion.