Ouvert depuis deux mois, le resto/bar "Déjà Vu" sert des plats modernisés et des cocktails de haute volée dans un petit coin caché de Luxembourg-ville.

Niché dans une galerie de la Grand Rue à Luxembourg-ville, un nouveau bar/restaurant gagne à être connu. Ce petit établissement de 36 couverts (42 en comptant le bar) ouvert depuis la fin septembre, c'est le Déjà Vu. Un nom qui colle à la philosophie des trois associés dont les visages sont familiers des amateurs de gastronomie, de cocktails et de lieux branchés dans la capitale luxembourgeoise. Il s'agit de Bruno Fernandes, le chef cuisinier et d'Emmanuel Fernandes, le barman, qu'on a pu croiser tous les deux au Bazaar, par exemple. Point de lien de parenté entre les deux acolytes âgés respectivement de 35 et 38 ans et originaires du Cap-Vert. Le troisième associé André Simmer est plus en retrait dans la mesure où il gère le volet financier de cette affaire.

"L'idée, c'est de proposer des plats que les gens ont "déjà vu", tout en les modernisant. J'aime aussi jouer sur les souvenirs en préparant des "plats de grand-mère"" explique Bruno, seul en cuisine et qui ne s'interdit aucune influence. "Je peux faire des carbonara, du carpaccio, un boeuf bourguignon... Il n'y a aucune influence cap-verdienne dans ma cuisine, mais un jour, pourquoi pas? Pour le moment, le concept est libre." Libre, mais le duo connaît tout de même sa clientèle constituée surtout de Luxembourgeois et de Français. "Mais on attire aussi des touristes."

Un menu Dégustation qui change tous les deux mois est proposé à 49€, la formule lunch (entrée, plat, dessert) est pour le moment fixée au tarif alléchant de 20€. À la carte, on trouve des tapas à 12€, des risotto à 25€, un filet de boeuf rossini poire-truffe à 35€ et une petite liste de desserts à 10€, pour ne citer que ça. Les cocktails signature, eux, vont de 13 à 15€. Difficile de trouver quoique ce soit à redire sur ce qu'on a pu goûter lors de notre passage courant novembre: c'est fin, équilibré, surprenant parfois au même titre que les cocktails, qui fleurent bon la minutie du mixologue.

Détail insolite: durant ses premières semaines d'existence, le Déjà Vu s'appelait le Latinder, un bar dont le nom s'inspirait de la célèbre application de rencontres. Ça n'a pas matché très longtemps.

En attendant de s'afficher dans la Grand Rue, le duo doit attirer les clients dans leur restaurant "caché". "On compte sur le bouche-à-oreille. Nous, on ne cherche à concurrencer personne. On fait notre truc tranquillement. Mais on a servi 500 plats lors des Restodays, alors on sait qu'on a du potentiel" disent Bruno et Emmanuel, qui ont commencé à travailler ensemble au Bosque FeVi, à Esch. "Là-bas, on se disait déjà qu'un jour, on aurait notre propre restaurant. C'était un rêve".

Bazaar, Amore, Paname, Saumur, Partigiano: ils ont vu du pays!

Avant de réaliser leur rêve en ouvrant le Déjà Vu, le chef et le barman ont pas mal bougé au Luxembourg. Notamment dans sa capitale.

À la fin de son service militaire au Portugal, Bruno, invité à rejoindre le Grand-Duché par l'une de ses tantes, explique s'être d'abord retrouvé à Esch à la recherche d'un premier job, en 2012. C'est comme ça qu'il s'est retrouvé à la plonge dans le restaurant Bosque FeVi, lequel a d'ailleurs récolté une récompense du guide Gault&Millau il y a quelques semaines. "Je faisais tout, même un peu de cuisine. Et les chefs ont remarqué que je faisais les choses bien, y compris en pâtisserie" raconte Bruno.

Celui qui sort autant de "top chef!" que de plats de sa cuisine - "C'est un dérivé de l'expression luxembourgeoise "Tipptopp""! précise t-il en riant - s'est vite retrouvé derrière les fourneaux, sans le moindre diplôme en poche. "Jamais je n'aurais imaginé devenir cuisinier! Si on m'avait donné une truelle, peut-être qu'aujourd'hui je travaillerais dans le secteur du bâtiment!" dit-il en riant. Ce serait dommage pour les gourmands de la capitale car le garçon a du talent. Un talent qu'il a tout de même façonné en suivant des formations à Esch, Bonnevoie et Ettelbrück, après son passage au Bosque FeVi. "Je me suis donné à fond" glisse t-il.

À la fin de ses études, Bruno a continué sa carrière de cuisto à la Brasserie Schuman, puis au Colisée lancé par le footballeur Florent Malouda à l'époque (remplacé par le BEET aujourd'hui), au Bivio à Schuttrange, puis au Bazaar et à l'Amore, à Luxembourg-ville. Durant la période du covid, il a proposé ses services à domicile en créant sa page Instagram chef_patanegra, qu'il alimente toujours.

Emmanuel Rodrigues n'a, lui, pas fait de vieux os au Bosque FeVi. "Mon métier, c'est vraiment de faire des cocktails" se justifie t-il. Déjà barman au Portugal, lui aussi s'est retrouvé à la Brasserie Schuman, en tant que chef de bar, avant de rejoindre le Paname. Son manager de l'époque João Russo, qui est aujourd'hui le responsable du First Floor dans le Grund, l'a ensuite emmené avec lui au Bazaar afin de participer à l'ouverture de l'établissement, en 2019. "Là-bas, l'équipe était exceptionnelle, mes collègues barmen étaient très forts, j'ai appris beaucoup de choses" souligne Emmanuel, qu'on a vu aussi à Mamacita ou à l'Urban.

Après deux piges au Saumur, le night club bien connu de la capitale, puis au Partigiano, un restaurant italien du quartier gare, il a encore participé à l'ouverture du Bella Ciao, place d'Armes, autre restaurant des frères Erik et Alexandre De Toffol: "ma meilleure expérience en restauration." À moins que ce ne soit au Déjà Vu. Mais ça, seul l'avenir le dira.