MusiqueJosh Island : "Être artiste est un privilège, mais aussi un travail difficile"

Sarah Cames
traduit pour RTL Infos
Le singer-songwriter luxembourgeois Josh Island nous a ouvert les portes de son univers. Dans son local de répétition à Bertrange, il revient sur ses débuts, son parcours et les réalités parfois exigeantes de la vie d’artiste.
Den Josh Island a sengem Proufraum zu Bartreng.
Den Josh Island a sengem Proufraum zu Bartreng.
© Sarah Cames / RTL

Nous le rencontrons en pleine vague de chaleur estivale. Alors que les températures dépassent largement les 30 degrés dehors, Josh Island nous accueille dans son local de répétition, installé dans une ancienne grange à Bertrange. À l’intérieur, la fraîcheur contraste avec la chaleur extérieure, et une odeur de bois et d’instruments flotte dans l’air.

C’est ici que le musicien prépare les nombreux concerts qui l’attendent cet été. Car la musique, pour lui, est aussi une activité saisonnière, rythmée par les tournées et les festivals. Son deuxième album, sorti en mars, lui ouvre d’ailleurs un agenda particulièrement chargé.

Des débuts sur scène à la Rockhal

Installé au Luxembourg depuis l’âge de 10 ans avec sa famille néerlandaise, Josh Island a fait ses premiers pas sur scène dans le cadre du concours Screaming Fields, organisé à la Rockhal par Rocklab. Une expérience qui reste encore très présente dans sa mémoire.

"L’ambiance était assez drôle. C’était au Rockhal Club en juin 2015 et les groupes étaient tirés au sort pour définir l’ordre de passage. Mon nom a été tiré entre deux groupes de metal, alors que j’étais simplement un songwriter folk solo", se souvient-il en souriant. "Mais je pense que c’était l’endroit parfait pour moi, justement à cause de ce contraste."

Cette première expérience lui permet de rencontrer du monde dans le milieu musical. À partir de là, les choses s’enchaînent : quelques prix remportés, des opportunités qui se multiplient et des concerts dans différents festivals au Luxembourg dès l’été suivant.

"Être son propre agent"

Mais derrière cette progression, il n’y a rien de totalement improvisé. Très vite, Josh Island comprend que faire carrière dans la musique demande bien plus que du talent.

Ses rêves de tournée mondiale dès le début de sa vingtaine s’estompent rapidement lorsqu’il réalise la réalité du métier. En tant qu’artiste solo, il doit tout gérer lui-même : trouver des concerts, contacter des salles, se promouvoir.

"Je ne pouvais même pas vendre 20 tickets pour un concert, même au Luxembourg. Alors j’ai commencé à devenir mon propre agent", explique-t-il.

Il cherche alors des opportunités à l’étranger, construit ses propres mini-tournées et continue aujourd’hui encore à fonctionner en grande partie de cette manière, notamment en Allemagne où il n’a pas encore de manager.

"J’ai une audience dans chaque ville où j’ai joué. Et surtout, j’ai compris que jouer en live reste essentiel aujourd’hui. C’est la seule manière de transformer des gens en vrais fans dans la vie réelle."

Un métier complet, entre création et administration

Aujourd’hui, la musique est devenue son activité principale, mais le quotidien d’un artiste indépendant reste très chargé. Entre les concerts, la composition et la production de nouveaux morceaux, s’ajoutent de nombreuses tâches administratives.

C’est aussi pour mieux défendre cette réalité que les musiciens luxembourgeois se sont regroupés au sein de la FÉDÉRATION DES MUSICIEN(NE)S INTERPRÈTES AU LUXEMBOURG, souvent appelée “la Famil”, créée récemment. Josh Island y est lui-même actif.

Selon lui, la reconnaissance du travail des artistes progresse au Luxembourg, mais reste insuffisante pour permettre à la plupart d’en vivre correctement. L’association travaille notamment à établir une base de rémunération plus réaliste pour les concerts.

"C’est très intéressant, car la valeur réelle est souvent bien plus élevée que ce que nous-mêmes estimons. Et en même temps, elle est aussi bien plus élevée que ce que certains organisateurs sont prêts à payer. Peut-être que nous sous-estimons notre propre valeur."

Il souligne également la difficulté pour les artistes de fixer un prix à leur travail : « C’est compliqué de mettre une étiquette sur de la création. Et cela rend difficile le fait de vivre correctement de la musique au Luxembourg. »

Voyages, scènes internationales et inspiration

Malgré ces difficultés, le métier offre aussi des expériences uniques. Josh Island a notamment assuré des premières parties pour des artistes comme James Morrison ou Katie Melua à la Rockhal.

Il a également joué dans des festivals en Turquie ou à Chypre, des expériences qu’il décrit comme particulièrement marquantes. Son dernier album a lui aussi été nourri de nombreux voyages, notamment en Grèce, où une grande partie de sa musique a été pensée et écrite.

Le morceau Artemis en est directement inspiré. Il a également travaillé à Lisbonne, dans un cadre particulier, entouré de musiciens locaux et influencé par la musique portugaise.

"J’écoutais beaucoup de musique du monde à cette époque, notamment du fado. J’ai travaillé avec des musiciens qui avaient collaboré avec Sara Tavares", raconte-t-il.

Une musique tournée vers l’optimisme

Loin de la mélancolie souvent associée à certains genres, la musique de Josh Island se veut avant tout positive.

"Je parle du sentiment d’être dépassé, de mes propres obstacles, mais au final, il y a toujours de l’optimisme. C’est une question de motivation, de foi en soi et de courage", explique-t-il.

Ses chansons évoquent aussi le voyage, la rencontre et la recherche d’un lieu auquel appartenir. Un fil rouge qui traverse l’ensemble de son travail artistique.

L’écriture et la production de son deuxième album, Imaginary Borders, ont demandé près de deux ans de travail.

"Je ne me vois pas faire autre chose"

Après cette période intense, le musicien savoure désormais une phase un peu plus calme, entre concerts et respiration créative.

"Je pense qu’après mon deuxième album, je peux me permettre de souffler un peu", dit-il en souriant.

Mais malgré les difficultés, il reste déterminé.

"Il y a un drive, une envie. Je ne pourrais pas faire autre chose. J’ai trouvé ma place, même si ce n’est pas toujours facile."

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