
“Me demander d’aller chez le psychiatre parce qu’on me juge trop gros pour faire du sport ? Est-ce que c’est une blague?” Mardi soir sur ses réseaux sociaux, José Sanchez, 47 ans, a poussé son “coup de gueule” à l’égard du service médico-sportif luxembourgeois. Adepte de football américain, sport qu’il a pratiqué durant trois ans avec les Steelers de Dudelange, le seul club du pays, José a souhaité renouveler sa licence sportive ces dernières semaines. Sa licence, prolongée à cause du covid, a en effet expiré depuis la fin d’année 2022. Mais il ne s’attendait pas aux réponses qui lui ont été formulées...
Au Luxembourg, pour obtenir une licence en club dans quasiment toutes les disciplines, les sportifs doivent passer une visite médicale, plus communément appelée un contrôle médico-sportif. “Je m’attendais, comme d’habitude, à ce qu’on m’envoie passer un test d’efforts chez un cardiologue” raconte José, qui a pratiqué du football et du canoë kayak lorsqu’il était un peu plus jeune. “Je me sens en pleine forme” jure t-il. Pour participer aux derniers matches des Steelers de Dudelange cette saison dans le championnat allemand - “on pourrait disputer la finale en septembre et monter en 4e division” - et être opérationnel dès la saison prochaine, José avait pris les devants en se soumettant à une prise de sang dont les résultats sont, à l’en croire, “parfaits”.
Or, après un premier examen effectué le 12 juin 2023 par un médecin-examinateur, le service médico-sportif lui a conseillé, cette fois, de consulter son médecin traitant qui, compte tenu de “l’avis obésité” recommandé, l’a invité à se rendre en clinique. La raison, un IMC (ou BMI, lire notre encadré) trop élevé qui le classe en “obésité modérée”. Depuis son premier contrôle il y a trois ans, son poids n’a pourtant pas évolué, explique José. “Je vais à la salle de sport quasiment tous les jours depuis 20 ans. Je me suis construit un haut du corps assez fort. Pour le poste que j’occupe sur le terrain, c’est exactement ce qu’il faut” précise celui qui s’est également fait connaître au Luxembourg pour ses talents de DJ.
Sceptique, il se rend alors le 18 juillet 2023 dans la clinique de l’obésité du CHL qui, elle, lui répond d’aller voir un médecin du sport. Mais aussi un diététicien, un pneumologue et même un psychiatre, dans le cadre d’un “parcours médico-diététique”. “L’infirmière m’a expliqué que si je devais voir un psychiatre, c’était pour identifier d’éventuels troubles alimentaires.”
Pour José, c’en est beaucoup trop. “Je me suis senti humilié. Le questionnaire auquel j’ai eu droit ressemblait à celui qu’on fait avant d’opérer une personne pour une réduction de l’estomac. J’ai surtout eu l’impression que les médecins voulaient se répartir le pactole. De toute façon, c’est la sécurité sociale qui paie...” Pour ne rien arranger, les délais d’attente chez certains spécialistes peuvent aller “jusqu’à fin 2024" croit savoir José, qui n’est visiblement pas le seul à vivre pareille péripétie avec le service médico-sportif lequel, rappelons-le, dépend du ministère des Sports.
“C’est n’importe quoi, il faut vraiment que les choses bougent au Luxembourg parce que ce n’est pas bien ce qu’ils font” s’agace t-il dans sa vidéo. Il assure ne pas vouloir perdre du poids mais seulement “faire du sport”. “Je me sens bien dans ma tête, je suis comblé dans ma vie. Je n’ai aucun problème avec mon poids. J’accepte mon corps comme il est. Je ne bois pas d’alcool, je ne fume pas, je bois rarement du Coca. Je n’ai pas de cholestérol. J’ai du ventre certes, mais j’ai du muscle aussi. C’est un atout dans le football américain, comme dans le rugby où l’on a besoin de tous les gabarits. Il y a des jeunes qu’on empêche de faire du sport parce qu’on les juge trop gros. Il faut arrêter avec ça!”
En attendant, José est dans l’expectative. Le service médico-sportif l’a autorisé à jouer jusqu’au 12 septembre 2023. Ensuite, en l’absence de consultations chez les différents spécialistes, son retour sur le terrain semble compromis. Ce qu’il souhaite, c’est que le ministère des Sports révise ses règles vis-à-vis de l’IMC, “qu’il prenne en considération les besoins de chaque sport au lieu de se baser sur une règle générale” souligne-t-il.
“Mon coup de gueule, je le fais aussi pour mon club et pour son avenir. Vous n’imaginez pas comme c’est déjà compliqué de recruter de nouveaux joueurs. Je ne veux pas qu’ils soient bloqués comme je le suis aujourd’hui” ajoute t-il, s’appuyant sur un exemple récent. “Au club, on a reçu un jeune qui faisait presque 2 mètres de haut. On voyait qu’il avait trouvé sa voie. C’était un mur, il chaussait du 47 ou du 48... sauf qu’il faisait 150 kg. Mais il a été “bloqué” par le “médico”, comme moi...”
Contacté cette semaine, le service médico-sportif n’a pas répondu à notre demande d’interview.