“J’avais complètement oublié que Schengen, c’était au Luxembourg... Vous voyez mon niveau !”
D’emblée, celui qui passe pour un dinosaure du dessin de presse joue la carte de l’humilité, une humilité pas feinte comme ont pu le constater les nombreuses personnes réunies mercredi soir à l’abbaye de Neumünster à l’occasion d’une conférence organisée par l’Institut Pierre Werner.
Plantu est décidément à l’honneur au Luxembourg en ce début d’année puisqu’une exposition a été inaugurée le même jour à la gare centrale, exposition qui migrera au Parlement européen (Europa Expérience) à partir du mois de mars. L’illustrateur sera d’ailleurs de retour au Grand-Duché le 16 mars.

“Je suis un ancien complexé des écoles, nous a-t-il confié, parce que comme je ne comprenais rien à l’école, que j’aimais bien mes profs, en fait, je crois que j’ai passé ma vie à rattraper tout ça en travaillant 50 ans dans un journal. Et puis, grâce aux voyages, grâce aux invitations un peu partout.”
Durant les 50 ans qu’il a passés au Monde, Plantu s’est confronté à l’avis de ses collègues et de ses rédacteurs en chef, avec les “engueulades” de rigueur, mais “comme dans une famille”, se plaît-il à rappeler.
“Je suis un touche-à-tout. Je ne connais rien à fond, mais je hume les cultures des autres. Et puis, c’est très important, les tabous des autres !”

En 2006, après une polémique mondiale autour de caricatures du prophète Mahomet initialement parues au Danemark, Plantu est sollicité par le secrétaire général des Nations Unies.
“Il y avait eu 200 morts au Pakistan. Et Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU que je connaissais, m’a téléphoné. Il m’a demandé de rassembler des dessinatrices et des dessinateurs à New York pour dire : Bon, là, il y a un problème, il y a une incompréhension. C’est là qu’on a créé Cartooning for Peace grâce à Kofi Annan. C’est lui qui m’a donné le nom et on a créé une association qui rassemble des dessinateurs, des Palestiniens, des Israéliens qui ne sont jamais d’accord. Mais ce n’est pas grave.”
Parmi le public réuni à l’abbaye, Christophe Bouchard, Ambassadeur de France au Luxembourg, était aux premières loges : “On voulait en profiter ici au Luxembourg, pour organiser avec l’Institut Pierre Werner des rencontres dans les écoles. Parce que c’est très important de pouvoir, pour Plantu, transmettre son message sur justement les dessins de presse, mais au-delà de ça, la liberté d’expression, la liberté de la presse.”
On a également reconnu la députée Corinne Cahen : “J’aurais pu l’écouter encore pendant trois heures. Je trouve que c’est un personnage absolument formidable, bienveillant. J’adore ses dessins.”
La conférence de Plantu était assurément un moment de concorde et de légèreté précieux en ces temps chaotiques. En 2026 plus que jamais, le monde a besoin des crayons des dessinateurs de Cartooning for Peace.