L’augmentation du salaire social minimum a été annoncée pour l’an prochain. Est-elle suffisante pour vivre dignement au Luxembourg ? L’équipe de Cosmopoly a décidé d’en débattre avec ses invités :
Valérie Ghanimé, gérante d’une agence d’événementiel.
Jean-Baptiste Nivet, économiste à la fondation IDEA.
Dylan Theis, économiste, à la Chambre des salariés.
Et comme dans le studio de Cosmopoly, on a pour habitude de ne pas se prendre au sérieux, l’humoriste Julien Strelzyk était de la partie.
Le journaliste de la rédaction Thomas Toussaint a lancé les débats avec un billet d’introduction mettant en exergue la difficulté d’évaluer la pertinence du montant du SSM, qui atteindra au 1er janvier prochain 2.876€ par mois (non-qualifié) et 3.451€ par mois (qualifié) : ”Le Luxembourg et son salaire minimum, c'est un peu un double paradoxe. Le pays propose bien le salaire minimum le plus élevé d'Europe, et il est de loin le plus élevé, le deuxième c'est l'Irlande qui est en dessous de 2.400 euros par mois. Mais face au coût de la vie, vivre au Luxembourg avec ce salaire, c'est naviguer tout près du seuil de pauvreté qui était fixé dernièrement à 2.502 euros par mois pour une personne seule. Alors en comparaison, pour de nombreux frontaliers qui viennent travailler ici tous les jours, être payé au salaire minimum luxembourgeois, c'est déjà la garantie d'améliorer son niveau de vie par rapport à son pays de résidence. Fin novembre 2025, l'INSEE avait même calculé - c'était en moyenne, - que les frontaliers lorrains qui venaient travailler au Luxembourg avaient des revenus en moyenne 65 % plus élevés que s'ils travaillaient en France. Petit rappel au passage, le SMIC en France va passer à 1.867 euros ce 1er juin, et il est fixé à 2.112 euros en Belgique.”

Autre difficulté avancée par Jean-Baptiste Nivet, trouver les indicateurs les plus justes : “Il y a un indicateur intéressant qui est le budget de référence. C’est quelque chose qui a été établi par le Statec, par ailleurs établi dans la plupart des pays européens, et qui détermine combien d’argent on a besoin pour vivre dignement dans le pays. Au Luxembourg, ce qui n’est pas simple, c'est que ça dépend beaucoup du loyer, si on est propriétaire ou pas. Mais ce qui ressortait jusque-là, et a priori ça n'a pas changé, c'est que quelqu'un qui est au salaire social minimum à temps complet, et qui a le droit aux aides, a un salaire qui est au-dessus du budget de référence pour vivre décemment. Alors après, est-ce que vivre décemment c'est suffisant ? C'est une autre question, mais en tout cas c'est ce qui était établi.”

Pour Dylan Theis, calcul juste ou pas, c’est du réel qu’il faut tenir compte : “Ce qu'on entend aussi, ce que les salariés nous communiquent aussi, c’est que justement le travail ne paye pas toujours. Donc après, oui, il suffit éventuellement pour vivre, pour survivre, mais pas pour mener vraiment une vie décente si on est payé au salaire minimum. Et c'est quelque chose subjectivement que les gens confirment, le Statec le confirme aussi via ses statistiques annuelles dans lesquelles on voit que la proportion de ménages qui ont des difficultés à joindre les deux bouts est en train d' augmenter. On voit que le taux de risque de pauvreté a a augmenté de manière considérable au cours des dernières années, pas seulement de manière générale mais aussi pour les gens qui travaillent.”

Valérie Ghanimé, qui représentait le monde de l’entreprise, a réagi à la proposition des syndicats d’une augmentation de 300 euros du SSM : “Je trouve qu on n'est pas si loin que ça, avec les index. Déjà celui du 1er juin qui va faire passer le salaire minimum qualifié de 3.200 euros à 3.325. Plus l'augmentation au 1er janvier, ça fera 3.451, donc c'est un delta de 207 euros supplémentaires. On est presque aux 300 euros. Je trouve ça très bien de soutenir la croissance économique du pays avec un salaire minimum, mais moi je vais vous partager simplement le regard d'un employeur au Luxembourg. C'est vrai qu'un employeur maintenant va réfléchir à deux fois avant d'embaucher une personne. Parce qu'il y a 15 ans, quand j 'ai commencé, mon employé numéro un avait un salaire minimum de 2.700 euros.”

Le sujet est sensible, mais Julien Strelzyk, venu exceptionnellement avec son fils Adam, a su détendre l’atmosphère : “Inviter un humoriste pour parler salaire minimum, c est comme si vous demandiez à l'hôpital de faire une chronique sur la charité [...] Je pense que les génies sont celles et ceux qui bossent au Luxembourg et qui vivent en France. Évidemment, t'es frontalier, t'es français, t'as un salaire luxembourgeois. T'es au Luxembourg, tu te sens petit, tu te sens faible, t'achètes une pizza à 28 euros… Tu traverses la frontière, tu respires, tu te sens puissant. Faut juste accepter de faire des trajets maximum et des ascenseurs émotionnels. Tu vas chercher ton salaire minimum-maximum au Kirchberg la journée et après deux heures de bouchon, tu vas dormir quelques heures à Volmerange-les-Mines.”

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Retrouvez Julien Strelzyk en spectacle à Metz le 30 mai prochain au Caméo Comédie Club.
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