Christophe Wantz, responsable de la rédaction de RTL Infos, nous a rappelé en guise d’entrée en matière cette citation de François Bausch : “Les Allemands construisent des voitures et les Luxembourgeois les achètent.” Cette boutade de l’ancien ministre de la Mobilité en dit long sur l’histoire d’amour entre les Luxembourgeois et leur voiture.
Alors que va démarrer la 62e édition de l’Autofestival, l’équipe de Cosmopoly a tenté de faire le point sur ce rapport à la voiture dans un pays qui a rendu les transports en commun gratuits, notamment sous l’impulsion du parti des Verts.
Étaient présents dans le studio : la députée verte Sam Tanson, Philippe Mersch, président de la Fedamo (Fédération des distributeurs automobiles et de la mobilité), Paul Hammelmann, président de la Sécurité Routière, sans oublier humoriste Daniel Moutinho.
La première, cycliste aguerrie, a tenu à relativiser d’entrée de jeu : “Je ne parlerais pas d’histoire d’amour, c’est une histoire de déplacements [...] Il faut offrir des alternatives. Ce n’est pas pour ou contre la voiture, c’est une question d’avoir des choix.”
Aujourd’hui, l’ancienne échevine de la ville de Luxembourg en charge de la mobilité se félicite du changement d’habitudes : “Lorsque je suis arrivée à vélo, je me suis dit : mais c’est dingue, il fait vraiment moche aujourd’hui, il pleut et j’ai rencontré plein de gens à vélo. Lorsque je suis revenue à Luxembourg après la fin de mes études, j’ai ramené mon vélo à Luxembourg… Et on était cinq à circuler à vélo en ville ! Aujourd’hui il y a plein de monde grâce aux infrastructures.”
Ce qui n’empêche pas les Luxembourgeois d’acheter des voitures, heureusement pour Philippe Mersch, président de la Fedamo, par ailleurs organisateur de l’Autofestival. Une manifestation qui intervient dans un contexte particulier, alors que la Commission européenne a proposé en décembre dernier d’abandonner une mesure environnementale emblématique : l’interdiction de vente de voitures thermiques neuves après 2035.
“Ce n’est pas sûr que ce soit une si bonne nouvelle pour l’industrie automobile, estime Philippe Mersch, parce que s’ils commencent à lever le pied, je pense que ça va être très difficile. Pour l’Autofestival, ça n’a pas d’impact si ce n’est que nous, à la Fédération, on a toujours plaidé pour la neutralité technique [...] On a toute une industrie et des ingénieurs derrière, et de leur dire : cette technique, tu oublies, on n’a plus que ça aujourd’hui. Je ne pense pas qu’une approche comme celle-là permette d’avancer.”
Une analyse partagée par Sam Tanson : “On a parlé de ces décisions européennes. Moi, je trouve cela dramatique de revenir comme ça en arrière parce que ça enlève tellement de stabilité, de prévisibilité. J’étais en Chine avec la Chambre des députés juste avant les vacances de Noël, on est allés visiter un site de production de voitures électriques. Le site est complètement automatisé, il produit 1.000 voitures par jour, c’est énorme. Et les voitures sont assez bon marché en comparaison avec certaines voitures européennes.”
D’autant que la question du passage à l’électrique n’en est plus vraiment une selon le président de la Fedamo : “Au niveau des produits qui vont être lancés sur le marché, on voit que ce sera de plus en plus l’électrique à 100%. Donc il n’y a absolument pas de discussion là-dessus. La question, c’est juste à quelle vitesse ça va se déployer.”
Également présent dans le studio, Paul Hammelmann, président de la Sécurité Routière, a rappelé quelques points essentiels : “La voiture est un moyen de locomotion formidable mais qui est malheureusement accompagné d’incommensurables misères humaines qu’on peut éviter.” L’activiste s’est souvenu en souriant des débuts douloureux de l’obligation du port de la ceinture : “Je vous rappelle que dans les années 70, on avait introduit la ceinture de sécurité obligatoire dans les véhicules. Il y avait eu des protestations, des concerts de klaxonnements le samedi. J’étais jeune, je me demandais ce qu’il se passait. Les Luxembourgeois protestaient contre cette obligation.”
Quant à l’humoriste Daniel Moutinho, il a enfilé sa perruque pour laisser la parole à son personnage Bopi, qui nous a narré ses expériences avec des vendeurs de voiture. Caroline de Plaen, de l’équipe des réseaux sociaux de RTL Infos, a de son côté mis en balance son statut d’automobiliste occasionnelle avec celui d’usagère des transports en commun dans la ville de Luxembourg.
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