“Aucun pays n’a le choix de dire non”Diversité au Luxembourg : Pourquoi ça marche ?

Jérôme Didelot
Pays cosmopolite par excellence, le Luxembourg restera-t-il imperméable aux élans populistes liés à l’immigration ? On en parle avec les invités de Cosmopoly.

Au Luxembourg, le parti le plus à droite de l’échiquier, l’ADR, a fait 9,27 % aux dernières élections législatives et dispose de 5 députés à la Chambre (sur 60 mandats distribués). En France, le Rassemblement national représente 20 % de l’hémicycle quand l’AfD en Allemagne détient 23 % des sièges du Bundestag. En Wallonie, où le service public applique un cordon sanitaire vis-à-vis des formations d’extrême droite, le parti Chez Nous a obtenu 2,8% des voix aux élections pour le Parlement wallon et 0,9% des voix aux élections fédérales pour sa première participation à un scrutin électoral, en 2024. Insuffisant pour avoir un élu au Parlement.

Certes, aucune nation n’échappe au repli identitaire en période de crise, mais c’est beaucoup moins sensible au Luxembourg où l’on a intégré que le brassage des populations et des cultures joue beaucoup dans la réussite du pays.

Le premier à le constater, c’est celui qui fut l’un des grands acteurs de l’année culturelle 1995, l'auteur Claude Frisoni, qui a assisté au développement du Grand-Duché à travers sa capacité à accueillir des talents : “Je pense qu'aucun pays n'a le choix de dire : non, on ne veut pas d'immigration. C'est du baratin, c'est de la propagande. Mais le Luxembourg l'a encore moins, ce choix, parce qu'affirmer des choses comme ça, ce serait se ridiculiser de toute façon. Et puis, deuxièmement, je pense que c'est devenu une évidence que finalement c'est une chance de pouvoir vivre la richesse de cette diversité.

Claude Frisoni
Claude Frisoni
© RTL

Claude Frisoni nous a par ailleurs offert, durant l’émission, un billet désopilant dont il a le secret. Quand sa plume s’amuse avec les nationalités et les gentilés, pour finalement dépeindre un pays imaginaire, le “Xénoland”, le studio est hilare.

Autour de la table également, Serge Kollwelter, enseignant de formation, cofondateur de l’ASTI et grand activiste pour les droits des travailleurs étrangers. Ce dernier a soulevé ce qui constitue, selon lui, le véritable problème à régler dans le pays : “Même aujourd'hui, avec la multitude d'actions et d'activités qu'il y a pour l'intégration, le vivre-ensemble, etc, je crois qu'il y a quelque chose d'essentiel qui manque, c'est-à-dire une véritable approche d’une lutte contre les inégalités. Je crois que c'est ça, le fondement. Et là, évidemment, on est plutôt mal barré à mon avis. Prenez le cas du logement. Il y a une petite part de nos élites qui ont en main la majeure partie des terrains constructibles. Ils n’ont aucun intérêt à ce que ça change.”

Serge Kollwelter
Serge Kollwelter
© RTL

L’équipe de Cosmopoly avait logiquement invité Anita Helpiquet, historienne de formation et chargée de direction au CLAE, Comité de liaison des associations d’étrangers qui organise chaque année le Festival des Migrations. Cette dernière est allée dans le même sens que le cofondateur de l’ASTI : “Actuellement, il n'y a pas vraiment de politique pour diminuer les inégalités socio-économiques. Et c'est la grande difficulté. En fait, au CLAE, on porte le message de la citoyenneté, parce qu'on estime que cette citoyenneté de résidence – peu importe notre nationalité –, prime. L'important, c'est qu'on puisse jouir de droits égaux, mais aussi je dirais depuis la chute du mur de Berlin, depuis la fin des grandes idéologies, ce droit à la reconnaissance culturelle. C'est bien le Biergerpakt –  le pacte citoyen – , qui a été mis en place et qui a fait suite au contrat d'accueil et d'intégration, dans une optique de responsabilité individuelle. Donc on est là, on a des offres, des séances d'information, d’instruction civique, des  journée d'orientation, mais rien n’est mis en place pour diminuer les inégalités socio-économiques.”

Anita Helpiquet
Anita Helpiquet
© RTL

Denis Scuto, Docteur en Histoire, est revenu sur l’évolution des perceptions des populations immigrées et du regard systématiquement méfiant porté sur les derniers arrivés, qui évolue dans le bon sens avec le temps : “Les Italiens, c'est un bon exemple, il y a un retournement complet des stigmates. Aujourd'hui être Italien, c'est chic, c'est Gucci (rires) Mais c'est là où l’on voit toute l'importance de la perception et de la reconnaissance ou non. Selon mes collègues à l'université, il existe une thèse de doctorat consacrée aux personnes d'origine maghrébine qui changent leur nom, au tribunal à Metz, en un nom italien”.

Denis Scuto
Denis Scuto
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Gael Arellano, journaliste de la rédaction de RTL Infos d’origine chilienne, a salué la bienveillance de la population luxembourgeoise : Comment Luxembourg a réussi à naviguer sur les vagues d'immigration avec autant de succès ? On parle régulièrement d'intégration réussie, car des immigrés mis au travail sont souvent considérés comme de bons immigrés. Ce n'est pas ma conviction, bien que l'intégration par le travail a forcément joué un rôle. Quand on parle aux immigrés du pays – je vais prendre mes grands-parents comme exemple –, ils insistent souvent sur la gentillesse et l'ouverture d'esprit des locaux, toujours prêts à donner un coup de main, comme dirait ma grand-mère qui est d'ailleurs très fière d'avoir la double nationalité. Et aujourd'hui, la gentillesse des Luxembourgeois interroge certains. Parce que s'il y a toujours une minorité pour rejeter toute forme d'immigration, ceux qui crient aujourd'hui le plus fort sont souvent issus de l'immigration. Et il n'y a qu'à regarder les résultats des votes des Portugais du Luxembourg aux législatives 2025 pour s’en convaincre.

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