Un deuxième soldat tuéIl faut quitter "urgemment" l'Ukraine, demandent Paris et Berlin

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Le président russe Vladimir Poutine a lancé samedi des exercices militaires "stratégiques" impliquant des tirs de missiles, nouvelle démonstration de force de Moscou au moment où Washington se dit convaincu d'une invasion imminente de l'Ukraine par la Russie.
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La France recommande désormais à tous ses ressortissants de quitter l’Ukraine et appelle ceux se trouvant dans les zones les plus exposées de l’est du pays à s’en éloigner “sans délai”.

“Il est recommandé à tous les ressortissants français dont le séjour en Ukraine n’a pas de motif impérieux de quitter le pays”, souligne la diplomatie française dans ses conseils aux voyageurs actualisés samedi. Ceux se trouvant “dans les oblasts de Kharkiv, Lougansk et Donetsk” ainsi que dans la région de Dnipro sont “appelés “quitter sans délai ces zones”, ajoute-t-elle.

L’Allemagne a également appelé samedi ses ressortissants à quitter “urgemment” l’Ukraine en raison des risques de conflit armé dans le pays, tandis que la compagnie aérienne Lufthansa, la plus grande en Europe, va suspendre ses liaisons vers Kiev.

“Nous mettons en garde contre tout déplacement en Ukraine”, a indiqué dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères.

Pour sa part, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé samedi aux Occidentaux de cesser leur politique “d’apaisement” de la Russie, dans un discours à Munich.

“L’

Ukraine a reçu des garanties de sécurité lorsqu’elle a renoncé à ses armes nucléaires, le troisième potentiel mondial. Nous n’avons pas d’armes. Ni de sécurité. (...) Mais nous avons le droit d’exiger que cesse la politique d’apaisement et de demander des garanties de sécurité et de paix”, a-t-il déclaré.

AU MOINS UN MORT EN UKRAINE

L’armée ukrainienne a fait état de 66 échanges de tirs de mortiers, de 82 et 110 mm de calibre, sur les villes du front jusqu’à 07h00 (04H00 GMT), un nombre particulièrement élevé.

Deux soldats ukrainiens ont été tués samedi dans une nouvelle flambée de violence sur la ligne de front avec les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine, selon un nouveau bilan de l’armée ukrainienne.

Il s’agit des premiers décès parmi les militaires ukrainiens depuis plus d’un mois. Quatre soldats ont par ailleurs été blessés et hospitalisés, a indiqué l’armée dans un communiqué, accusant les séparatistes d’avoir commis 70 violations de la trêve censée être en vigueur.

Moscou nie formellement être mêlé au conflit et parle d’affaires intérieures à l’Ukraine, mais l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) fait état régulièrement depuis huit ans d’armements passant de Russie vers les régions séparatistes.

Les séparatistes de la région de Donetsk, qui accusent Kiev de vouloir reprendre leur région, ont quant à eux qualifié la situation de “critique” et ont annoncé une “mobilisation générale”, de même que leurs voisins de la région de Lougansk.

Les observateurs de l’OSCE ont affirmé samedi avoir constaté une “augmentation spectaculaire” des violations du cessez-le-feu, pour un total de 870 vendredi.

Dans le village de Stanitsa Louganska, dans l'est de l'Ukraine, après un bombardement par les séparatistes pro-russes le 18 février 2022
Dans le village de Stanitsa Louganska, dans l’est de l’Ukraine, après un bombardement par les séparatistes pro-russes le 18 février 2022
© AFP

Les forces armées ukrainiennes et les séparatistes prorusses se sont mutuellement accusés samedi de violations graves du cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine, alimentant les craintes d’une invasion russe.

APPEL POUTINE-MACRON DIMANCHE

L’Allemagne, qui exerce la présidence du G7, a pris ses distances samedi avec la conviction des Etats-Unis qu’une attaque russe en Ukraine est imminente, appelant à ne “pas présumer” des décisions de Moscou.

“Dans les situations de crise, le pire est de présumer ou d’essayer de deviner” ce qui va se passer, a déclaré la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock, à l’issue d’une réunion du G7, jugeant “important de regarder de plus près” la situation sur le terrain.

Le Kremlin a confirmé que le président russe Vladimir Poutine allait s’entretenir dimanche au téléphone avec son homologue français Emmanuel Macron, alors que les craintes d’une attaque russe en Ukraine sont à leur comble.

L’appel est “à l’agenda du président” pour dimanche, a indiqué le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

Vendredi soir, l’Elysée a annoncé cet appel destiné à “éviter le pire” en Ukraine. Emmanuel Macron doit également s’entretenir avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky samedi.

La situation s’est sensiblement dégradée ces dernières heures, les forces armées ukrainiennes et les séparatistes prorusses s’accusant mutuellement samedi de violations graves du cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine, où les dernières attaques ont fait au moins un mort.

VLADIMIR POUTINE SUPERVISE DES ESSAIS DE MISSILES

Le président russe Vladimir Poutine assiste samedi à des manœuvres militaires de grande ampleur et à des essais de missiles, au risque d’enflammer encore la situation alors que les États-Unis se disent convaincus que la Russie a décidé d’envahir l’Ukraine de façon imminente et que les incidents sur la ligne de front s’accumulent.

Les craintes d’une attaque russe sont à leur comble en raison de la multiplication des violations du cessez-le-feu entre séparatistes prorusses et forces ukrainiennes qui se battent depuis 2014 dans l’est de l’Ukraine, dans un conflit qui a déjà fait plus de 14.000 morts.

Les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont fait état samedi d’une “augmentation spectaculaire” de ces violations. Selon eux, le nombre d’incidents armés sur la ligne de front est désormais identique à celui d’avant juillet 2020, date à laquelle avait été conclu un accord pour renforcer le cessez-le-feu.

L’agence d’Etat russe Ria Novosti a rapporté vendredi deux explosions, dont celle d’un oléoduc, à Lougansk, ville de l’est de l’Ukraine tenue par les séparatistes. Et les autorités des territoires sécessionnistes prorusses ont ordonné l’évacuation des civils vers la Russie.

Le Kremlin continue de nier toute intention d’attaquer son voisin, mais réclame des garanties pour la sécurité de la Russie, comme le retrait de l’Otan d’Europe de l’Est, ce que l’Occident refuse.

Le président américain Joe Biden s’est déclaré “convaincu” vendredi que Vladimir Poutine avait décidé d’envahir l’Ukraine, et que la multiplication des heurts visait à créer une “fausse justification” pour lancer l’offensive dans la semaine ou même les jours qui viennent.

Ukraine : bombardements dans l'Est
Ukraine : bombardements dans l’Est
© AFP

Mais il a laissé la porte ouverte au dialogue. Tant qu’une invasion ne s’est pas produite, “la diplomatie est toujours une possibilité”, a-t-il estimé, annonçant une rencontre entre son secrétaire d’Etat Antony Blinken et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov jeudi prochain. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky doit de son côté rencontrer samedi à Munich des dirigeants occidentaux, dont la vice-présidente américaine Kamala Harris.

CAMPAGNE DE “DÉSTABILISATION”

Washington estime que la Russie dispose de 190.000 hommes aux abords de l’Ukraine et sur son territoire, en comptant les forces séparatistes. C’est “la plus grande concentration de troupes militaires” depuis la Guerre froide, a dit le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, jugeant que Moscou était “en mesure, sans autre forme d’avertissement, d’attaquer”.

Le Pentagone a affirmé vendredi qu’entre 40% et 50% de ces troupes russes sont “en position d’attaque”, et que les heurts sur la ligne de front font partie d’une “campagne de destabilisation de l’Ukraine” préliliminaire à une invasion.

Le ministre de la Défense américain Lloyd Austin a lui aussi affirmé à la chaîne ABC que la Russie avait rassemblé les éléments “nécessaires à une invasion réussie”.

“Je ne crois pas que ce soit du bluff”, a-t-il déclaré.

La Russie n’a jamais divulgué le nombre de ses soldats massés aux frontières de l’Ukraine ou participant à des manoeuvres au Bélarus voisin.

Une image prise le 15 février 2022 et diffusée le 18 février 2022 par le satellite Maxar montre des troupes stationnées à Valuyki, en Russie, à 27 km de la frontière ukrainienne
Une image prise le 15 février 2022 et diffusée le 18 février 2022 par le satellite Maxar montre des troupes stationnées à Valuyki, en Russie, à 27 km de la frontière ukrainienne
© Satellite image ©2022 Maxar Technologies/AFP

Le ministère russe de la Défense a annoncé que M. Poutine superviserait personnellement samedi des manoeuvres militaires, avec notamment des tirs de missiles balistiques et de croisière capables de porter des charges nucléaires. Ces exercices mobiliseront des forces du district militaire Sud, les forces aérospatiales, les flottes du Nord et de la mer Noire ainsi que les “forces stratégiques”. Ces dernières sont équipées de missiles à portée intercontinentale, de bombardiers stratégiques, de sous-marins, de navires de surface et d’une aviation navale porteuse de missiles conventionnels.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a assuré qu’il s’agit d’un “processus d’entraînement régulier”.

L’Occident unanime a promis à Moscou des sanctions économiques dévastatrices en cas d’invasion de l’Ukraine. Elles feraient de la Russie un “paria”, a encore martelé vendredi un responsable américain.

Un croiseur russe effectue des exercices en mer Noire, au large de la Crimée, le 18 février 2022
Un croiseur russe effectue des exercices en mer Noire, au large de la Crimée, le 18 février 2022
© Russian Defence Ministry/AFP

Mais Vladimir Poutine a de nouveau balayé la menace: “Les sanctions seront introduites quoi qu’il arrive. Qu’il y ait une raison ou pas, ils en trouveront une car leur but est de freiner le développement de la Russie”. Toute la journée de vendredi, les belligérants dans l’est de l’Ukraine se sont accusés de violer une trêve et d’user d’armes lourdes. Des bombardements se sont encore fait entendre à Stanitsa Louganska, ville sous contrôle ukrainien, selon des journalistes de l’AFP. Elle avait déjà été visée jeudi par des tirs qui ont notamment touché une école maternelle.

Le président de la chambre basse du Parlement russe, Viatcheslav Volodine, a assuré que la Russie allait “défendre” les “citoyens russes” qui vivent dans les territoires séparatistes en Ukraine si leurs vies étaient “menacées”.

“Si la guerre commence, c’est l’Europe qui deviendra le théâtre des hostilités”, a-t-il prévenu.

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