L’année dernière, une quarantaine de bateaux défiaient le blocus israélien pour tenter d’apporter de l’aide à la population gazaouie. Une opération suivie par les médias et les internautes du monde entier. Une activiste luxembourgeoise était d’ailleurs à bord d’une des dernières embarcations à être interceptée par les forces israéliennes. Nora Huberty avait ensuite été enlevée et incarcérée avant d’être relâchée quelques jours plus tard.
Ce jeudi, l’antenne luxembourgeoise du “Global Movement to Gaza” nous a confirmé qu’une nouvelle flottille partirait dès la fin du mois de mars. Une flottille qui pourrait bien se transformer en véritable flotte. “On ambitionne d’être une centaine de bateaux”, a annoncé le président du mouvement au Grand-Duché, Patrick Bosch. Et si cela se réalise, il est intimement persuadé que la flottille arrivera à bon port. “Nous sommes en train de préparer notre arrivée à Gaza, pas notre kidnapping”, a voulu clarifier M. Bosch.
Dans ce contexte, Abdessamad Taqui, chef de la délégation luxembourgeoise du “Global Movement to Gaza”, rappelle qu’il n’y a “aucune raison” que les navires soient interceptés puisqu’il s’agit d’une mission humanitaire. En vertu des accords conclus le mois dernier, “la route est censée être ouverte”, a-t-il rappelé. Ce dernier avait pris part à la première flottille pour Gaza mais avait vu sa mission avortée lorsque le mât de son embarcation s’était effondré au large de l’Italie.

Et si les forces israéliennes décidaient d’intervenir, Patrick Bosch compte sur la taille de la flotte pour assurer l’arrivée d’une partie des bateaux à Gaza. “La première fois, en plein blocus, cela leur (les soldats israéliens) avait pris de nombreuses heures pour encercler et intercepter les embarcations”, a-t-il souligné. Cette fois, les forces israéliennes devraient avoir à faire à une centaine de navires. “Nous sommes mieux préparés”, a-t-il assuré avec détermination. Mais tout n’est pas fait pour autant.
Ce jeudi, l’antenne luxembourgeoise du “Global Movement to Gaza” a lancé plusieurs appels dont un appel aux talents et un autre aux dons. En effet, le mouvement a besoin de médecins, de chirurgiens, d’infirmiers, de capitaines, de marins, d’ingénieurs, d’opérateurs sanitaires et plus généralement de volontaires. “Nous avons besoin de vous”, a insisté Abdessamad Taqui. Interrogés à ce sujet, les représentants du mouvement au Grand-Duché nous ont confirmé que les candidatures seront triées au volet.

“Nous sommes un mouvement pacifique, il faut éviter les personnes... trop motivées, susceptibles de passer à l’action” si les forces israéliennes s’en mêlaient. Et ils ne peuvent pas non plus permettre à des personnes fragiles de santé de s’exposer à un “voyage aussi éprouvant”. “Puis arrivés sur place, nous serons dans une zone de guerre active”, a souligné Patrick Bosch. Et tout le monde n’est pas prêt à voir ce qu’il s’y trame. Rappelons qu’un nouveau cessez-le-feu a été mis en place, sous la pression des Etats-Unis, à la fin du mois de janvier.
Cela n’a pourtant pas empêché l’armée israélienne de bombarder la bande de Gaza à plusieurs reprises, faisant des centaines de morts. L’antenne luxembourgeoise du Global Movement to Gaza se repose sur les rapports de Human Rights Watch, Amnesty International, l’OCHA et l’URNWA pour rappeler que la situation ne s’est pas améliorée pour les habitants de la bande de Gaza. Ils dénoncent “une stratégie de destruction systématique des infrastructures et des Palestiniens” par Israël.

C’est pourquoi, à leurs yeux, il “faut” intervenir. Pour ce faire, ils ont évidemment besoin de moyens. Patrick Bosch a évoqué les “moyens financiers colossaux” qu’impliquent ce genre d’opération, rappelant que le mouvement ne recevait “pas un centime de l’Etat luxembourgeois”. “Ce n’est pas une simple charité, c’est un investissement dans la justice internationale (...) Avec votre soutien, nous brisons le siège”, a-t-il déclaré. Une campagne a été ouverte sur “chuffed.org” afin de récolter les dons pour cette mission humanitaire.
M. Bosch a profité de l’occasion pour lancer un appel au Premier ministre, Luc Frieden, lui demandant “de défendre ouvertement les valeurs” de son pays face à la situation à Gaza. “Le silence n’est pas neutre, le silence est complice”, a-t-il martelé. Abdessamad Taqui a, pour sa part, expliqué que s’il était parti avec la première flottille et qu’il réfléchissait à prendre part à la deuxième, c’était pour protéger sa famille. “Ça peut arriver jusqu’à notre porte. Regardez ce qu’il se passe en Ukraine. Tout est possible, c’est pour ça qu’il faut agir”, a-t-il déclaré avec conviction.
Une centaine de bateaux doivent partir, si la météo le permet, depuis le port de Barcelone le 29 mars prochain. Deux convois terrestres sont également prévus depuis l’Algérie et l’Inde. Ce dernier pourrait rencontrer d’importants challenges pour rallier Gaza, au vu du chemin qu’il faudra parcourir. En ce qui concerne Nora Huberty, “elle réfléchit” à repartir pour Gaza dans un peu moins de six semaines.
Cinq “places” sont prévues pour les volontaires venant du Luxembourg. Elles seront réparties entre les convois maritimes et terrestres. Les personnes qui partiront suivront des formations “sur la non-violence” et apprendront “comment réagir lors d’une prise d’otage”. Ils devront évidemment signer une décharge avant de prendre part à cette expédition. Autant dire qu’il faut se préparer à toute éventualité.