
“Le cœur dit que je les comprends tout à fait, et la raison dit qu’ils sont aussi nécessaires là-bas”, a réagi jeudi sur RTL le ministre des Affaires étrangères et vice‑premier ministre, Xavier Bettel, suite au débat actuel sur la question de savoir si les hommes ukrainiens doivent chercher une protection au Luxembourg ou dans l’UE, au lieu de rester combattre dans leur pays.
Le ministre des Affaires intérieures, Léon Gloden, avait déclaré lors d’une interview sur RTL vendredi dernier qu’il trouvait “bizarre” le fait que “d’un côté nous soutenons massivement l’Ukraine et que les gens qui doivent combattre pour l’Ukraine viennent ensuite dans les différents Etats membres de l’UE”. Et la ministre de la Défense, Yuriko Backes, a également affirmé samedi qu’elle y voyait aussi un problème. Xavier Bettel estime qu’”il ne s’agit pas d’une décision facile”. “Si je devais être envoyé à la guerre demain, ma motivation ne serait pas la plus grande non plus.”
La décision revient aux Ukrainiens, juge le ministre des Affaires étrangères. Si le pays adressait une demande à l’UE afin que les jeunes hommes ukrainiens ne bénéficient plus de la protection temporaire, il faudrait y donner suite. Mais une telle demande n’existe pas pour le moment.
Un autre sujet abordé avec Xavier Bettel est le passeport luxembourgeois. Dans une interview récente à RTL de Daniel Atz, le fondateur de “LuxCitizenship”, il a été question des nombreux “nouveaux Luxembourgeois” au Brésil, en Argentine ou aux Etats-Unis.
“Environ un tiers des Luxembourgeois vivent actuellement à l’étranger”, a indiqué Xavier Bettel. Sur les 526.000 Luxembourgeois, 157.000 vivent à l’étranger, principalement en France, au Brésil, en Belgique, en Allemagne et aux États‑Unis. La demande pour obtenir un passeport luxembourgeois est particulièrement forte au Brésil et aux États‑Unis. Il y a là‑bas beaucoup de personnes ayant des racines luxembourgeoises, car autrefois des Luxembourgeois ont massivement émigré vers ces pays. “Vous seriez étonnés”, a déclaré Xavier Bettel, “ces gens‑là sont plus luxembourgeois que nous”. “Nous avons aujourd’hui des bourgmestres au Brésil qui possèdent un passeport luxembourgeois.” Ils font la promotion du Luxembourg et souhaitent venir visiter le Grand‑Duché.
Nous devons collaborer plus étroitement avec cette communauté, revendique le ministre des Affaires étrangères et vice‑Premier ministre. Théoriquement, des dizaines de milliers de nouveaux Luxembourgeois pourraient exercer leur droit de vote, ce qui pourrait avoir un impact sur les élections et sur leurs résultats. Les Luxembourgeois de l’étranger sont d’ailleurs tous rattachés à la circonscription Centre.
Xavier Bettel estime qu’il faut donc se poser la question de la manière dont on prend en compte les Luxembourgeois vivant à l’étranger dans le corps électoral. Plusieurs options sont possibles. On pourrait laisser la situation telle qu’elle est actuellement, “avec le risque ou le potentiel (...) que dans la circonscription Centre, 50% des voix pourraient être attribuées par des Luxembourgeois vivant à l’étranger.” On pourrait instaurer une condition exigeant d’avoir habité au moins deux ou trois ans au Luxembourg. On pourrait également créer une circonscription des Luxembourgeois de l’étranger, ce qui reviendrait à avoir un député qui les représente. Ou encore, on pourrait leur retirer le droit de vote, ajoute Xavier Bettel, mais dans ce cas, des personnes vivant en France ou en Allemagne depuis longtemps, par exemple, perdraient aussi ce droit.
Actuellement, au Luxembourg, le passeport est valable cinq ans. Mais des travaux sont en cours pour porter cette durée à 10 ans. Au ministère des Affaires étrangères, le travail est terminé, il reste désormais à régler quelques détails techniques, car le passeport doit respecter des normes internationales de sécurité.
Chaque année, entre 55.000 et 60.000 demandes de nouveaux passeports sont déposées. Si la validité passe de 5 à 10 ans, ce sera “une situation gagnant-gagnant pour les citoyens comme pour les administrations”.