
Actuellement, 40 femmes sont incarcérées au Luxembourg : 33 à Schrassig et 7 à Givenich. Mais qu’en est-il des conditions dans lesquelles ces détenues sont hébergées ? Cette question a été débattue mardi à la Chambre des députés lors d’une interpellation. Au-delà des clivages politiques, les intervenants se sont référés au récent rapport de l’Ombudsman et se sont accordés à reconnaître qu’il reste encore une importante marge de progression.
Les femmes représentent environ 10 % de la population carcérale et cela a pour conséquence qu’elles ne reçoivent aussi souvent que 10 % de l’attention politique. C’est du moins l’avis de la présidente du groupe parlementaire LSAP, Taina Bofferding, qui avait demandé cette interpellation sur la situation des femmes en prison. Pourtant, le genre ne devrait avoir aucune incidence sur la qualité des conditions de détention. Or, actuellement, la situation des détenues serait encore nettement moins favorable que celle des détenus dans de nombreux domaines. Ainsi, dans le bloc F, le seul bloc du centre pénitentiaire de Schrassig réservé aux femmes, aucune séparation n’est prévue en fonction des profils : "Dans le même bloc, des femmes condamnées vivent aux côtés de femmes en détention préventive, des mineures aux côtés d’adultes, ainsi que des femmes traumatisées à côté de femmes ayant elles-mêmes commis des actes de violence. Ce n’est pas un simple défi, c’est une défaillance structurelle. Cela engendre des tensions, des conflits et conduit à ce que les besoins individuels ne soient pas suffisamment pris en compte."
Stéphanie Weydert, élue CSV, a mis l’accent sur le travail que les détenues peuvent exercer pendant leur incarcération. À Schrassig, du travail est certes proposé aux femmes, mais celui-ci ne serait plus adapté aux réalités actuelles : "Repassage, lessive, couture, quelques travaux de broderie, recyclage et petits travaux de bricolage : ce sont certes des activités qui ont leur valeur, mais n’est-ce pas malgré tout un peu dépassé ? Cela nous renvoie à des rôles de genre traditionnels et n’offre en réalité que des perspectives professionnelles limitées."
À la prison semi-ouverte de Givenich, il a été constaté qu’il existe une réelle valeur ajoutée lorsque les femmes et les hommes travaillent ensemble dans les ateliers.
Carole Hartmann, députée DP, a estimé que l’un des plus grands défis réside dans l’augmentation constante du nombre de détenus. C’est pourquoi il faut également réfléchir à des alternatives aux peines de prison classiques : "Je pense ici notamment au bracelet électronique. Dans l’exécution des peines, la surveillance électronique est encore utilisée de manière relativement limitée, alors que de nombreuses personnes purgent des peines relativement courtes, c’est-à-dire précisément dans des cas où une telle alternative pourrait être envisagée. Cette possibilité est également prévue par la loi dans le cadre du contrôle judiciaire des prévenus."
Dan Hardy, élu ADR, a lui aussi estimé qu’il existe encore des domaines nécessitant des améliorations, mais que la situation n’était pas pour autant catastrophique. Selon lui, il est par ailleurs normal que des différences liées au genre soient prises en compte dans l’organisation du système pénitentiaire.
Sam Tanson, élue des Verts, a regretté qu’après l’ouverture du centre pénitentiaire Uerschterhaff, peu de places supplémentaires aient finalement été créées pour les détenues à Schrassig, en raison du taux d’occupation très élevé de ce nouvel établissement. Elle a suggéré qu’il faudrait peut-être envisager la création d’une structure spécifiquement destinée aux femmes.
Sven Clement, député du Parti pirate, a critiqué le fait que la prise en charge psychologique des femmes en prison présente encore d’importantes lacunes. Selon lui, les maladies psychiques, contrairement aux personnes, ne peuvent pas simplement être enfermées derrière des barreaux.
Marc Baum, élu déi Lénk, a posé la question de savoir pourquoi aucune infrastructure spécifique pour les femmes n’avait été prévue lors de la conception du centre pénitentiaire Uerschterhaff.
La ministre de la Justice, Elisabeth Margue, a souligné que les conditions de détention ne pourront probablement être améliorées de manière durable que par la construction d’une nouvelle prison. Cependant, la réalisation de ce projet devrait encore se faire attendre plusieurs années.