
Cette réforme était sur les rails depuis près de dix ans et elle va avoir des répercussions importantes pour le Luxembourg, notamment parce que le pays est particulièrement dépendant d’un grand nombre de travailleurs frontaliers. Or, le texte porte notamment sur la question de savoir quel pays doit prendre en charge les indemnités de chômage et après quelle durée.
La réforme prévoit que les travailleurs frontaliers ayant travaillé au moins 22 semaines au Luxembourg auront également droit à six mois d’indemnités de chômage. Elle aura des conséquences financières considérables pour le Luxembourg, selon l’eurodéputée verte Tilly Metz, qui a voté en faveur de la réforme. Elle souligne que les travailleurs frontaliers auront droit à ces indemnités à partir d’un certain moment.
"Il ne faut pas oublier que ces frontaliers ont eux aussi payé leurs impôts au Luxembourg pendant des années. Dès lors, cette harmonisation visant à permettre de bénéficier des prestations de chômage du pays où l’on a travaillé est, au fond, tout à fait logique et juste pour ces personnes. Le Luxembourg ne peut pas se contenter de prendre la meilleure part du gâteau. Notre pays s’effondrerait si nous n’avions pas les travailleurs frontaliers."
Toutefois, selon Tilly Metz, des précisions supplémentaires sont nécessaires concernant la manière dont cette réforme sera appliquée. Elle s’interroge également sur la question de la formation continue et sur ce qui se passera une fois les six mois écoulés.
Les eurodéputées CSV demandent également davantage de précisions. Isabelle Wiseler-Lima et Martine Kemp se sont abstenues lors du vote. Martine Kemp précise qu’il faudra aussi prendre en charge la réintégration sur le marché du travail au Luxembourg, ce qui constitue un défi pour l’ADEM :
"Parce que, bien entendu, l’ADEM devra alors disposer des capacités nécessaires pour pouvoir accompagner les frontaliers qui perdraient leur emploi à ce moment-là. Il s’agit d’un dossier qui a été adopté après de très longues négociations. De nombreux détails devront encore être examinés lors de sa mise en œuvre, car, au niveau européen, on a cherché à regrouper une problématique qui correspond pourtant à des réalités très diverses à travers l’Europe, ce qui signifiera ensuite des différences dans l’application au sein de chaque pays."
Beaucoup de points restent flous, confirme l'eurodéputé libéral Charel Goerens, membre du groupe Renew Europe, qui a voté en faveur du texte. Il souligne qu’une réunion a déjà eu lieu la semaine dernière avec les secrétaires de l’OGBL et du LCGB.
"Étant donné que nous disposons d’une période transitoire de plusieurs années, il serait bon de voir assez rapidement comment cela fonctionnera concrètement dans la pratique. En particulier, se pose la question du contrôle des personnes percevant des indemnités de chômage dans les zones frontalières. Ce sera intéressant. Il serait bon d’obtenir à présent davantage de clarté sur ce point."
Tout comme Charel Goerens, l’eurodéputé LSAP Marc Angel a voté en faveur du texte. Fernand Kartheiser, député européen ADR, s’est abstenu. Outre les indemnités de chômage, cette réforme porte également sur les prestations familiales, les prestations de dépendance ainsi que sur un échange de données simplifié entre les administrations afin de prévenir la fraude.
Charel Goerens propose une rencontre entre les six eurodéputés luxembourgeois et la commission parlementaire compétente à la Chambre des députés.