Toujours dominante“Le français, c'est presque la première langue du Luxembourg”

Jérôme Didelot
La langue française est-elle en déclin au Luxembourg ou bien domine-t-elle toujours le quotidien du pays ? Réponses de résidents en prélude à un épisode de Cosmopoly sur le sujet.

Difficile de passer une journée au Luxembourg sans avoir à employer la langue française, à part peut-être dans le nord du pays. C’est commode pour les expatriés français ou belges, commun pour les Luxembourgeois dont le polyglottisme est quasi naturel.

Mais cette langue, la plus employée dans le monde du travail, est-elle toujours aussi dominante ? Un document publié par l’ASTI en octobre 2025, Langue française au Luxembourg, entre déclin et défi pour le vivre-ensemble, met en lumière le risque de voir l’intérêt pour cette langue et son usage dans le pays se déliter. Un chapitre intitulé “la langue française, langue mal-aimée dans l’enseignement luxembourgeois” pointe une forme désamour chez les jeunes générations, plus tournées vers les mondes germanophone ou anglophone.

Rappelons qu’au 19e siècle, l’apprentissage du français a été perçu comme une torture, langue imposée par un État étranger depuis le code Napoléon. Mais la Seconde Guerre mondiale lui a redonné de l’importance, les Luxembourgeois faisant naturellement un rejet de l’allemand au sortir de cet épisode douloureux. Un usage favorisé également par Union économique belgo-luxembourgeoise puis l’apparition de Télé Luxembourg (en français) dans les années 50.

Nous avons récemment promené notre micro, au Festival de Migrations par exemple, pour recueillir des impressions de résidents au sujet de la place de cette langue française au Luxembourg : “Elle est omniprésente et d’ailleurs, c’est peut-être un problème pour ceux qui ne parlent pas le français, parce que c’est pour les expatriés français, c’est quand même très facile”, nous a confié cette Française du Grand-Duché.

Un autre résident étranger salue l’agilité des habitants de son pays d’accueil : “Les Luxembourgeois sont très capables d’ouvrir les bras parce qu’ils parlent beaucoup de langues.” Constat partagé par la première : “C’est admirable la façon dont les Luxembourgeois parlent trois ou quatre langues, dont le français.”

“La moindre des choses, c’est qu’on fasse l’effort d’apprendre la langue (du pays)”

Nous avons croisé plusieurs personnes étrangères pour lesquelles le français a constitué une porte d’entrée dans le pays, un phénomène particulièrement prégnant pour les personnes originaires de pays latins (Italie, Portugal…).

Mais cet usage systématique du français au détriment du luxembourgeois, que tous les expatriés ne maîtrisent pas, peut entraîner des tensions. La perception n’est pas la même selon les personnes et les situations :

Je pense qu’effectivement la moindre des choses, c’est qu’on fasse l’effort d’apprendre la langue. C’était quand même un minimum de respect. Ce n’est pas évident, d’ailleurs j’essaye moi-même ! C’est bien de leur montrer que nous aussi on peut apprendre une autre langue quand ils en parlent eux-mêmes quatre.

On n’est pas obligé de savoir parler ni allemand, ni luxembourgeois. Bien sûr, c’est un plus. Si on peut le faire, c’est mieux. J’ai essayé honnêtement, quand je suis arrivée, j’ai essayé. Mais étant donné qu’ils sont très tolérants aussi vis-à-vis de ceux qui ne parlent pas le luxembourgeois, ce n’est pas vraiment une obligation.

Même cet Italien d’origine qui parle luxembourgeois l’avoue : ““Le français, c’est presque la première langue du Luxembourg. Évidemment, dans certains magasins, je dis ‘Gudde moien”, je parle luxembourgeois pour le fun. Mais sinon, que le français !

L’émission Cosmopoly qui sera publiée à la fin du mois d’avril abordera la question de la place du français au Luxembourg.

À lire sur le sujet :

Les jeunes Luxembourgeois aiment-ils toujours apprendre le français ?

Grand-Duché, la petite histoire : “Apprendre le français, c’était une vraie torture”

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