Projet Google à BissenL'avis du CEO de LuxConnect sur les critiques de Mouveco

RTL Lëtzebuerg
adapté pour RTL Infos
Le directeur général de LuxConnect, Paul Konsbruck, était l'invité du journal de RTL Télé lundi soir. Il est revenu sur les réserves exprimées par le Mouvement écologique à propos du projet de centre de données Google à Bissen.

Dans l’interview accordée à RTL, le directeur général de LuxConnect, Paul Konsbruck, explique que le centre de données Google prévu au Luxembourg serait nettement plus vaste que les infrastructures actuellement existantes dans le pays. Alors que LuxConnect dispose d’une capacité d’environ 30 mégawatts, le centre de Google pourrait atteindre jusqu’à 100 mégawatts. Un tel centre de données servirait principalement à des services tels que le streaming, le courrier électronique et l’intelligence artificielle, des services utilisés directement par le grand public. Cela le distingue du modèle de LuxConnect, qui travaille essentiellement avec des entreprises et des administrations.

Souveraineté des données

Les critiques du Mouvement écologique portent principalement sur la forte consommation d’électricité et sur la question de la souveraineté européenne des données.
Paul Konsbruck souligne toutefois qu’un centre de données implanté au Luxembourg relève du cadre réglementaire et des normes européennes, ce qui constitue un avantage :

Que ce soit nous ou, par exemple, POST Group, nous investissons massivement dans des solutions et des offres souveraines. Nous le faisons dans le centre de données, mais nous le faisons aussi à travers des solutions cloud que nous mettons sur le marché. Ce que fait Google, c’est un autre modèle. C’est un modèle commercial, dans lequel l’entreprise souhaite servir ses clients et leur proposer ses activités. Mais personnellement, je dois dire que s’ils veulent héberger leurs données dans un centre de données proche de leurs clients, par exemple pour réduire la latence et se rapprocher des utilisateurs finaux, je préfère que cela se fasse dans un centre de données situé au Luxembourg, dans un cadre juridique européen, où ils sont soumis aux règles européennes, notamment en matière de protection des données et d’autres normes.

Consommation électrique et mode de production de cette électricité

Une autre critique du Mouvement écologique concerne l’approvisionnement électrique. Dans un centre de données de ce type, des batteries sont bien sûr utilisées, mais aussi des groupes électrogènes diesel. LuxConnect, de son côté, mise entièrement sur les énergies renouvelables. Pour garantir la sécurité, des systèmes d’urgence tels que des batteries et des générateurs diesel, sont toutefois indispensables afin de pallier d’éventuelles coupures de courant et d’assurer le fonctionnement de services essentiels comme les banques ou les hôpitaux :

Les batteries comme les groupes électrogènes diesel présents dans un centre de données ne servent aujourd’hui qu’en cas de panne de courant. Dans nos quatre centres de données, nous disposons de 6.500 batteries. […] Elles ont à peu près la taille d’une batterie de voiture, et nous avons 24 générateurs diesel. Concrètement, le courant passe en permanence par ces batteries : l’électricité arrive de l’extérieur, traverse les batteries, puis alimente le centre de données. En cas de coupure du réseau extérieur, le courant continue normalement d’être fourni par les batteries, qui doivent assurer seules l’alimentation pendant environ 12 secondes, le temps que les générateurs démarrent et prennent le relais pour l’alimentation électrique.

Les besoins en électricité d’un grand centre de données sont certes très élevés, mais il convient de distinguer entre la puissance maximale qui doit être disponible et la consommation réelle. A propos de l’exemple du centre de données de Bissen, Paul Konsbruck a expliqué que l’installation pourrait utiliser jusqu’à environ 12 à 13 mégawatts, mais qu’elle n’en consomme actuellement qu’environ 3,5, soit nettement moins que sa capacité maximale. C’est pourquoi les chiffres avancés par le Mouvement écologique, évoquant jusqu’à 15 % de la consommation nationale d’électricité, sont plutôt théoriques et ne s’appliqueraient que si un centre de données fonctionnait à pleine capacité. De manière plus réaliste, la consommation pourrait plutôt se situer entre 5 et 7 %, ce qui reste toutefois significatif.

L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans la quantité d’électricité consommée, mais surtout dans son origine et dans son mode de production. Selon le Mouvement écologique, Google pourrait recourir à de l’électricité d’origine nucléaire, contrairement à LuxConnect.

Oui, nous fonctionnons depuis 20 ans exclusivement avec de l’électricité verte. LuxConnect, depuis sa création, n’utilise que de l’électricité verte, et je précise que nous adoptons une interprétation disons conservatrice, de ce que cela signifie : uniquement des énergies renouvelables, sans nucléaire. Nous achetons notre électricité en Scandinavie. Il s’agit donc d’une électricité véritablement verte, que chaque Scandinave achète en fait. (…) Je ne connais pas leur politique énergétique à ce sujet, ni surtout leur interprétation de l’électricité verte. S’ils se conforment à ce que la Commission européenne considère désormais comme délectricité verte, cela pourrait éventuellement inclure l’énergie nucléaire.

Utilisation de la chaleur résiduelle

Selon le Mouvement écologique, la chaleur résiduelle produite par un centre de données devrait être valorisée : une autre critique adressée à Google. Paul Konsbruck nuance toutefois cet argument en expliquant que la chaleur résiduelle est relativement faible et qu’elle perd rapidement de l’énergie lors de son transport. Pour pouvoir être utilisée, elle doit être portée à des températures plus élevées, ce qui nécessite un apport énergétique supplémentaire. Son exploitation n’a donc de sens que sur de courtes distances, par exemple pour alimenter des bâtiments situés à proximité.

Réputation du Luxembourg, écosystème et synergies numériques

Dans l’ensemble, un projet comme celui de Google pourrait renforcer la renommée du Luxembourg dans le domaine numérique et ouvrir de nouvelles perspectives en matière de recherche, d’intelligence artificielle et de supercalcul.

Cela signifie tout simplement que le Luxembourg est un endroit où les conditions sont réunies, tant en matière d’électricité et d’eau que de cadre réglementaire, pour pouvoir exploiter un tel centre de données, tout en garantissant la sécurité des données. Cela signifie que c’est positif pour la réputation. Il existe par ailleurs d’autres aspects, notamment un véritable effet de retombées sur la recherche-développement, ainsi que sur tout un écosystème susceptible de se développer autour. Enfin, il est également vrai qu’avec notre propre activité dans le cadre de notre propre stratégie, par exemple avec LuxProvide, qui exploite le supercalculateur, nous sommes en train de mettre en place une ‘AI Factory’ et nous parlons aussi de calcul quantique. Dans ce contexte, des synergies avec Google sont tout à fait envisageables, d’autant plus que nous entretenons déjà aujourd’hui des relations très étroites avec Google. “

Un projet dont la concrétisation reste incertaine

Il n’est toutefois pas encore certain que le projet se concrétise vraiment, les procédures étant en cours depuis près de dix ans, une situation peu compréhensible à l’étranger :

” Je peux toutefois vous dire que nous travaillons avec de nombreuses entreprises actives à l’international, et elles s’étonnent de ces délais. Il est plutôt exceptionnel qu’une infrastructure qui ne pollue ni l’air ni l’eau, qui ne génère pas de nuisances sonores particulières et qui n’est pas implantée à proximité immédiate d’une agglomération, et dont l’impact environnemental reste limité, mette autant de temps à obtenir une autorisation.

En tant que grande entreprise commerciale évoluant sur un marché très concurrentiel, Google communique peu de détails sur ses projets en cours. La conception même d’un tel centre de données pourrait en effet révéler beaucoup de choses sur son modèle économique, ce qui explique la retenue du groupe sur ce point. Une attitude à laquelle le Luxembourg n’est pas forcément habitué, souligne Paul Konsbruck.

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