Meurtre à Bonnevoie en 2022L'accusé voulait aussi tuer Baphomet, Shakira, le pape et Kim Jong-un

Anne Wolff
"Ce qui m'arrive n'est pas important. L'important est que j'ai libéré 50 millions de personnes au ciel", a déclaré l'accusé au tribunal à propos de son acte.

L’homme est poursuivi pour avoir tué une jeune femme en 2022 à Bonnevoie et pour l’avoir démembrée après sa mort. Une schizophrénie paranoïaque lui a été diagnostiquée. Dès le premier jour de son procès, il a déclaré avoir tué Lucifer. L’accusé est aujourd’hui âgé de 47 ans, sa voix est légèrement enrouée. Il explique à la juge qu’il fait ce que le “Saint Père” lui dit de faire. Après la mort de la victime, il a démembré le cadavre, car Dieu l’avait prévenu que Lucifer pourrait encore l’attaquer même après sa mort.

La juge tente de découvrir si la victime avait fait quelque chose à l’homme auparavant. La jeune femme avait frappé six fois à la porte de sa chambre, c’est le chiffre du diable. Le “Saint Père” l’avait ensuite informé que c’était Lucifer. La juge a essayé de découvrir si l’homme est conscient de sa maladie. Celui-ci lui a affirmé que c’est ce que d’autres croient. En revanche le prévenu n’a pas pu expliquer pourquoi il prend ses médicaments s’il ne se considère pas lui-même malade.

A de nombreuses reprises, la Cour a tenté de replacer les déclarations de l’accusé dans un contexte logique et de résoudre les contradictions. L’homme a cependant déclaré qu’il ne pouvait pas se rappeler avoir passé un jour sans parler de Dieu et des démons. Ce que confirme également un collaborateur de la Ligue d’hygiène mentale, qui avait aidé l’accusé à trouver une place dans un atelier thérapeutique.

L’accusé en reste à sa mission sacrée

Le prévenu explique savoir ce qu’est sa mission. Il doit tuer Baphomet, Shakira, le pape et le président de la Corée du Nord. A l’audience, il lui a aussi été demandé pourquoi il avait cessé de prendre ses comprimés. Il se sentait bien, indique-t-il. Il est la même personne, avec ou sans pilules.

L’avocat de la famille de la victime a aussi voulu savoir si l’accusé avait conscience que sans médicaments, il perdait le contrôle. Il n’avait jamais perdu le contrôle, a-t-il répliqué. Il fait ce que le “Saint Père” lui a dit. Et la juge de constater: “Je pense qu’avec des questions logiques, nous n’avancerons pas”.

Dans son plaidoyer, l’avocat des parties civiles souligne que pour ces dernières, des professionnels ont raté leur mission cruciale, mais ce procès ne permettra pas d’éclairer cela.

L’accusé est malgré tout pénalement responsable pour les avocats des victimes

Pour Maître Rollinger, l’homme doit être tenu responsable de son acte, même s’il était clairement dans un délire à ce moment-là. Comme raison, il invoque le fait que l’homme a commis une erreur en cessant de prendre les comprimés, tout en étant conscient qu’il devait les prendre. Et selon l’avocat, cela doit mener à ce que l’article 71 du Code pénal ne s’applique pas ici. Cet article stipule qu’une personne qui n’était pas responsable de ses actes au moment des faits, ne peut être jugée pénalement responsable. Il ne peut y avoir aucun doute lorsqu’on accorde l’irresponsabilité pénale à quelqu’un. Et ici, l’accusé a délibérément arrêté de prendre ses médicaments.

Si l’accusé est reconnu irresponsable, les parents de la victime craignent qu’il se retrouve un jour ou l’autre libre, si un psychiatre devait à un moment donné l’estimer à nouveau dans un état stable. Les parents et la soeur de la jeune femme demandent par ailleurs 70.000 euros de dommages et intérêts.

Maître Mioli, qui représente le co-locataire de l’accusé, qui avait également été attaqué et grièvement blessé, argumente dans le même sens. Son client a subi un très grave traumatisme. Il doit se battre pour pouvoir à nouveau mener une vie normale et il se sent coupable d’avoir survécu, au contraire de l’autre victime. Il réclame 105.000 euros pour le préjudice subi.

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