Risque de pauvreté La situation empire pour les enfants et les monoparentaux

Maurice Fick
Le taux de risque de pauvreté a encore augmenté d'un cran pour la population luxembourgeoise. Et de plusieurs crans pour les enfants et les ménages monoparentaux confirme le Statec.
© Statec

La pauvreté des enfants est un sujet qui inquiète de plus en plus les décideurs au Luxembourg, pays dont le PIB est pourtant, de loin, le plus élevé en Europe. Et pour cause, le taux de pauvreté ne cesse de progresser et ce malgré la progression des revenus des ménages et la récente série d'indexations des salaires.

La pauvreté des enfants "est élevée, trop élevée, beaucoup trop élevée. Un enfant sur quatre est exposé au risque de pauvreté au Luxembourg. C'est inacceptable", a lancé en ce début de semaine Nora Back, présidente réélue à la tête de Chambre des salariés face à la nouvelle assemblée plénière.

Emboîtant le pas au Premier ministre, Luc Frieden, qui a parlé la semaine passée lors de son premier discours sur l'état de la nation, des "30.000 enfants. Soit un quart de tous nos enfants" en situation de risque de pauvreté au Luxembourg. "Des enfants qui parfois ne mangent pas sainement ou ne peuvent pas fêter leur anniversaire".

En décembre déjà, le bilan Innocenti présenté par UNICEF Luxembourg pointait le Luxembourg à la 35e place en matière de pauvreté monétaire des enfants, parmi pays de  l'UE et de l'OCDE. Le Statec est venu confirmer mercredi que le taux de risque de pauvreté a progressé en 2023 de "1,5 point de pourcentage et frôle 19% de la population". Les plus exposés au risque de pauvreté, sont les enfants de moins de 18 ans et les parents qui sont seuls pour éduquer leurs enfants, les monoparentaux.

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En un an, le taux de risque de pauvreté est passé de 22,5% à près de 24% au Luxembourg. C'est "un niveau particulièrement élevé pour le Luxembourg", reconnaît le Statec qui compare la situation des moins de 18 ans et à celle des 60 ans et plus, pour lesquels ce le risque de pauvreté est de 11% "seulement".

Rappelons que le seuil de pauvreté et fixé à 60% du revenu médian de la population. Dans sa nouvelle publication Statnews, le Statec mesure la pauvreté infantile à l'aune des revenus du ménage dans lequel il grandit. Les enfants touchés par le phénomène vivent dans des ménages dont le niveau de vie est inférieur à 2.400 euros par mois et par personne. Concrètement, un parent seul avec un enfant de moins de 14 ans atteint le seuil de pauvreté s'il gagne moins de 3.120 euros par mois au Luxembourg. Et s'il a deux enfants à charge, il atteint ce seuil si ses revenus sont inférieurs à 3.840 euros mensuels.

D'un point de vu strictement comptable, "l'enfant a un coût. Donc indéniablement quand vous avez un enfant, il faut subvenir à un certains nombres de ses besoins. Et avec des revenus plus faibles, vous êtes un peu plus exposé. C'est un effet mécanique", résume Guillaume Osier, responsable de l'unité "Conditions de vie" au Statec. Ses chiffres montrent clairement que "la présence d'un enfant dans un ménage augmente le risque de pauvreté".

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Et les ménages les plus exposés sont les monoparentaux. Pas loin d'un ménage monoparental (43% exactement) sur deux est exposé au risque de pauvreté au Luxembourg. Ce chiffre a explosé de 10 points de pourcentage en un an.

Mais il est à nuancer. Car la taille de l'échantillon sondé par le Statec est faible: les monoparentaux "représentent 4 à 5% de la population totale". Ce qui fait dire à Guillaume Osier que dans cette forte augmentation "il faut distinguer entre la marge d'erreur statistique et ce qui tient à l'augmentation structurelle de la véritable augmentation de la pauvreté".

Fait est que le phénomène de la pauvreté a été boosté en 2023 par la crise inflationniste, l'augmentation générale du coût de la vie et particulièrement du logement au Luxembourg. La hausse des biens de première nécessité et des produits alimentaires frappe d'autant plus durement les ménages pour lesquels l'alimentation représente une part importante de leur budget.

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