
En d’autres termes, près d’un salarié sur sept dispose de revenus qui ne lui permettent pas de dépasser le seuil de risque de pauvreté.
Lors de son discours sur l’état de la Nation, le Premier Ministre a déclaré que: “notre système social est largement conçu pour s’articuler autour de l’emploi: l’assurance maladie, le chômage, le système de retraite. Notre filet de sécurité social est tendu autour de l’emploi. On ne peut pas dissocier le social de l’économique. Cela signifie que le travail doit être rentable”.
Ainsi, en 2022, ce sont 12,4% des salariés de 16 à 64 ans qui sont exposés au risque de pauvreté, contre 6,7% en moyenne dans l’union monétaire. D’après les nouvelles données publiées par Eurostat pour l’année 2023, le Luxembourg confirme son statut de champion de la pauvreté au travail puisqu’il affiche désormais une proportion de travailleurs exposés à la précarité qui s’élève à 14,7%.

Concrètement, au niveau européen, le Luxembourg devance désormais largement ses partenaires européens: le taux de risque de pauvreté des salariés bulgares est trois points de pourcentage plus faible que celui des luxembourgeois, tandis que les moyennes européennes sont moitié moins élevées que la valeur observée au Grand-Duché.
Au cours de la dernière douzaine d’années, force est de constater que si l’exposition à la pauvreté des travailleurs a généralement connu une stabilité (voire même une diminution) au sein des pays européens, le Luxembourg se place à contre-courant, et cela plus particulièrement au cours des cinq dernières années : entre 2017 à 2023, la part de working poor a augmenté de 45% au Luxembourg.
Si les travailleurs à temps partiel ou encore ceux ne disposant que d’un contrat de travail à durée déterminée sont plus exposés au risque de pauvreté, le Luxembourg se distingue néanmoins par le fait que même les personnes travaillant à plein temps sont nombreuses à ne pas échapper à la pauvreté.
Ainsi, les ménages dont les membres en âge de travailler travaillent presque à plein temps (soit plus de 34 heures hebdomadaires par adulte) affichent au Grand-Duché des taux de risque de pauvreté deux fois plus élevés qu’en moyenne européenne.
Si l’on considère les personnes de moins de 18 ans au sein de ces ménages à intensité de travail élevée, le taux de risque de pauvreté s’élève à 13% contre 6% pour l’ensemble de la zone euro.
Dès lors, la CSL ne peut que constater que pour un nombre important de travailleurs luxembourgeois les affirmations que “le filet de sécurité social est tendu autour de l’emploi” ou encore que “le travail doit être rentable” ne sont qu’un vœux pieux en attendant des actes concrets permettant de rendre au travail la valeur qui lui est due.