Quelles solutions pour résoudre une fois pour toute la permacrise du logement au Luxembourg? Débat en ce début d’année dans l’émission “La Bulle Immo” en présence du député et président de la Commission du Logement, Gilles Baum, le directeur de la Fondation pour l’accès au Logement, Gilles Hempel, et la nouvelle coordinatrice de l’Observatoire de l’habitat, Magdalena Gorczynska.
Gilles Baum, Madgalena Gorczynska et Gilles Hempel débattent des solutions à apporter à la crise du logement.
Si beaucoup de pistes sont étudiées au gouvernement, “on est loin d’avoir résolu la crise”, tempère d’emblée le démocrate, Gilles Baum. La chercheuse et coordinatrice de l’Observatoire de l’habitat, Magdalena Gorczynska, rappelle, dans ce contexte, que l’on ne peut pas implémenter les solutions trouvées ailleurs “d’un jour à l’autre” au Grand-Duché. Nous avons notamment évoqué le modèle viennois avec elle. “Chaque pays a ses spécificités, son cadre juridique”, souligne-t-elle.
Et le Luxembourg ne reste évidemment pas les bras croisés. Entre la réforme de l’impôt foncier, du bail à loyer, l’introduction à l’avenir d’un impôt pour mobiliser les terrains constructibles et la taxe promise sur les logements inoccupés, ce n’est pas le travail ou les débats qui manquent. Mais avant de pouvoir mettre ces outils en place, le pays devra d’abord créer le fameux registre national des logements.
Car sans ce registre, impossible de taxer les propriétaires récalcitrants. Du moins, c’est ce que l’on nous répète depuis des mois. Les messieurs Baum et Hempel ont néanmoins des idées pour faire bouger les choses sans attendre. Le premier recommande d’avoir recours à un registre cantonal alors que le second milite pour une traque pure et dure des logements inoccupés.
“C’est ce que font nos voisins wallons, ils identifient les logements vides, retrouvent les propriétaires et les sanctionnent”, explique-t-il. Le secret? Rendre l’inoccupation d’un logement illégale. Et selon Gilles Baum, qui est également échevin à la commune de Junglinster, “il est facile de repérer les logements vacants”. Boîtes aux lettres scellées ou débordant de courrier, sont les premiers signes. “Je le vois régulièrement quand je me promène dans ma commune”, affirme-t-il.
Parce que sans avoir à construire plus, le Grand-Duché pourrait déjà puiser dans ce stock de logements existants. Une solution à court terme qui pourrait répondre à de nombreuses exigences du marché actuel, spécialement en ce qui concerne les ménages défavorisés. En effet, la gestion sociale locative peut être une solution sans tracas pour les propriétaires qui ne trouveraient pas d’usage à leur logement.
Cependant, il faut rappeler que si un stock de logements vacants existe bien au Luxembourg, on ne sait ni dans quel état il se trouve, ni combien il y en a réellement. Pour certains, cette solution relève du mirage. M. Hempel n’en fait pas partie. Il croit au potentiel que pourrait débloquer une politique axée sur l’identification des logements inoccupés.
En attendant, la situation ne s’améliore pas sur le marché privé. La VEFA “est à l’arrêt”, affirme le député démocrate. En effet, les ventes réalisées en fin d’année dernière seraient essentiellement issues du programme de rachat des projets immobiliers par l’Etat. Le porte-parole des promoteurs à la Chambre immobilière tenait un discours très similaire en décembre dernier dans “La Bulle Immo”.
Et c’est un problème de taille pour le pays. En effet, si de nouveaux projets ne sortent pas de terre, cela signifie que le pays ne construit pas. Et s’il ne construit pas, la pénurie s’aggrave, mettant le marché et les prix sous tension et, à long terme, remettant l’attractivité du Luxembourg en cause. Gilles Baum rappelle dans ce contexte qu’un autre problème est en train de surgir: la fuite de la main d’oeuvre “que l’on peinera à faire revenir” dans le cas d’une reprise. Une crainte déjà évoquée par le ministre du Logement dans “La Bulle Immo” au mois d’octobre dernier.
En somme, le marché immobilier luxembourgeois a rarement connu une polycrise aussi complexe. Les législateurs et les acteurs du terrain devront redoubler d’efforts dans les prochains mois s’ils veulent remédier à cette situation. Car le logement reste la préoccupation numéro 1 des résidents et les choses sont manifestement sur le point de se compliquer davantage.
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