
On ne sait pas encore très précisément quels effets auront sur l’économie luxembourgeoise les prix de l’énergie, qui repartent à la hausse. Mais ils pourraient potentiellement ne pas être favorables : c’est ce que peut d’ores et déjà affirmer la Fondation IDEA, le think tank de la Chambre de commerce.
Ses économistes ont présenté cette semaine leur Avis Annuel. Il est intitulé “Dissonances”, ce qui est déjà très parlant.
Certains avaient des cernes sous les yeux : les économistes ont travaillé sur leur analyse jusqu’à la dernière minute. En raison de l’actualité internationale, et en particulier du nouveau choc sur les prix de l’énergie, qui aurait le potentiel d’étouffer dans l’œuf l’espoir placé dans l’économie luxembourgeoise, laquelle venait tout juste de recommencer à croître quelque peu, et c’est là un premier avertissement.
Vincent Hein, directeur d’IDEA, explique : “La différence avec 2022, peut‑être, c’est qu’on est entré dans ce choc dans une situation où l’économie mondiale n’était pas en surchauffe, comme c’était le cas en 2022. En 2022, on était dans un cycle où il y avait déjà des racines inflationnistes liées à la reprise post‑pandémique. Là, c’était un petit peu moins le cas.”
Malgré cela, le risque est réel de retomber dans le cercle vicieux de l’inflation. Et selon IDEA, l’économie ne s’est jamais réellement remise du Covid et du début de la guerre en Ukraine, malgré de brèves phases plus positives : “On a fait sur quatre années en moyenne 0 % de croissance. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, en 2025, le PIB est estimé au même niveau que celui de 2021.”
Et cela constitue malgré tout une nouveauté dans l’histoire du Luxembourg. Jusqu’ici, le Grand‑Duché avait bien résisté, même en période de crise, comme lors de la crise bancaire il y a près de vingt ans. Depuis 2022, cela ne fonctionne plus, selon Vincent Hein : “C’est l’inverse. Le Luxembourg sous‑performe par rapport à la zone euro.”
La raison est évidente : “Pour la première fois, la place financière n’a pas joué son rôle habituel de bouée de sauvetage de l’économie luxembourgeoise sur cette période.”
Une réalité à laquelle il faudra s’habituer et s’adapter. Un message, bien sûr, également destiné aux décideurs politiques.
On ne trouve certes aucune dissonance dans la chanson mélodieuse des Beatles. Avec “Yesterday ", ce sont toutefois bel et bien les résultats d’une enquête qui sont évoqués : une enquête menée par la fondation auprès d’environ 300 économistes, responsables politiques, partenaires sociaux et scientifiques.
Ils ne sont que la moitié à estimer que l’économie va repartir et atteindre une croissance d’environ 3 % au cours des cinq prochaines années. La majorité pense que la dette publique continuera de se creuser.
Nombreux sont ceux qui souhaitent moins de paperasse et davantage d’investissements publics dans le logement, la numérisation et l’intelligence artificielle. Bref, que l’économie redémarre.
L’économiste Jean‑Baptiste Nivet déclare : “Beaucoup de résultats sont pessimistes. Dans cette 7ème édition, ils pourraient raisonner comme une sorte de mélancolie de l’âge d’or du Luxembourg.”
Le bon vieux temps. C’est également ce que l’on peut constater sur le marché du travail, malgré quelques signes positifs, souligne Ioana Pop : “On voit la petite courbe qui remonte en 2025. Il est dans une phase lente et une reprise encore fragile. Pourquoi phase lente ? Parce qu’il y a une légère reprise par rapport à 2024 qui n’a créé que près de 6.000 emplois net et qu’il est toujours loin du niveau égal aux près de 15.000 postes créés par an dans les années 2018-2019.”
Trois quarts des nouveaux emplois ne sont d’ailleurs pas créés dans l’économie classique, mais principalement dans le secteur étatique ou parastatal. Le taux de chômage actuel de 6,3 % est également plus élevé que dans l’Union européenne.
La Fondation IDEA estime que, parallèlement aux investissements dans la défense et l’intelligence artificielle, le gouvernement ne doit pas perdre de vue la transition verte. Mais dans le même temps, des aides seraient désormais nécessaires en raison de la hausse des prix de l’énergie.
Frédéric Meys explique : “Elles devraient être très ciblées, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, pour une raison budgétaire.”
Être responsable politique est une tâche complexe à l’heure actuelle. C’est ce que confirme l’Avis Annuel de la Fondation IDEA.
Mais être citoyen n’est pas facile non plus. C’est sans doute la nouvelle réalité luxembourgeoise : davantage de dissonances.