Bourses de rechercheConflits d'intérêt et manque de transparence secouent l'Uni.lu

Michèle Sinner
adapté pour RTL Infos
L'année dernière, l'Institut des hautes études (IAS) de l'Université du Luxembourg a accordé une bourse de recherche à une candidate qui faisait elle-même partie du jury chargé de l'attribuer.
© Amaury Sinner

Le code de conduite de l’université stipule qu’il est interdit de participer à des décisions ou à des discussions en cas de conflit d’intérêts. Emma Schymanski, du Luxembourg Centre for Systems Biomedecine (LSCB), est membre du conseil scientifique de l’IAS.

Elle fait partie des “Fellows”, membre éminent d’un corps académique, ayant précédemment reçu un financement de recherche de l’Institut des hautes études dans la catégorie Audacity pour des projets de recherche interdisciplinaires. En tant que “Fellow”, elle a également été élue au Conseil scientifique et nommée par le recteur.

Mais l’année dernière, elle a soumis une nouvelle demande de financement de recherche Audacity. Son projet, “AI4TECS : système alimenté par l’IA pour l’identification et le traitement en temps réel des contaminants émergents”, mené en collaboration avec un chercheur de la Faculté des sciences, de la technologie et de la médecine (FSTM), est l’un des cinq projets qui ont reçu un financement Audacity en décembre dernier.

Le conflit d’intérêts n’est pas du tout caché. Le fait que la scientifique soit membre du Conseil scientifique, qui analyse et évalue les projets, et qu’elle ait reçu un financement pour son propre projet l’année dernière, sont des informations publiques accessibles sur le site web de l’IAS.

L’Institut des hautes études a été fondé en 2020 afin de briser les barrières entre les disciplines. Il est placé sous l’autorité du vice-recteur chargé de la recherche, actuellement Simone Niclou, alors que Claus Vögele est le directeur de l’IAS.

L’institut distribue chaque année des millions d’euros de fonds de recherche. Le plafond de financement pour un projet Audacity est de 460.000 euros. Toutes les demandes de financement Audacity sont en concurrence les unes avec les autres, quelle que soit la discipline couverte par les projets.

Selon les informations obtenues par RTL, Emma Schimansky faisait partie du jury en novembre dernier lorsque les concurrents ont présenté leurs projets. Elle a posé des questions, participé à l’évaluation et attribué des notes à ces projets. Bien que le règlement interne de l’IAS interdise à ses membres de solliciter explicitement des fonds de recherche auprès du programme Audacity, le code de conduite de l’université stipule: “Les membres des organes et comités de l’université s’abstiennent de participer à toute discussion ou décision concernant des questions pour lesquelles ils se trouvent en situation de conflit d’intérêts”.

RTL a notamment demandé à l’université et à Emma Schymanski si elle s’était récusée des discussions concernant sa propre candidature et si elle considérait qu’il y avait eu violation du code de conduite de l’université. La chercheuse elle-même a renvoyé vers le service de presse de l’université. Celui-ci n’a pas répondu aux questions, renvoyant plutôt aux audits qui doivent être réalisés. “Veuillez noter qu’au cours des derniers mois, l’université a répondu à de nombreuses demandes des médias concernant ses processus internes. Nous avons désormais lancé des initiatives et attendons deux audits externes sur les processus RH et la gouvernance. Les résultats des audits seront communiqués, et l’université sera alors en mesure de présenter ses conclusions et les mesures qu’elle compte prendre à l’avenir”, indique le courriel du service de presse de l’université.

En outre, des questions sont soulevées quant à la gouvernance de l’IAS, notamment en raison de la présence actuelle d’Emma Schymanski au sein du Conseil scientifique. Le règlement interne de l’IAS stipule que les membres, tels qu’Emma Schymanski, qui sont élus “Fellows” et nommés par le recteur, ont un mandat de deux ans non renouvelable.

Or, selon son propre curriculum vitae, publié sur le site web Orcid, elle était déjà membre du Conseil scientifique de l’IAS de septembre 2020 à septembre 2022.

Le rôle de ce Conseil scientifique est décrit dans le règlement interne, entre autres, comme suit: “le Conseil scientifique se réunit au moins une fois par an et son rôle est de : classer les projets Audacity et Young Academics et recommander des projets à financer. Le directeur de l’IAS et le vice-recteur à la recherche soumettent la sélection au recteur pour la décision finale de financement”.

La décision finale quant à l’attribution des fonds revient donc au recteur.

Emma Schymanski et Claus Vögele, directeur de l’IAS, font eux-mêmes partie du cercle restreint qui entoure le recteur Jens Kreisel. Ils font partie des huit conseillers spéciaux issus de différentes disciplines que le recteur a à ses côtés.

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