
En 2017, l’entreprise Google a acheté un terrain de 33,7 hectares dans la zone industrielle de Bissen afin d’y construire un centre de données. Aujourd’hui, près de dix ans plus tard, le groupe multinational est sur le point d’obtenir un permis de construire. "Si Google obtient un permis de construire, nous saisirons la justice", déclare Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique. L'organisation environnementale se pose actuellement plus de questions que jamais sur ce dossier.
En particulier la question de savoir pourquoi Google ne construirait pas son centre selon les meilleures normes disponibles. Afin d’analyser le projet, Mouveco a commandé une étude auprès de l’Öko-Institut allemand. Le résultat : selon la planification actuelle, le centre de données pourrait consommer jusqu’à 950 gigawattheures d’électricité par an, soit à peu près autant que l’ensemble des particuliers au Luxembourg, ou encore 15 % de la consommation nationale d’électricité.
D’après l’étude, les émissions de gaz à effet de serre pourraient être réduites jusqu’à 97 % grâce à une série d’améliorations. Celles-ci comprennent notamment l’alimentation en énergies renouvelables, la valorisation de la chaleur résiduelle, l’utilisation de batteries de stockage à la place de générateurs diesel et le recours à des fluides réfrigérants naturels. "Cela m’étonne que Google arrive avec un concept aussi mauvais", souligne Jens Gröger de l’Öko-Institut, qui participait à la conférence de presse en visio. Ce dernier est surpris par le fait que Google reste en deçà de ses propres standards appliqués à l’échelle mondiale.
Malgré cela, il semble que plus rien ne fasse obstacle actuellement au projet de centre de données de Bissen. "Auparavant, il y avait des questions concernant la consommation d’eau, mais nous avons trouvé une solution. En ce qui concerne le bruit, Google est très transparent. Je veux que la population comprenne que nous essayons, avec cette entreprise, de faire tout cela très proprement", dit le bourgmestre de Bissen, David Viaggi. Selon lui, le reproche selon lequel la chaleur résiduelle ne serait pas valorisée n’a pas de lien direct avec l’octroi du permis de construire. Il précise toutefois que des discussions constructives sont en cours avec la Direction de l’énergie et Google afin de définir des pistes. David Viaggi indique également qu’il sera encore possible de répondre aux critiques avant que Google n’obtienne officiellement son permis de construire. Et même après sa délivrance, on pourra encore une fois réagir.
Le Mouvement écologique souhaite toutefois obtenir davantage de clarté au préalable et demande des informations sur l’impact d’un tel centre de données sur la population, notamment en ce qui concerne son bilan énergétique et son bilan en émissions de CO2. Selon Marc Krier du Mouvement écologique, ces données ne relèvent pas de la clause de confidentialité à laquelle Google se réfère.
D’après Blanche Weber, le temps joue désormais contre Google. En dix ans, il s'est passé beaucoup de choses, avec notamment des guerres et l’arrivée d’un nouveau président aux États-Unis. L’Europe cherche aujourd’hui à renforcer sa souveraineté numérique. Or, selon elle, le Luxembourg s’apprête à céder ce terrain à la multinationale américaine Google, alors qu’il est situé dans un emplacement particulièrement stratégique, juste à côté du poste de transformation électrique de Bissen.
Si le Mouvement écologique n'obtient pas plus de clarté dans le dossier, il entend engager des actions en justice afin que les meilleures normes possibles soient appliquées au centre de données, conformément à ce que prévoit la loi. Et cela dans tous les domaines : énergie, eau, air, bruit, etc. "Nous demandons également clairement au gouvernement d’agir dans l’intérêt du pays et de ne pas accepter la clause de confidentialité invoquée par Google", a ajouté la présidente du Mouvement écologique. L’organisation souhaite obtenir des preuves que ce projet apporte réellement un avantage au Luxembourg et que ses inconvénients ne l’emportent pas sur ses bénéfices. Elle souligne également que de nombreuses entreprises déjà implantées au Luxembourg recherchent des terrains pour se développer sans parvenir à en trouver.
