Le Luxembourg impliquéAffaire Goodyear : l'instruction pourrait bientôt prendre fin

Michèle Sinner
traduit pour RTL Infos
L’enquête française qui porte sur des pneus pour poids lourds défectueux produits par Goodyear au Luxembourg progresse. Le juge estime que l'instruction sera bientôt terminée.
© Marc Hoscheid

L'enquête ouverte par la justice française contre Goodyear porte sur des faits graves : "homicides involontaires", "tromperie sur les qualités substantielles d'une marchandise" et "pratiques commerciales trompeuses". Après plus d'un an de procédure, notamment avec l'entreprise luxembourgeoise Goodyear Operations, l'enquête judiciaire pourrait toutefois arriver à son terme.

Mardi, Sophie Rollet, veuve d'un conducteur tué en 2014 après l'éclatement d'un pneu de son poids lourd, a été auditionnée par le juge d’instruction à Besançon. Depuis, elle entrevoit enfin le bout du tunnel concernant la clôture de l’instruction. "Dans un tout premier temps, le juge d'instruction s'est positionné sur les éléments qu'il avait sur ce dossier qui lui permettait de nous dire qu'il voyait une fin d'instruction possible pour 2027."

L’une des raisons expliquant la longueur de la procédure réside dans les nombreux recours introduits par l’entreprise concernant les documents saisis en 2024 lors des perquisitions menées chez Goodyear au Luxembourg, explique-t-elle. "Certains recours étaient encore en cours, donc Besançon ne disposait pas encore à l'heure actuelle de tous les documents issus de ces perquisitions. Ce qui ne lui permettait pas de se positionner. Il était dans l'attente de ces documents et de pouvoir les étudier avec assiduité."

Des pneus défaillants à l'origine de l'accident de son époux

L’accident du mari de Sophie Rollet remonte à plus de douze ans. En 2020, un expert avait conclu que le pneu à l’origine de l’accident présentait un défaut de fabrication. Une nouvelle expertise devrait désormais être demandée, car l’expert de l’époque est malade.

"L'objectif de Monsieur le juge d'instruction est de permettre à cet élément, qui est l'expertise actuelle, de ne pas disparaître d'un dossier pour la suite de cette affaire."

Au cours de ses recherches menées seule, en plein deuil, Sophie Rollet a recensé des centaines d’accidents survenus entre 2011 et 2016 et impliquant la même série de pneus Goodyear. L’entreprise n’a toutefois jamais procédé à un rappel de sécurité ni averti du risque, proposant uniquement un programme d’échange volontaire. Depuis mai 2025, Goodyear Luxembourg est notamment mis en cause à Besançon pour homicide involontaire, mais aussi pour tromperie sur la qualité de ses produits et "pratiques commerciales trompeuses".

C’est un point très important, selon Sophie Rollet : "Ce n'est pas une tromperie, une vulgaire tromperie, c'est que derrière il y a eu, il l'a qualifié avec un danger pour l'Homme. Et aujourd'hui, a priori, on va dire que le dossier s'oriente sur cet élément, sachant qu'aussi derrière les conséquences sont plus lourdes pour l'entreprise qu'un simple, entre guillemets, homicide involontaire."

Au début de cette année 2026, Sophie Rollet s’était adressée à la direction de Goodyear par le biais d’une lettre ouverte publiée par RTL afin de signaler qu’il était toujours possible de commander ces pneus.

"Avec une grande satisfaction, j'ai pu constater que quelques semaines plus tard, il n'était plus possible de commander ces pneus depuis la France."

"Avec une grande satisfaction, j'ai pu constater que quelques semaines plus tard, il n'était plus possible de commander ces pneus depuis la France. C'est une une volonté en fait, et si c'est grâce à ma lettre ouverte, je remercie Goodyear de m'avoir entendue sur ce sujet, dans le cadre d'une sécurité qui a priori nous est chère, qui est chère aux deux parties."

Elle-même ne se considère pas dans une relation d’adversité avec Goodyear. Selon elle, chacun œuvre pour que les choses changent et que le dossier avance. "À aucun moment je n'ai souhaité, comme ça peut être le cas dans certains procès, que Goodyear disparaisse, parce que je pense aussi à ces employés, ces ouvriers."

Sophie Rollet dit simplement souhaiter que l’être humain retrouve une place plus centrale face aux modèles économiques et à leurs conséquences.

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