Il est 9h ce mercredi, lorsque les lignards de chez Creos enfilent leur tenue. Au programme du jour : l’entretien d’une ligne à haute tension non loin de Clervaux, à Lentzweiler, qui alimente le nord du pays.
“Il faut changer un isolateur en verre qui s’est cassé. On a mis la ligne hors circuit, pour qu’on puisse travailler en sécurité”, explique Michael, lignard qui intervient aujourd'hui.
L'opération de ce matin n'est pas anodine : il faut grimper à 30 mètres de hauteur pour atteindre l'isolateur défectueux. Pas de quoi impressionner Michael et ses acolytes, sachant que certains pylônes peuvent atteindre 80 mètres.
Pour mener l'opération, deux des quatre lignes à haute tension ont été coupées pour leur permettre de travailler. Les deux autres sont toujours activées, pour permettre d'alimenter les foyers aux alentours. Ces lignes ont une tension de 65.000 volts.
Une fois les lignards équipés et sécurisés, deux d'entre eux grimpent en haut du pylône. Avant d'escalader, ils s'assurent que la ligne a bien été mise hors tension pour ne pas risquer le pire. Michael, lui, reste au sol pendant l'opération.
"J'ai préparé l'intervention ici en bas, pour que les collègues puissent mieux travailler en haut. Je leur fournis tout le matériel grâce à la corde pour qu'ils aient plus de mobilité", explique-t-il.
Pendant ce temps, Antoine se trouve en haut, et s'occupe de démonter l'ancien isolateur, pour ensuite placer le nouveau. Il effectue le démontage en étant assis sur l'échelle envoyée par Michael, tel un équilibriste au-dessus du vide.
"C'est toujours un peu stressant en haut, mais tu t'habitues à tout. Tu sais ce que tu fais à force", raconte Antoine, qui exerce le métier depuis 5 ans.
Après une heure d'intervention, l'opération a été menée avec succès. Aucun problème n'a été signalé.
S'il était au sol aujourd'hui, Michael monte souvent en haut des pylônes. Un gros stress au départ, qui s'est rapidement transformé en une habitude : "Avec le temps, on s'habitue de plus en plus au métier. Tu arrives mieux à te positionner, à appréhender le vide. Après 14 ans, ça devient normal."
Lorsqu'il monte, le lignard est toujours protégé par une ligne de vie. Il l'accroche tous les 1,5 mètre avec des sangles pour pouvoir être rattrapé rapidement en cas de chute.
Le bonheur pour ces travailleurs, c'est leur cadre de travail. Ils ne sont jamais au même endroit, avec par moment des vues sublimes depuis leur pylône. Même s'il faut faire face aux conditions plus compliquées.
"Le pire, ça reste l'été. Tu transpires énormément sous ta tenue, c'est vraiment pas simple. Ou alors l'hiver, tu as aussi très chaud tellement tu es protégé", raconte Antoine. Les conditions étaient idéales ce jour-là, avec quelques degrés et un grand soleil.
Mais forcément, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Creos ne compte que 10 lignards dans son équipe, qui ont à leur charge la totalité du Grand-Duché. "On est une petite équipe, mais on s'entend super bien avec les gars", conclut Michael.
Repos mérité pour les quatre hommes désormais, qui vont continuer à scruter les lignes à haute tension du pays lors des prochains jours, pour intervenir en cas de besoin.