
"Je ne veux pas forcément lui demander pourquoi elle m'a abandonné. Ni qu'elle devienne ma mère ! Je souhaite seulement avoir des informations" explique Christophe Biver.
Ce Luxembourgeois est venu nous parler de sa quête la plus intime : ses origines. Il y a quelques mois, nous avons publié le témoignage d'un autre "Né sous X", Frédéric Blanjard. Comme ce dernier, Christophe Biver a été abandonné à la naissance. Et comme lui, il a tout tenté pour essayer de remonter le mince fil qui le relie à ses parents biologiques.
Hélas, sans succès. Les nés sous X doivent très souvent faire une croix sur leur passé. La société a longtemps vu d'un mauvais oeil ces femmes qui accouchaient dans l'ombre. La législation reste encore aujourd'hui inflexible : si la mère souhaite rompre tout lien avec son nouveau-né, rien ou presque ne permet à ce dernier d'obtenir des informations. Avec tous les risques que cela comporte. Mais Christophe Biver, lui, garde espoir.
Il nous raconte son histoire: "Ma mère biologique a été admise à la maternité Grand-Duchesse Charlotte à Luxembourg, le 24 mai 1982 à 5h15. Je suis né à 7h25. Ma mère n'a pas perdu de temps" sourit-il. "Je suis né sous accouchement anonyme. Donc la sage-femme, Christiane, m'a inscrit au bureau de la population de Luxembourg-Ville. Elle m'a donné le nom de Pierre Christian." Sa mère "est restée dans la maternité jusqu'au 28 mai." Puis elle est partie, emportant avec elle son histoire, qu'on imagine tragique. Et son père ? "Il ne m'a pas non plus reconnu comme son fils. Je n'ai aucune information." Peut-être l'avait-il déjà abandonné bien avant sa naissance...

Christophe a eu au moins une grande chance dans son malheur : il n'est pas resté longtemps sans parents. "J'ai été rapidement adopté, le 9 novembre 1982. Mes parents adoptifs vivaient au Luxembourg. Ma mère adoptive était stérile" explique-t-il. Six ans auparavant, ils avaient déjà adopté un autre enfant. Mais Christophe confie avoir "peu de contacts" avec ce frère adopté.
"J'ai eu une enfance heureuse, mes parents adoptifs m'ont donné ce dont j'avais besoin, et je ne me souciais pas de mes parents biologiques" assure-t-il. "En primaire, j'ai appris que j'étais adopté. Mes parents m'en ont parlé, tout simplement, en me faisant comprendre qu'ils me soutiendraient dans d'éventuelles recherches." Il n'a pas souvenir d'en avoir souffert à l'école. "Le déclic est venu avec l'âge, quand j'ai commencé à être plus autonome. Le divorce de mes parents adoptifs a aussi beaucoup joué. J'ai senti le besoin de mettre un nom et un visage sur cette personne qui m'a mis au monde."
Et il a pu compter sur un soutien inespéré : Christiane, la sage-femme. Grâce à ses recherches, Christophe a pu remonter jusqu'à elle. "Elle est devenue un peu ma troisième mère. Mon histoire l'a émue, elle a toujours essayé de m'aider dans mes démarches. Elle fait partie de ma vie, c'est elle qui m'a inscrit à l'état civil. Je lui ai dit d'ailleurs lors de mon anniversaire à 40 ans, car on se voit souvent". Elle lui a d'ailleurs transmis une information précieuse : "Christiane n'a plus beaucoup de souvenirs de l'accouchement, mais elle se rappelle quand même que ma mère était très jeune lorsqu'elle a accouché. Peut-être 16 ou 17 ans. "
Aujourd'hui, Christophe est éducateur gradué, il aide notamment des jeunes adultes en difficulté à bénéficier de logements encadrés. Une activité qui l'encourage à poursuivre sa quête d'origines : "quand on est éducateur, c'est plus difficile d'aider les autres si on n'est pas en paix avec soi-même".

Il a pourtant réussi à construire sa vie. "J'ai réalisé ma première démarche en décembre 2014, et obtenu l'acte de naissance originale. Quand j'ai eu un premier enfant, en 2017, une fille, puis un garçon en 2021, j'ai ressenti encore plus ce besoin de connaître mes origines. On m'a vite fait comprendre qu'il serait très difficile de retrouver la trace de mes parents biologiques au Luxembourg. Mais je n'ai pas baissé les bras."
Parce que c'est aussi une question cruciale : "On a découvert que j'avais une fragilité cardiaque. Donc j'aimerais savoir si j'ai des antécédents médicaux. Et potentiellement mes enfants aussi ! C'est normal qu'à l'accouchement on respecte l'anonymat de la mère si elle le souhaite. Mais il faudrait qu'à notre majorité, on ait accès à ces informations essentielles, voire vitales. La loi doit changer !" plaide-t-il.
Christophe espère donc que sa mère entendra son appel. "J'ai épuisé pratiquement toutes mes cartes. En vain. Je n'arrive plus à trouver plus d'informations. Un nom ou un prénom de ma mère ou une autre information concernant la naissance me suffirait. Idéalement une rencontre - si elle le veut bien - serait le plus beau cadeau de ma vie. Pour pouvoir enfin dire que j'ai trois mères : une mère biologique, une mère adoptive et une mère sage-femme."
Christophe propose aux personnes qui souhaiteraient le contacter d'envoyer un mail à RTL (rtlinfos@rtl.lu). Anonymat garanti.